Niger: Abdoul Aziz Kountché, fabricant de drones « Made in Niger »

21 Janvier 2021

Abdoul Aziz Kountché est un jeune nigérien de 37 ans qui a fait la prouesse de fabriquer des drones 100% « Made in Niger ». Son parcours est celui d'un self-made-man qui a cru en son rêve et s'est évertué à le réaliser. Aujourd'hui, à la tête de son entreprise Drone Africa Service, le petit-fils du général Séni Kountché, président du Niger de 1974 à 1987, est un innovateur qui inspire.

Evoquant sa passion pour l'écriture, Jean-Loup Dabadie affirmait qu'« entre l'humilité et l'outrecuidance, il y a de la place pour les rêveurs ». Abdoul Aziz Kountché fait partie de ces rêveurs. Passionné d'aéronautique depuis sa tendre enfance, il a su allier un grain de folie, un zeste d'audace et une bonne dose de persévérance pour faire de son rêve une réalité : celui de fabriquer des drones depuis son Niger, où il a vu le jour il y a 37 ans. Lorsqu'il obtient son BAC littéraire, il s'inscrit pour des études de gestion commerciale. Bien avant l'obtention du premier diplôme universitaire, il s'était inscrit dans un aéroclub grâce à l'argent qu'il gagnait de ses cours à domicile. « En plus, avec l'argent que j'économisais, je me payais des heures de vol afin de pouvoir obtenir ma licence de pilote d'avion ». Nanti d'une licence en gestion commerciale et d'une licence en pilote d'ULM (ultra léger motorisé), le jeune Kountché s'est dit que même s'il ne devenait pas pilote, il pourrait travailler dans une compagnie aérienne. Au cours des années 2009-2010, il a un déclic. Il abandonne ses études en gestion commerciale pour se consacrer exclusivement à sa passion qu'est l'aéronautique.

Autodidacte, il fabrique son premier drone

Il continue à donner ses cours à domicile. A ses heures perdues, en autodidacte ingénieux, il fabrique le premier drone nigérien à l'âge de 25 ans. Cet exploit suscite un engouement d'autant plus que tout le monde en parle. Entre-temps, il réfléchit à l'utilité de l'appareil. A l'époque, le Niger venait de faire l'amère expérience du terrorisme et les organismes internationaux avaient des difficultés pour se déplacer dans les zones reculées du pays. Un organisme approche Kountché pour voir si son appareil pouvait aller recueillir des données pour un travail de monitoring.

Sur-le-champ, il s'improvise en consultant indépendant. « La première consultation que j'ai eue, c'était pour faire la cartographie de plusieurs villages sensibles aux inondations dans la ville de Gaya dans les années 2010-2011. Il n'y avait pas d'avion pour faire ce travail. Le monsieur qui m'avait approché avait besoin de ces images pour mettre en valeur les digues et les retenues d'eau », confie-t-il posément. Pour deux ou trois villages retenus pour le travail, il fait finalement la cartographie d'une dizaine tant les résultats étaient à la hauteur des attentes.

Le « bouche à oreille » construit la réputation du drone d'Abdoul Aziz. Ambitieux, il acquiert un appareil photo plus performant, pour améliorer ses prestations. En 2016, c'est le grand coup. Il décroche un gros bailleur qui n'est autre que le Haut-commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR). « Je devais cartographier tous les villages et sites de réfugiés dans la région de Diffa. C'était l'une de mes plus grandes missions à l'époque », se rappelle-t-il.

De consultant à chef d'entreprise

Sa réputation établie, il fonde en novembre 2016 son entreprise Drone Africa Service avec 32 750 F CFA (50 euros). Abdoul Aziz continue de faire ses prestations de services. Les sollicitations sont de plus en plus importantes. L'innovateur fait le choix d'adjoindre la formation aux prestations pour répondre à la demande de la clientèle. « Comme j'avais six ou sept ans d'expérience au Niger, il fallait s'orienter vers l'optique produit, c'est-à-dire créer le drone adapté au besoin. (... )

J'ai décidé d'imaginer le drone en fonction du besoin du client », explique M. Kountché. Les clients sont formés à l'utilisation des drones, l'accompagnement et le service après-vente sont assurés par l'entreprise. Aujourd'hui Drone Africa Service est aussi bien spécialisé dans la formation que la fabrication de drones et la prestation de services. En 2020, l'entrepreneur modèle se lance dans l'aviation légère, l'utilisation d'aéronef pour faire de la photographie aérienne.

Un chiffre d'affaires fulgurant

Seul au départ, Abdoul Aziz s'est associé les services de deux personnes qui travaillent à plein temps dans son atelier de fabrication de drones. « En plus, j'ai un carnet d'adresses de plusieurs experts calés dans leurs domaines auxquels je fais appel dans le cadre de contrats », explique-t-il.

De 2016 à nos jours, le chiffre d'affaires de Drone Africa Service évolue de manière exponentielle. Et le DG en parle avec une pointe de satisfaction. De 6,550 millions F CFA (10 000 euros) la première année, il est passé à 49,1 millions F l'année suivante et frôle actuellement 98,25 millions F CFA. Le secret d'une telle prospérité ? « Nous avons une particularité, nous ne fabriquons des drones que pour des partenaires étatiques, notamment les ministères ou des ONG. Nous fabriquons les drones en fonction des demandes que nous avons.

En 2019, nous avons eu huit commandes de drones, mais en 2020, nous avons atteint une vingtaine », détaille le jeune entrepreneur. En plus du Niger, Drone Africa Service a fait des prestations au Bénin dans le cadre de la lutte anti-braconnage dans le parc W Arly Pendjari que partagent les trois pays que sont le Niger, le Burkina et le Bénin. « Nous en avons fait aussi au Burkina dans la lutte anti-braconnage et d'autres prestations sont en cours au Mali », informe M. Kountché. L'entreprise cible des domaines précis dans lesquels elle propose ses services.

Ce sont la cartographie aérienne, l'agriculture de précision, l'inspection d'ouvrage, la gestion des risques et des catastrophes, la lutte anti-braconnage, la préservation de l'environnement, la livraison et le largage de médicaments. Elle conçoit des drones de série T dont le T 350. Chaque drone est décliné en plusieurs sous-catégories. Par exemple la série T 400 a la version S pour la surveillance, la version M (Maping) pour la cartographie, la version C (cargo) pour le transport et une version AG pour l'agriculture de précision. Si toute la conception des drones se fait sur place, les matières premières sont commandées auprès de fournisseurs réputés en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, en Australie et au Japon.

Accompagnement des premières autorités

Bien que self-made-man, Abdoul Aziz est reconnaissant aux premières autorités de son pays pour l'accompagnement dont il a bénéficié. « Nous avons voyagé avec le chef de l'Etat au Rwanda où nous avons pu montrer ce que le Niger fait dans le cadre de la technologie drone. J'ai eu la chance d'aller à un sommet de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à Montréal pour présenter mon drone grâce à l'Agence nationale de l'aviation civile », soutient-il. Abdoul Aziz est aujourd'hui fier d'avoir fait tout son cursus dans son pays natal. « Il n'est pas nécessaire d'aller ailleurs pour réaliser ses rêves. Après mon Bac, mon rêve était d'aller faire mes études au Canada. Mais je n'ai pas pu le concrétiser.

Mais aujourd'hui en tant que chef d'entreprise, si je veux aller au Canada, j'achète mon billet d'avion et j'y vais. D'ailleurs, j'y ai été invité. J'ai été à Toulouse, la capitale européenne de l'aéronautique. J'ai été même invité par l'agence spatiale européenne lors d'un sommet. Ce sont des rêves que j'ai pu réaliser en étant ici au Niger », convainc le jeune entrepreneur. Féru de connaissances, il est régulièrement sur les forums pour se former davantage. « Au lieu d'aller passer mon temps sur Facebook ou sur WhatsApp, je vais à des forums aux Etats-Unis, en Chine, en Australie autour de la communauté drone. J'ai appris beaucoup de choses. Je regarde aussi beaucoup de tutoriels sur Youtube », dit-il dans un sourire où se lit une confiance en l'avenir. En 2021, Abdoul Aziz Kountché compte ouvrir Drone Academy, une école de formation sur le drone pour partager sa connaissance avec les jeunes Nigériens et ceux d'ailleurs.

Plus de: Sidwaya

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