Cameroun: Livre - « les impatientes », un cri de cœur contre les violences faites aux femmes

Construit comme un thriller, « Les impatientes » de l'écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal, explore la vie de trois femmes camerounaises soumises et victimes d'aberrations. Ce livre dénonce la misogynie délibérée, la polygamie, le mariage forcé, les violences conjugales, les droits des femmes bafoués dans certains pays africains, sous couvert de tradition qui perpétue la construction d'un modèle de femmes totalement dépassé et traditionnel.

Roman d'inspiration autobiographique, paru aux éditions Emmanuelle Collas en septembre 2020, « Les impatiences », plonge les lecteurs dans la vie de trois femmes aux destins liés, à savoir : Ramla, Hindou et Safira. Le livre traite des questions des violences conjugales au Cameroun, en particulier et en Afrique, en général, en s'appuyant précisément sur les aspects psychosomatiques qui ne sont pas toujours mis en évidence dans la société. Or, c'est en cela que les violences conjugales sont les plus dévastatrices pour les femmes, aussi bien dans la dimension personnelle, que dans la dimension sociale.

En effet, la première histoire relatée dans ce roman est celle de la Ramla, 17 ans, brillante lycéenne qui espère vivre sa passion en tant que pharmacienne, mais contrainte par son père et son oncle de se marier à un notable local, âgé de plus de cinquante ans. Elle tente de faire valoir ses droits, mais sera très vite rappeler à la réalité des traditions. Ce récit résonne l'histoire personnelle de l'auteure qui, comme son héroïne, a été aussi contrainte par ses parents de se marier à un homme de plus de cinquante ans, alors qu'elle n'avait que 17 ans. « Non seulement je pense que la littérature peut changer le réel, mais j'en suis la preuve vivante. La littérature a sauvé ma vie, j'ai été mariée à 17 ans et le seul moment de bonheur que j'avais, c'était d'ouvrir un livre, et grâce à lui, je pouvais me retrouver n'importe où », a expliqué Djaïli Amadou Amal.

Par ailleurs, la deuxième histoire est celle d'Hindou qui doit épouser son cousin Moubarak qui, non seulement ne cesse de la tromper, mais se livre aussi à toute sorte d'excès, d'alcool, de drogue, de violences physiques et d'abus sexuels. Le récit de cette jeune fille devient alors un long parcours de souffrance. Elle tente une fugue, mais les villageois avertissent rapidement la famille qui la force à retourner auprès de son mari, afin d'éviter l'opprobre qui risquerait d'entacher la réputation de la famille.

« Lorsqu'une femme se plaint des violences conjugales, c'est très mal vu par la société qui, depuis toujours est complice de ces violences. Dans une société où je viens, qui est le sahel, le viol est devenu une habitude, voire une culture, surtout les soirs des noces. J'ai choisi la littérature, elle a été pour moi l'arme qui m'a permis non seulement d'être personnellement forte, mais d'être suffisamment instruite pour pouvoir aider les autres », explique l'auteure.

En quelques images, l'auteure transcrit le sentiment de peur qui habite les femmes et brise le mythe. Djaïli Amadou Amal fait entendre la voix des femmes brisées, abattues, mais battantes. Dans chaque chapitre, à travers une série de traditions et d'injonctions, l'auteure décortique, dissèque les mécanismes d'une société qui bafoue les droits des femmes et blâme la complicité des femmes qui elles aussi, comme la mère de Ramla ont foulé aux pieds leurs rêves pour embrasser leurs devoirs.

Née en 1975, au nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal, surnommée la voix de sans voix pour son combat contre les injustices faites aux femmes, a créé en 2012, l'association « Femmes de Sahel » pour promouvoir la scolarisation des jeunes filles. Elle a reçu plusieurs distinctions sur la scène nationale et internationale à savoir : prix du jury de la fondation Prince Clause à Amsterdam en 2010 ; lauréate de la presse panafricaine de littérature, premier prix orange du livre en Afrique et prix Goncourt des lycéens en 2020.

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