Ouganda: Idi Amin Dada, règne et chute d'un dictateur

25 Janvier 2021

Le 25 janvier 1971, l'Ouganda plongeait dans une dictature sanglante avec l'arrivée au pouvoir d'Idi Amin Dada. Retour sur huit ans de terreur.

Des chars défilent à travers Kampala, la capitale ougandaise... L'année 1971 vient de commencer, Idi Amin Dada a renversé Milton Obote lors d'un coup d'État.

Le nouveau chef de l'État ougandais suit les chars dans une jeep décapotable. Debout sur la banquette arrière, il se laisse acclamer par la foule. Son rêve "est devenu réalité", comme il le dira lui-même plus tard.

Connu pour sa cruauté

De carrure imposante, Idi Amin Dada a déjà une vie mouvementée derrière lui. Il a servi dans l'armée coloniale britannique où il s'est fait remarquer par son penchant pour la cruauté. Malgré cela - ou peut-être grâce à cela -, il a été le premier Noir à devenir officier. Accessoirement, Idi Amin Dada a été près de dix ans champion d'Ouganda de boxe dans la catégorie poids lourd-moyen.

Que ce soit dans la boxe ou dans l'exercice du pouvoir, Idi Amin Dada ne connaît aucune pitié. Son règne démarre avec des assassinats de masse.

Les partisans de son prédécesseur, des intellectuels, des juges et des officiers disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés plus tard dans les marécages à crocodiles du Lac Victoria.

300.000 victimes

Idi Amin Dada a un plaisir sadique à torturer les gens et à tuer, explique Kenneth Obongi, qui dirige la faculté d'histoire à l'Université de Nairobi.

"Il était capable de torturer les autres et de leur infliger de graves blessures. Il a adopté les méthodes de l'époque coloniale. L'oppression était le moyen pour lui de garder le contrôle. C'est comme ça qu'il a été façonné, et c'est comme ça qu'il a ensuite lui-même façonné son temps", explique l'enseignant.

À la fin de son règne sanguinaire, on retrouvera dans des réfrigirateurs de son palais les têtes de certains opposants. Environ 300.000 personnes au total sont victimes de sa tyrannie.

Dans le même temps, Idi Amin Dada a un côté enfantin. Il est passionné de natation.

Des images le montrent en train de faire la course dans des piscines d'hôtels de la capitale. Quand Idi Amin Dada est trop lent, ses adversaires ralentissent délibérément. Le dictateur doit gagner, c'est une question de survie.

Chaos économique

C'est le déclin économique du pays qui conduit finalement Idi Amin à sa chute. Une grande partie des commerces était à l'époque tenus par des Indiens et des Pakistanais, arrivés avec les Britanniques. Durant l'été 1972, le dictateur les chasse tous du pays, quasiment sur un coup de tête : il a fait un rêve, entre 4 et 5 heures du matin.

"J'ai pris cette décision pour l'économie de l'Ouganda et je dois veiller à ce que chaque Ougandais récolte les fruits de l'indépendance. Je ne veux pas voir les rues de Kampala pleines d'Indiens. Il faut que ce soit vraiment noir et que les magasins soient gérés par des Ougandais", disait-il alors.

Le pays perd d'un coup une grande partie de ses classes moyenne et supérieure et plonge dans le chaos économique.

La chute du dictateur

Lorsqu'Idi Amin envahit la Tanzanie voisine, l'armée tanzanienne riposte. Nous sommes en avril 1979. L'Ouganda ne livre pas de résistance. Le pays est exangue, les soldats d'Idi Amin prennent leurs jambes à leur cou. Le dictateur lui-même s'enfuit en exil.

Celui qui s'est déclaré président à vie laisse derrière lui un pays en ruine, selon l'historien Kenneth Obongi.

"Sa brutalité était incomparable. Il a aussi entraîné l'économie à sa perte dans des proportions à peine imaginables. De nombreux Ougandais ont fui vers les pays voisins."

L'Ouganda mettra de nombreuses années à se remettre du passage d'Idi Amin Dada. Le dictateur meurt en 2003 en Arabie saoudite à 75 ans. Il n'a jamais été jugé pour ses atrocités.

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