Ouganda: Levée du blocus autour du domicile de Bobi Wine par la justice - Il ne faut pas crier trop tôt victoire

L'opposant ougandais Bobi Wine
26 Janvier 2021
analyse

Les avocats de Bobi Wine ont, pourrait-on dire, obtenu gain de cause. On se rappelle, en effet, qu'ils avaient plaidé, le 21 janvier dernier, devant la Haute cour de Justice de Kampala, la libération de leur client bloqué à son domicile depuis la publication des résultats de la présidentielle qui donnent son rival Yoweri Museveni, vainqueur.

En effet, la Haute cour de Justice a ordonné, le 25 janvier, la levée immédiate du blocus autour du domicile de Bobi Wine. Pour une fois donc, la Justice ougandaise aura fait preuve de courage et d'indépendance. En tout cas, ce n'était pas chose gagnée d'avance d'autant que cette Justice, inféodée au pouvoir, était habituée à faire le sale boulot.

Autant dire qu'il faut se féliciter de cette décision de la Haute cour de Justice de Kampala. Elle semble avoir compris, comme le disent les Saintes Ecritures, «qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois ».

Maintenir le blocus autour du domicile de Bobi Wine alors qu'il n'y a véritablement pas de charges tangibles contre lui et malgré la clameur publique, juste parce qu'on veut satisfaire aux désidératas du prince régnant, aurait terni davantage l'image de la Justice ougandaise. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les juges se seront, et cela n'est pas coutume, montrés capables de respecter leur serment. Et c'est tant mieux.

Est-ce le début d'une prise de conscience des juges ?

Même après la levée du blocus, Bobi Wine restera dans le collimateur de la Justice

Rien n'est moins sûr. Du reste, il n'est pas exclu que cette décision ait été motivée par la récente sortie du pays de l'Oncle Sam sur les violations graves des droits des opposants dans certains pays africains comme la Guinée Conakry, la Côte d'Ivoire et l'Ouganda.

En tout cas, il ne faut pas crier trop tôt victoire. Car, même après la levée du blocus, Bobi Wine qui est devenu le poil à gratter du régime ougandais, restera dans le collimateur de la Justice puisqu'il est placé sous surveillance. Tant que le satrape n'aura pas sécurisé sa victoire comme un voleur sécurise son butin, l'opposant n'aura pas la paix.

On est d'autant plus fondé à le croire que Bobi Wine reste inflexible et promet de mener la résistance jusqu'au bout. De quoi pousser le régime ougandais à le surveiller comme du lait sur le feu. Du reste, ce blocus qui n'était autre qu'une mise en résidence surveillée, est la nouvelle trouvaille des dictateurs pour empêcher les opposants de leur chercher des noises lors des élections.

C'est d'autant plus vrai que Yoweri Museveni n'est pas le premier à imposer un blocus à son plus farouche adversaire. Cette stratégie liberticide a fait recette au Gabon, au Togo et plus récemment en Guinée et en Côte d'Ivoire. Autant dire que Bobi Wine n'est pas le seul à souffrir le martyre.

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