Afrique: Un tiers des articles sur l'Afrique publiés par les médias locaux proviennent d'agences de presse étrangeres - Ces sèves nourricières des stéréotypes sur le continent

26 Janvier 2021

Un tiers des articles sur l'Afrique publiés par les organes d'information du continent proviennent d'agences de presse étrangères. C'est ce que révèle un nouveau rapport de l'organisation «Africa No Filter». Intitulée «How African Media Covers Africa» («Comment les médias africains couvrent l'Afrique»), cette étude sur les médias africains souligne que l'- histoire de l'Afrique est racontée essentiellement sur la base de sources occidentales.

«Un tiers des articles sur l'Afrique publiés par les organes d'information du continent proviennent d'agences de presse étrangères». Conséquence, les récits concernant l'Afrique continuent d'être présentés à travers le prisme des mêmes stéréotypes et points de vue négatifs et tenaces sur la pauvreté, la maladie, les conflits, la médiocrité de la gouvernance et la corruption. C'est en substance ce que l'on peut retenir d'un nouveau rapport de l'organisation Africa No Filter (ANF), intitulé «How African Media Covers Africa» («Comment les médias africains couvrent l'Afrique»), a révélé le Groupe APO hier, lundi 25 janvier 2021. Selon la source, dans le cadre de l'enquête menée entre septembre et octobre 2020, 38 rédacteurs africains ont été interrogés et le contenu de 60 médias africains de 15 pays (Botswana, Afrique du Sud, Zambie, Zimbabwe, RDC, Égypte, Tunisie, Tanzanie, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Ouganda, Ghana, Nigeria et Sénégal) a été analysé.

En outre, quatre groupes de discussion ont réuni 25 rédacteurs en chef de médias africains, d'agences panafricaines et des correspondants internationaux. «Les résultats confirment les défis et expériences qui sont de notoriété publique dans le secteur : les recettes publicitaires et le nombre de salles de rédaction diminuent- ce qui a une incidence sur le type d'informations que les Africains lisent - et les actualités sont majoritairement négatives et liées à des conflits».

63% DES MEDIAS N'ONT PAS DE CORRESPONDANT DANS D'AUTRES PAYS D'AFRIQUE

Et d'ajouter que les principales conclusions du rapport soulignent que «les sources de collecte des informations sur les pays africains sont problématiques, que les contenus qui en résultent continuent à faire le lit de stéréotypes éculés, et que la qualité du journalisme local rend souvent impossible la production d'une narration nuancée et mise en contexte, essentielle lorsqu'il s'agit d'écrire des articles sur les 54 pays africains». Cette situation s'expliquerait par le fait que «63% des médias interrogés n'ont pas de correspondant dans d'autres pays d'Afrique. Un tiers de toute la couverture de l'Afrique est issue de sources non africaines, l'AFP et la BBC représentant un quart de tous les articles recensés dans les médias africains sur d'autres pays africains. La contribution des agences de presse africaines est faible. 81% des articles analysés entrent dans la catégorie «hard news» («actualités factuelles») - exemple : conflits et crises déclenchés par des événements donnés - et sont de nature principalement politique. 13% des informations sont axées spécifiquement sur la violence politique, les troubles civils et les conflits armés. L'Afrique du Sud, suivie de l'Égypte, sont les pays dont la couverture est la plus diversifiée et pas nécessairement liée à des événements d'actualité, ce qui signifie que ces deux pays sont probablement les «mieux connus» du continent», relève APO.

LES REDACTEURS EN CHEF INVITES A S'AUTO-EDUQUER ET CHANGER DE ROLE DANS LA PERPETUATION DE STEREOTYPES DEPASSES SUR L'AFRIQUE

A en croire Moky Makura, directrice générale d'ANF, «les médias ont une énorme influence sur l'établissement de la ligne éditoriale et sur le choix des articles consacrés à l'Afrique». Elle déclare que «l'enquête a montré clairement que, malgré des années d'indépendance, ce ne sont toujours pas les Africains qui tiennent la plume lorsqu'il s'agit d'écrire les histoires qui les concernent. Plus important encore, au travers des articles que nous partageons dans nos médias, nous continuons à colporter l'image d'une Afrique divisée, dépendante et manquant d'engagement. Il faut que nous reprenions la plume.» Moky Makura a ajouté : «paradoxalement, 50% des rédacteurs en chef interrogés estiment que leur couverture des pays africains autres que le leur ne contient pas de stéréotypes. Cela signifie clairement que nous devons faire de gros efforts pour nous auto-éduquer et changer le rôle que nous jouons dans la perpétuation de stéréotypes dépassés sur nous mêmes.

Les récits ont une grande importance et leur influence va au-delà de la simple narration. Ils ont un impact sur l'investissement en Afrique, sur la jeunesse et les opportunités que les personnes perçoivent dans leurs pays, sur la migration, la créativité et l'innovation.» Africa No Filter est une organisation qui se fixe comme objectifs, entre autres, de mettre fin aux récits stéréotypés et néfastes sur l'Afrique grâce à la recherche, au plaidoyer et à l'octroi de subventions.

À la suite de ce rapport, ANF a décidé de lancer la toute première agence de presse du continent qui se concentrera sur des récits ayant pour sujet : la créativité, l'innovation, les arts, la culture et la dimension humaine, afin de combler cette lacune du secteur. «Grâce à la recherche, au plaidoyer et à l'octroi de subventions, nous voulons former une communauté d'artisans du changement narratif en soutenant les acteurs du secteur, en investissant dans les plateformes médiatiques et en menant des campagnes disruptives», note la même source.

Plus de: Sud Quotidien

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