Congo-Kinshasa: L'Union sacrée entre la politique de l'entendement et celle de la raison

Le moins que l'on puisse affirmer est que Modeste Bahati Lukwebo, l'Informateur désigné par Félix Tshisekedi, est un homme des "petits pas". A l'exemple d'Henri Kissinger, il n'avance pas à marches forcées. Il veut savoir où il met les pieds. Il veut être sûr que le rapport qu'il va bientôt déposer sur la table du Président de la République sera définitif.

Il se rappelle certainement que Joseph Kabila lui avait refusé l'accès au perchoir du Sénat. Et, il s'était, depuis les débuts de l'actuelle législature, placé dans la situation de l'homme qui soutenait sans participer, la majorité présidentielle. Lorsque vint le moment de la tempête entre le FCC et CACH, il fit preuve de sang-froid et évita tout triomphalisme.

Il sait son heure prochaine. Il sait aussi que pour éviter "l'efficience de Pareto", il lui faudra faire preuve de tact et de leadership. Il doit réussir une double mission, celle d'identifier une majorité parlementaire, mais aussi celle de convaincre le Président que l'Union sacrée qui devra l'accompagner jusqu'à la fin de son mandat est solide et réelle.

Il lui faut rester serein et convaincre qu'il peut entrer dans le pré-carré du Président; qu'il peut devenir cette soupape dont la Présidence a besoin, pour conduire avec efficacité l'action de l'exécutif.

Alors que Bahati consulte, d'un côté, le Président aussi consulte de l'autre côté. Ainsi, Jean-Marc Kabund, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi se sont-ils retrouvés, pour la seconde fois, dans le bureau présidentiel, pour discuter de l'avenir.

L'absence de communiqué continue d'alimenter la controverse, branchant les plus naïfs sur les ondes de la radio-trottoir qui s'en est donnée à cœur joie, avec des couplets bien connus: queue-de-poisson, partage des postes, inacceptables conditions posées par Katumbi, etc.

Devrais-je, ici, rappeler ce qu'Etienne Ugeux écrivait, il y a quarante ans, sur les congolais (voir la série d'articles qu'il avait publiés dans le journal Le Soir sous le titre: "Le Zaïre de la dernières chance")?

Ugeux pensait que les congolais sont incorrigibles.

A peine une solution vient-elle d'être trouvée pour améliorer la gestion du pays et le vécu quotidien de la population, qu'ils se mettent à l'œuvre pour contourner tout garde-fou, pour pouvoir ainsi perpétuer leurs mauvaises pratiques.

A l'heure du choix, chacun doit, cependant, s'interroger s'il est en paix avec le milieu social dans lequel il vit.

C'est sa réponse à cette question, qui devrait dicter sa conduite.

Quelle politique et quels politiciens voulons-nous pour la RDC? Des politiciens de l'entendement ou des politiciens de la raison?

"Le politicien de l'entendement, affirme Raymond Aron, cherche à sauvegarder certains biens - paix et liberté - ou à atteindre un objectif unique, la grandeur nationale, dans des institutions toujours nouvelles qui se succèdent sans s'organiser.

Il est comme le pilote qui naviguerait sans connaître le port. Dualisme des moyens et des fins, du réel et des valeurs; pas de totalité actuelle, ni d'avenir fatal, chaque instant pour lui est neuf".

C'est ce que nous avions vécu tant soit peu sous Mobutu.

"Le politicien de la raison, au contraire, prévoit au moins le terme prochain de l'évolution. Le marxiste sait la disparition du capitalisme inévitable et le seul problème est d'adapter la tactique à la stratégie, l'accommodement avec le régime actuel à la préparation du régime futur". C'est ce à quoi nous convie FATSHI. Avoir une vision, transformer cette vision en stratégie de gouvernement et se fixer un cap que le programme de gouvernement doit contribuer à atteindre.

Il faut naturellement des ressources. Elles sont humaines, financières et logistiques. L'union sacrée, c'est-à-dire une force mobilisée d'hommes et femmes qui soutiennent une même vision, participe de cette logique-là.

Alors, réaction, révolution ou évolution? Adapter ou casser la baraque? Entendement ou raison? Godillots ou escarpins? Ah! Dualité quand tu nous tiens.

Le grand maître professa qu'entendement et raison ne s'excluent pas mutuellement en politique comme le jour et la nuit. "Il n'est pas d'action instantanée qui n'obéisse à un souci lointain, pas de confident de la Providence qui ne guette les occasions uniques". La politique, soulignait Raymond Aron, "est à la fois l'art des choix sans retour et des longs desseins".

Choix sans retour, nos politiciens feraient mieux d'y réfléchir, car, pour nombre d'entre eux, politique rime souvent avec survie, et... alimentation, dans le sens littéral du terme, signifie bien ventre et non pas esprit.

Penser les choix du politique à la lumière de l'union sacrée à venir, c'est revisiter Raymond Aron. L'observateur engagé, même habitué à l'analyse politique, a besoin de recul pour asseoir un jugement basé sur les suites d'un engouement qu'il approuve et dont il souhaite le succès.

La patrie d'abord.

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