Ile Maurice: Dirigeants dans le secteur de l'éducation - Le jeu d'une famille

«Écoutez, il n'y a pas de nominations, ici chez nous. Nous sommes un corps paraétatique. Je travaille à la PSEA. Appelez au ministère de l'Éducation», déclare Shiv Luchoomun. Interrogé sur le fait que ce dernier, directeur de la Private Secondary Education Authority (PSEA), soit aussi l'époux de la ministre, Leela-Devi Dookun-Luchoomun, il nous affirme qu'il exerce au sein de l'instance depuis 2005.

Cependant, commente un éducateur, cette dernière faisait alors déjà partie du gouvernement. Argument auquel Shiv Luchoomun nous rétorque : «Mais j'étais fonctionnaire depuis 1998, moi. D'accord. Ok ?»

Le pédagogue va plus loin, concernant les circonstances de cette nomination. «À la base, il souhaitait devenir directeur d'une autre instance éducative. Un cas avait été logé en Cour suprême. On dirait que pour compenser, la nomination à la PSEA s'en est suivie. Et cela aurait coûté trop cher de le faire partir», affirme-t-il.

Depuis qu'il occupe cette fonction, Shiv Luchoomun a souvent fait l'objet de maintes critiques des syndicalistes. Demandant d'abord à la ministre de «rappeler à l'ordre son époux», certains d'entre eux ont également fait appel à l'intervention du Premier ministre en 2018.

En vain, évidemment. Bhojeparsad Jhugdamby, alors président de l'Union of Private Secondary Education Employees, se demandait même : «la PSEA estelle devenue une agence politique ?»

Maldonnes dans le processus de recrutement

Parallèlement, cette instance syndicale avait alerté l'Independent Commission against Corruption sur des «maldonnes» dans le processus de recrutement. Étaient contestés les critères taillés sur mesure pour les postes de Quality Assurance Officers décrochés par les proches du pouvoir.

Si les futurs recrutements avaient été gelés, ceux effectués antérieurement demeuraient inchangés. «Il est totalement légitime qu'une personne soit nommée si elle est bien qualifiée. Hélas, on sait que dans beaucoup de cas, des postes sont tailor-made pour certains individus, qui en plus, ne sont pas performants. Résultat : le système en pâtit littéralement», ajoute l'éducateur.

Comme dans le cas de Shiv Luchoomun, d'autres postes stratégiques au sein de l'éducation sont également occupés par des proches de la ministre, en l'occurrence Preeaduth Chitamun, président du conseil d'administration de l'université de Maurice (UoM), Asha Dookun-Saumtally, également membre de cet organisme, et son époux, Salem Saumtally, ancien numéro un du Mauritius Sugar Industry Research Institute, maintenant à la présidence de la Higher Education Commission.

Ingérence

Contacté, Preeaduth Chitamun nous a déclaré qu'il reviendrait vers nous pour une déclaration.

D'après un membre du personnel de l'UoM, son contrat a pris effet autour de mars 2015, peu après les élections de 2014. «Les connexions avec la ministre prévalent sur la compétence. Dans le cas de Preeaduth Chitamun, c'est quelqu'un de droit et d'objectif. C'est un excellent président qui sait prendre les décisions. Il n'est pas biaisé. Quant à l'autre membre du conseil, mon avis est que sa performance laisse à désirer», déclare-t-il.

Nos tentatives pour avoir une déclaration des deux derniers nominés de la liste susmentionnée sont demeurées vaines.

Une situation qui perturbe et gêne bon nombre au sein de plusieurs secteurs tombant sous la tutelle du ministère de l'Éducation depuis quelque temps déjà : le fait que l'on retrouve dans plusieurs postes à haute responsabilité plusieurs nominés politiques ainsi que des proches de la ministre Dookhun.

«Nous n'allons pas dire que cela n'a jamais été le cas dans le passé, sous d'autres régimes mais cette fois-ci, c'est pire. Kot ou pé rétrouv ou prop kouzinn, fami, misié intel ek madamla, dan bann gran post», explique un membre de l'Union des recteurs. Ce dernier soutient que les décisions sont prises avec un apport politique et dans la vision d'une seule couleur politique. «Tout le monde ne peut pas donner son idée. Le pouvoir est concentré dans la main d'une personne ou une famille... Lerla mem ou trouvé ki ena plas ena ingérence ek abus de pouvoir... »

Political Masters

De son côté, le chargé de cours de l'UoM Rajen Narsinghen ne veut pas s'éterniser sur le sujet. «De mon point de vue personnel, je dis qu'il n'y a rien de mal qu'un proche d'un parti politique ait obtenu un poste au sein de ces organismes, mais il faut que la personne soit intègre et indépendante. Qu'elle prenne ses distances de la politique pour mener à bien son travail, comme cela se fait en France et dans d'autres pays notamment. Ici, à Maurice, ce qui est dramatique ce que dans 80 % des cas, ces personnes deviennent des politicals masters... Sa ki dramatik. »

Pour lui, il est compréhensible que tout le monde ait une couleur politique mais il ne faut en aucun cas laisser cela dominer leur action professionnelle.

D'autres intervenants évoluant dans le milieu éducatif que nous avons interrogés ne semblent pas vouloir en dire beaucoup sur ce sujet qui fâche et divise. «Il est compréhensible qu'il y ait une sorte de frustration, c'est normal. Mais si la personne, quelle que soit son affiliation, a un bagage académique, elle est apte à travailler. Aster bizin al prouvé kouma ek lor ki baz finn rekrit zot», avancent-ils.

Qu'en est-il de l'administration et de la performance de ces nominés ? À ces questions, syndicalistes et pédagogues n'y vont pas avec le dos de la cuillère. «Il faut nommer des personnes compétentes dans la profession, avec une somme d'expérience. À l'exemple de ceux ayant vécu toutes les réformes de l'éducation. Ce sont ces derniers qui méritent d'occuper ces postes clés», déclare Vinod Seegum, président de la Government Teachers' Union.

Plus de transparence

D'après lui, ces éléments sont d'autant plus importants dans l'éducation, un secteur des plus chargés. Par conséquent, il faut éviter de nommer des personnes liées à la classe politique. «La politique ne doit pas s'ingérer dans l'éducation. En plus de la compétence, il faut que ces dirigeants d'instances éducatives soient dépourvus de coloration politique», ajoute-t-il.

Quant à l'éducateur, il appelle à la promulgation de la Freedom of Information Act et plus de transparence dans les procédures de nominations et un délai de contestation.

Nous avons appelé la ministre et son service de presse à plusieurs reprises pour une déclaration - mais sans succès. Nous restons, bien évidemment, à sa disposition.

Plus de: L'Express

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