Burkina Faso: Crises récurrentes dans le secteur des transporteurs routiers - Il faut siffler la fin de la récréation

25 Janvier 2021

Le premier mandat de Roch Marc Christian Kaboré a été marqué, entre autres, par le caractère itératif et généralisé des revendications sociales. Dans cette ambiance générale de débrayages en cascades qui caractérise le Burkina post-insurrection, l'on peut s'arrêter sur les crises récurrentes dans le secteur des transports. Et pour cause : c'est un domaine très sensible tant et si bien que le moindre mouvement d'humeur dans ce secteur d'activités, est douloureusement ressenti par les populations. Au-delà des désagréments que subissent les individus, c'est toute l'économie du pays qui prend un grand coup à chaque fois que le secteur traverse une crise.

A l'origine de la crise interminable qui secoue le secteur, se trouve d'une part la sempiternelle guéguerre entre l'Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) et l'Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB) et d'autre part, la guerre féroce que se livrent les magnats du transport autour de la gestion du fret. Relativement à la guéguerre entre l'OTRAF et l'UCRB, l'on peut faire remarquer que les acteurs de ces deux syndicats ont du mal à s'entendre parce que les employeurs et les employés n'ont pas les mêmes intérêts. Ce qui est normal.

Les employeurs qui sont les propriétaires des véhicules, ne voient pas toujours d'un bon œil, les velléités des chauffeurs tendant à défendre leurs intérêts matériels et moraux. Or, les chauffeurs ont le droit de s'organiser en syndicats, pour défendre leurs intérêts. Ce droit a été, du reste, consacré par la Constitution. L'obligation de déclarer, par exemple, les chauffeurs à la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale), a été, quelque part, le fruit de la lutte du syndicat des chauffeurs. Mais là où ces derniers outrepassent leurs prérogatives, c'est quand ils s'invitent dans la gestion du syndicat des employeurs au point d'exiger le départ de tel ou tel membre du bureau. Il y a visiblement des confusions et des amalgames de rôles.

Ça fait désordre

Et tant que des rappels à l'ordre ne seront pas faits par les structures compétentes pour discipliner les acteurs mis en cause, la chienlit prospèrera. En tout cas, il se pose la nécessité de civiliser les rapports entre l'OTRAF et l'UCRB. Car, avant tout, ils ne sont pas des ennemis mais des partenaires sociaux. Et le gouvernement a intérêt à les accompagner dans ce sens. Le syndicat des chauffeurs routiers devrait également intégrer dans son logiciel que l'adhésion à un syndicat est libre. Personne donc n'a le droit d'obliger un tiers à être membre d'un syndicat.

L'Etat doit veiller à ce que ce principe soit respecté. Autrement, l'on court le risque de dévoyer le syndicalisme. Mais la guéguerre entre l'OTRAF et l'URCB est moins violente que celle qui existe entre les magnats du transport autour de la gestion du fret. Depuis 2018, le combat fait rage. Le gouvernement de Paul Kaba Thiéba a tenté vainement d'y mettre un terme. Le gouvernement Dabiré I a subi le même sort. Et voilà que les couteaux viennent de ressortir de leur fourreau à peine le gouvernement Dabiré II installé.

Le gouvernement, pour tenter de résoudre la crise, avait appelé à la mise en place d'une organisation unique des transporteurs. L'objectif était que cette structure serve d'interface entre les autorités et les acteurs du secteur des transports. Ainsi, est né, à Bobo, le 23 février 2020, la Faîtière unique des transporteurs routiers du Burkina (FUTRB). Issouf Maïga en est le premier président national. Un mois plus tard, c'est-à-dire en mars 2020, un groupe de magnats du secteur, qui n'était pas en odeur de sainteté avec la FUTRB de Maïga, porte sur les fonts baptismaux, le Haut conseil des transporteurs du Burkina Faso (HCT-BF). Et la guerre reprend de plus belle entre les deux structures pour le contrôle du fret. Et le syndicat des chauffeurs (UCRB) s'invite à la guerre et dénonce « une ingérence politique dans la gestion du fret au Burkina Faso ».

Il faut rappeler que le gouvernement, par arrêté datant du 21 octobre 2020, avait confié la gestion et le contrôle du fret en provenance et à destination du pays, au CBC (Conseil burkinabè des chargeurs). Mais, Alassane Barro, le secrétaire général du HCT-BF, trouve qu'il y a une complicité entre le CBC et la faîtière dirigée par Issouf Maïga si bien que le fret est géré selon la tête du client. Conséquence : depuis le 20 janvier dernier, des bureaux du CBC sont pris en otage, notamment celui de Lomé par l'Union des transporteurs, opérateurs économiques et chauffeurs du Burkina Faso au Togo (UTDECBFT). Ce groupe aussi crie à l'injustice.

Bref, l'on perd son latin face à cette kyrielle d'organisations du secteur. Et bien malin qui saurait se retrouver dans cette forêt de sigles. En tout cas, ça fait désordre. De ce point de vue, le gouvernement doit siffler la fin de la récréation de manière à empêcher que les Burkinabè ne vivent plus les désagréments à répétition qu'ils ont vécus entre 2018 et 2020. Franchement, un pays enclavé comme le nôtre, ne peut s'offrir le luxe de permettre cela.

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