Nigeria: Remplacement chefs militaires - Il faut bien plus pour soigner ce grand corps malade

President Muhammadu Buhari
analyse

Il les avait nommés en juillet 2015 en replacement de ceux qui avaient été promus par son prédécesseur, Goodluck Jonathan.

Presque six ans après, le général Muhammadu Buhari vient de remplacer les chefs militaires qu'il s'était lui-même choisi une fois revenu au pouvoir par la voie des urnes en 2015.

Le président nigérian a, en effet, annoncé hier mardi 26 janvier 2021 le départ de quatre principaux chefs de son armée. En l'occurrence le chef d'état-major et les chefs de l'armée de terre, de l'air et de la marine. Ils ont aussitôt été remplacés.

Chose curieuse, dans le communiqué de la présidence qui met fin aux fonctions des désormais ex-chefs de l'armée du pays, le locataire du palais d'Aso Rock a d'abord pris le soin de louer leurs «formidables victoires dans leurs efforts pour apporter la paix dans notre cher pays». Comme s'il les portait au pinacle pour mieux les laisser choir avec fracas.

Il faut croire que les «victoires» dont parle le chef suprême des armées nigérianes ne sont pas si éclatantes ou si visibles que cela. Autrement, on ne se sépare pas d'un général victorieux tout comme on ne change pas une équipe qui gagne.

Certes, le grand combat contre la secte islamiste Boko Haram a enregistré quelques succès notables, mais le «chacal», ainsi qu'on nomme le chef du groupe salafiste, Abubakar Shekau, a régulièrement montré que même si on lui a brisé les reins, il a néanmoins des crocs suffisamment acérés pour les planter quand et où il veut. Au grand dam du chef d'état-major sortant qui a parfois annoncé précipitamment des exploits surfaits.

L'écrémage de la Grande Muette intervient, on ne saurait l'oublier, quelques semaines après les violentes manifestations contre les abus de la police qui avaient fini par prendre une tournure politique, voire insurrectionnelle, et qui ont été durement réprimées par la soldatesque.

Mais bien que Buhari ait dans un premier temps soutenu ses étoilés et frères d'armes, la pression pour leur limogeage, venue même de son propre camp, était devenue forte au point qu'il n'avait plus d'autre choix que de sacrifier ceux qu'il avait jusque-là protégés.

Il en va de l'armée comme d'une équipe de football : quand les résultats ne suivent pas, on fait tomber la tête de l'entraîneur et parfois aussi celle du président du club.

Mais qui connait l'état des Forces de défense et de sécurité nigérianes, passablement gangrénées par la corruption de la haute hiérarchie, reconnaîtra qu'il ne suffira pas de couper la tête pour que le reste du corps se porte mieux.

C'est dire que le général-président Buhari doit entreprendre des réformes beaucoup plus profondes qu'une simple valse des bérets s'il veut assainir véritablement ce grand corps malade qui a besoin d'un traitement de choc.

Surtout qu'il est à son second et dernier mandat, le chef de l'Etat nigérian doit avoir les coudées franches pour mettre de l'ordre dans ses casernes.

Plus de: L'Observateur Paalga

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