Sénégal: HEROSION - Le péril, c'est l'impopularité

21 Janvier 2021

Dans un petit village d'Afrique, un homme du sommet, que les assemblées écoutaient en rechignant, quelle que soit la pertinence de ses allégations, s'ensevelissait sous les décombres de l'opinion générale sur sa personne.

Peu importe ce qu'il disait, les villageois n'accédaient pas à la lucidité pour en apercevoir les lueurs. Son passé, ses points de vue antérieurs, les espoirs, qu'il avait tant nourris et déçus, le faisaient pâtir de son impopularité. Il devenait inaudible et donnait, sans le vouloir, du crédit à tous ceux qui émettaient une opinion contraire à la sienne. Tout le monde a raison sauf lui, même les «messieurs ritournelles» et quelques «retors et papelards» face aux masses émoussant leur mémoire.

L'essentiel était de se dresser contre sa toute-puissance malgré les bonnes raisons qui pourraient militer en faveur de ses prises de positions. Les lois qu'il établissait étaient appréciées à l'aune de l'image que les justiciables se faisaient de lui. C'est comme quand le patient se met à évaluer une prescription médicale non pas en fonction de son effet sur son état de santé mais plutôt selon la cote d'amour des toubibs au sein de la société.

Le péril, dans plusieurs espaces du monde, ce n'est point l'autoritarisme des «puissants» (Kadhafi me vient à l'esprit) encore moins les crises épisodiques. C'est l'impopularité des sphères de puissance, qu'elles soient d'inspiration locale (nous) ou occidentale. Aujourd'hui (peut-être bien hier aussi), l'appropriation d'une quelconque décision venant d'en haut dépend moins de sa pertinence que de cette relation de confiance entre celui qui la prend et ceux à qui elle est destinée. Le débat sur le vaccin, par exemple, résulte plus de la suspicion sur la gouvernance mondiale que d'un raisonnement scientifique. L'impopularité des décideurs a donné un souffle à une opinion «supranationale» irraisonnée aux réfutations péremptoires.

Cela met en danger l'humanité exposée au péril d'un obscurantisme nouveau et déroutant. Et les principaux responsables de cette chienlit sont, à mon sens, ceux qui n'ont su être à la hauteur de leur mission. L'historien Abdarahmane Ngaïdé, dans une autre conjoncture certes, écrivait ceci : « ... Il s'agit de ne point confondre posture et position. La position sied à un pion sur un échiquier. Elle relève plus de la tactique -être dans la surface de l'autre- que d'une approche.

Alors que la posture, quant à elle, conduit une mise à distance pour avoir une vue plus large. Elle nous permet la mise en perspective de toute chose observée... Être sérieux, c'est répondre aux critères d'une éthique irréprochable qui passe par une traçabilité non seulement de notre pensée, mais aussi du comportement qui va avec» («Doyen Amady Aly Dieng, le transmetteur intégral»). Cette posture, disait-il plus loin, ne doit pas prendre la forme d'un simple et fade slogan, mais plutôt l'allure d'une conviction qu'alimente un esprit authentique. Que de mots justes, viatique pour une humanité en mouvements. Impétueux mouvements vers des horizons incertains.

La crise sanitaire provoquée par la Covid-19 n'a fait que confirmer cette disharmonie, cette fracture entre les «porteurs de consensus» et les discoureurs qui s'engouffrent dans les brèches laissées entrouvertes par l'impopularité des premiers cités. Au Sénégal, l'une des émissions de radio les plus écoutées porte le nom évocateur de «Les grandes gueules» (l'un des animateurs est un bon ami. Qu'il ne m'en veuille pas. C'est un esprit libre). C'est éloquent. On y blasphème la science. On ergote allègrement. Et il y en a que des sornettes convainquent. Pourvu qu'elles aillent à contre-courant des sphères de puissance. Tout le monde devient subitement audible. Chacun se dessine une petite parcelle de permissivité.

De toute façon, l'opinion publique est là pour défendre même ceux qui font tort à l'aventure collective, à la Nation. Le péril, c'est bien l'impopularité de la gouvernance mondiale. Du contrat social, sans doute.

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