Sénégal: Démolition de maisons à Mbour 4 Extension (Thiès) - Plus de 2500 constructions irrégulières recensées

25 Janvier 2021

Depuis plusieurs jours, la Direction de la surveillance et du contrôle de l'opération du sol (Dscos) mène une opération de démolition de constructions irrégulières (2500 selon la commission) au quartier Mbour 4 Extension, dans la commune de Thiès-Ouest. Ce qui a déclenché l'ire des populations qui ont opposé une rébellion vite étouffée. Mais, samedi dernier, le maire de la ville, en visite sur le terrain, a dit avoir obtenu des plus hautes autorités une suspension des opérations.

Au milieu de sa maison en ruine, Tapha Ndiaye effectue un tri dans les décombres pour espérer y retrouver un objet utile. Mais ses chances sont minimes. Les bulldozers de la Direction de la surveillance et du contrôle de l'opération du sol (Dscos) ont tout aplati. Il ne lui reste qu'à constater les dégâts. « Cette maison était le combat de ma vie. J'y ai investi toutes mes économies pour pouvoir un jour quitter le domicile familial, devenu trop petit pour héberger toute la famille. Aujourd'hui, tous mes efforts sont réduits au néant », regrette-t-il, les yeux imbibés de larmes. Triste comme histoire ! Mais le jeune mécanicien n'est pas indemne de reproche. La zone où il a investi n'est pas, pour le moment, constructible encore moins habitable. C'est une forêt classée que seul un décret présidentiel permet de déclasser. Mais n'imaginez surtout pas une végétation luxuriante. Ce n'est une forêt que de nom. C'est en réalité une steppe. Et les bâtiments en dur sont en train de bouffer ce qui en reste.

Dans cette partie de Thiès dénommée Mbour 4 Extension, les occupants sont presque tous dans l'illégalité. Même ceux qui avaient bénéficié du lotissement de la commune en 2006. Et ils le savent. Car, environ 2.500 constructions irrégulières sont recensées par ladite commission présidée par le préfet. « Nous n'avons pas dit que nous avons le droit avec nous. Ce que nous voulons, c'est une concertation pour essayer de trouver une solution qui conviendrait à tout le monde. Le Président de la République avait même donné des instructions, lors de l'inauguration de l'usine Kms3, pour que nous soyons régularisés. C'est pourquoi nous sommes aujourd'hui surpris quand nous avons vu les bulldozers en train de démolir nos maisons », soutient Dia, un des membres du collectif des habitants de Mbour 4 Extension.

Pour le Préfet du département de Thiès, Moussa Diagne, il n'est donné à personne la possibilité d'avoir une autorisation de construire dans une forêt classée. « Nous tous savons que, dans cette partie de Thiès dénommée Mbour 4 Extension, au fil des années, des irrégularités notoires et notées se sont accumulées. Il fallait déployer une action publique allant dans le sens de remettre l'envers à l'endroit », a fait savoir l'autorité administrative.

La promesse de régularisation par le Chef de l'État, la brèche

Le préfet a rappelé, qu'en 2006, la commune avait initiée un lotissement sur le domaine national qui avait respecté toute la procédure, et in fine, une autorisation de lotir avait été délivrée. Mais au bout de quelque temps, il s'est révélé que ce lotissement avait empiété sur la forêt classée. C'était 82 hectares, mais environ 67 hectares ont empiété sur la forêt classée. « Ce faisant, en décembre 2017, à l'occasion de la cérémonie de lancement des travaux de la troisième usine de Keur Momar Sarr (Kms3), le Chef de l'État, approché par les membres d'un collectif institué à cet effet, avait promis le déclassement de la zone à l'effet de régulariser ceux qui étaient affectataires du lotissement rappelé supra et qui, du fait qu'ils s'étaient installés dans la forêt classée, n'avaient pas la possibilité d'accéder à une autorisation de construire. C'est pourquoi le Président avait estimé devoir régulariser ces occupants. Malheureusement, beaucoup de gens d'ici et d'ailleurs ont profité de cette promesse pour continuer à occuper le reste de la forêt classée », a expliqué le préfet de Thiès.

Talla Sylla pour une suspension des démolitions

Moussa Diagne, le préfet de Thiès, de préciser que les services de l'administration, notamment la Dscos, n'ont cessé de se déployer sur le terrain pour signifier à qui doit l'entendre que cette zone n'est pas encore propre pour accueillir des constructions. « Des sommations ont été servies. Nous-mêmes, dans le cadre d'une commission que nous avons instituée sur instruction du gouverneur qui avait lui-même répercuté celle du Chef de l'État, avons eu à faire l'état des lieux pour déterminer les présences régulières et celles qui ne le sont pas », a argué le préfet de Thiès. Il a également indiqué qu'ils n'ont « cessé de sortir des communiqués allant dans le sens de rappeler le corpus légal qui encadre toutes les matières afférentes à l'occupation du sol, à la construction, etc. Mais les gens ont toujours fait comme s'ils n'ont jamais rien entendu ni vu. La démolition s'imposait alors ». Pour le maire de la ville, Talla Sylla qui a effectué une visite sur le site samedi dernier, il a été obtenu des autorités une suspension des démolitions. Mais pour l'heure, la Dscos continue d'affaisser les bâtiments.

Plus de 250 sommations d'arrêt de travaux servies, selon la Dscos

Si l'on se fie au Colonel Saboury Ndiaye, patron de la Dscos, pendant un an et demi que cette direction a séjourné dans ce site, plus de 250 sommations d'arrêt de travaux ont été servies. « Malgré tout, les gens continuent de construire. Ce qui doit cesser. Car, au-delà même de l'infraction liée à la construction sans autorisation, ces gens peuvent être arrêtés, emprisonnés, leur matériel saisi et leurs ouvrages démolis. Cette opération est irréversible. On a même tardé à le faire », a-t-il déclaré, d'un air déterminé. Il dit avoir constaté « qu'à chaque fois que l'État du Sénégal a des projets ambitieux pour ses populations, il y a des gens très véreux qui font la course contre la montre pour s'accaparer de ce qui appartient à tout le monde ». « Et cela est inadmissible. J'ai détaché dans ce site une équipe depuis près de deux ans. Ces gens sont constamment sur place. Mais comme le code est assez muet sur le contrôle de nuit - ce qu'il faudrait peut-être revoir avec les nouvelles dispositions du code de l'urbanisme -, on est absent la nuit. Et c'est pendant ces moments que les gens viennent occuper et construire. Quand la sensibilisation et l'information ne passent pas, il faut passer à l'action curative, c'est-à-dire soigner la plaie », a-t-il estimé.

Plus de: Le Soleil

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