Burkina Faso: Elargissement du SG du PDCI-RDA - Un pas de plus vers la décrispation

21 Janvier 2021

Après le président légal du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi Nguessan, c'est au tour du Secrétaire général du Parti démocratique de Côte d'Ivoire/Rassemblement démocratique africain (PDCI/RDA), Maurice Kakou Guikahué, de bénéficier d'une mesure de clémence de la part de la Justice ivoirienne qui a prononcé sa libération, même s'il reste encore sous contrôle judiciaire.

C'était le 19 janvier dernier, alors que l'intéressé est toujours en séjour sanitaire en France, depuis le 20 décembre dernier, suite à la détérioration subite de son état de santé au moment de sa détention à Abidjan. Il attend de rentrer au pays après ses derniers examens médicaux dans l'Hexagone.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'élargissement du SG du PDCI/RDA est un pas de plus vers la décrispation en Côte d'Ivoire. D'autant que dans le même temps, certaines sources annoncent aussi la libération d'un autre cadre et pas des moindres du parti de l'Eléphant, Narcisse N'Dri, qui avait été écroué à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) au même moment et dans les mêmes circonstances que le professeur cardiologue.

En multipliant les gestes de bonne volonté, le pouvoir d'Abidjan montre sa disposition à aller à l'apaisement

Le tout dans un contexte où le leader de l'UDPCI, Albert Mabri Toikeusse, poursuivi avec les leaders sus-cités de l'opposition qui font l'objet d'enquêtes pour «mouvement insurrectionnel », « complot contre l'autorité de l'Etat », « assassinat » et « actes de terrorisme » suite aux violences électorales de 2020 et la mise en place, par l'opposition, d'un « Conseil national de la Transition » censé se substituer au régime en place, a aussi signé son retour au bercail en début d'année, après quelques mois de cavale.

Il faut rappeler que ces libérations entrent dans le cadre du dialogue politique engagé entre l'opposition et le pouvoir en vue d'un apaisement du climat sociopolitique, suite à la réélection controversée d'Alassane Dramane Ouattara (ADO) pour un troisième mandat qui pose des problèmes de légalité et de légitimité à ses contempteurs. Cela est une bonne chose. Car, en multipliant les gestes de bonne volonté, le pouvoir d'Abidjan montre sa disposition à aller à l'apaisement, voire à redresser la barre tordue de la démocratie une fois de plus rudement éprouvée par les questions électorales.

En tout cas, c'est la lecture que l'on peut faire de la prolongation, de deux jours, du délai de dépôt des candidatures aux législatives, en réponse à de nombreuses requêtes de l'opposition. Même si certains pourraient y voir des calculs politiciens ou encore une stratégie pour amener l'opposition ivoirienne à une forte participation aux prochaines législatives après le boycott actif de la présidentielle qui a fortement maculé le troisième mandat de l'enfant de Kong. Ce délai supplémentaire pour le dépôt des candidatures à la députation, suffira-t-il à l'opposition pour aplanir toutes les difficultés en vue d'une participation conséquente à ce scrutin qui ne manque pas d'enjeux ? On attend de voir. Mais d'ores et déjà, cette volonté de réouverture du jeu démocratique par les autorités d'Abidjan, est un geste qui vaut son pesant... d'apaisement du climat sociopolitique en Eburnie.

Il est temps de panser les plaies du passé pour songer à recoudre le tissu social

C'est un pas de plus dans la bonne direction. Et cela devrait amener l'opposition politique à mettre aussi de l'eau dans son discours, en rompant avec le radicalisme et les propos va-t-en-guerre, pour donner plus de chances à la réconciliation nationale que les Ivoiriens appellent de leurs vœux mais qui se fait toujours attendre depuis plus d'une décennie. Car, il est temps de panser les plaies du passé pour songer à recoudre le tissu social depuis la profonde déchirure de 2010. La Côte d'Ivoire a besoin d'aller de l'avant. Pour cela, il faut cesser de ressasser le passé au risque de compromettre la cohésion sociale sur l'autel de rancœurs mal contenues.

En tout état de cause, si cette ouverture du président ADO envers l'opposition n'est pas une façon voilée de battre sa coulpe sur la question de son troisième mandat, elle ressemble, à s'y méprendre, à une opération de charme en vue de se réhabiliter, autant que faire se peut, aux yeux de cette partie de l'opinion nationale et internationale qui reste encore assez critique sur son nouveau mandat qui apparaît, à bien des égards, comme le mandat de trop.

C'est pourquoi l'élargissement de Maurice Guikahué apparaît à la fois comme une mesure politique, mais aussi humanitaire envers le septuagénaire et valétudinaire influent leader politique du plus vieux parti de Côte d'Ivoire, qui semble avoir encore de la ressource à revendre puisqu'on l'annonce déjà sur la ligne de départ de la bataille des législatives au compte de son parti, dans sa circonscription électorale à Gagnoa sous-préfecture. Si cela peut contribuer à un rééquilibrage des forces politiques sur les bords de la lagune Ebrié, c'est tant mieux pour la démocratie ivoirienne qui a besoin, comme toute bonne démocratie, d'un véritable contre-pouvoir pour mieux s'exprimer.

Autrement, le risque est grand de voir le parti du président ADO dominer encore outrageusement la scène politique ivoirienne pour des années, déjà que des lézardes sont apparues au sein de l'opposition dont la volonté tant serinée d'aller à ces législatives en front uni contre le RHDP, n'a pu dépasser le seuil des bonnes intentions. C'est dire si dans sa croisade jusque-là infructueuse contre ADO, l'opposition ivoirienne n'est pas sans reproches ; elle qui, face au pouvoir, brille par l'incapacité de ses leaders à transcender leurs ego et se mettre au-dessus de leurs intérêts partisans, pour offrir aux Ivoiriens, l'alternative d'une véritable offre politique.

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