Sénégal: Reportage - Djoudj, un paradis ornithologique au cœur de la vallée

Le Parc national des oiseaux de Djoudj
27 Janvier 2021

Situé à 60 km au nord de Saint-Louis, le parc national des oiseaux de Djoudj est l'une des principales attractions touristiques du Sénégal. Il accueille plus de 350 espèces d'oiseaux dans un environnement d'une biodiversité très riche. Découverte.

Il se raconte qu'en 1966, l'ornithologue René De Naurois, en découvrant pour la première fois le parc national des oiseaux de Djoudj situé sur un des méandres du fleuve Sénégal, ne put s'empêcher de crier son enchantement: « c'est l'un des plus grandioses spectacles que l'Afrique peut offrir ». Le prêtre et résistant français ne croyait pas si bien dire puis que, cinquante après, ce parc continue encore d'afficher ses charmes malgré les assauts du temps et des changements climatiques. En effet, avec ses trois millions d'oiseaux migrateurs répartis en 350 espèces notamment le flamant rose, le pélican blanc, l'oie de Gambie et d'Egypte, la grue couronnée, le pilet, la spatule, le cormoran, le canard, etc., dans un écosystème fait de marigots, de lacs, de marécages et de bouquets de roseaux, où se côtoient également phacochères, varans, pythons, singes rouges, crocodiles, le parc national des oiseaux de Djoudj, avec ses 16.000 ha, reste l'un des plus beaux endroits que peut donner les yeux à contempler. Cette riche biodiversité et la diversité des oiseaux qui y trouvent refuge notamment durant la période d'hiver en Europe, en font l'un des plus importants lieux de concentration de migrateurs en Afrique et la troisième réserve ornithologique du monde. Ce n'est donc pas pour rien que le parc, créé en 1971 puis agrandi en 1975, a été classé site Ramsar depuis 1977, site du patrimoine mondial depuis 1981 et réserve de biosphère depuis 2005.

Pour découvrir le parc national des oiseaux de Djoudj dans toute sa beauté, il faut quitter la ville de Saint-Louis et son tumulte quotidien qui redouble d'intensité en cette période de Festival de Jazz et de la Biennale, et emprunter la route nationale n°2 en direction de la commune de Ross Béthio située à une cinquantaine de kilomètres de l'ancienne capitale de l'Aof. Juste à l'entrée de cette ville du riz, au coin d'une bifurcation, un panneau indique la direction du parc. La piste de 18 km qui y mène est par endroit latéritique et par endroit semi-sablonneuse. Elle serpente entre ravins, étendues de terre tapissées d'une fine couche de sel, petites exploitations villageoises et gros aménagements rizicoles sur lesquels veillent des hommes en armes pour éloigner les oiseaux granivores.

350 espèces, 3ème site ornithologique du monde

C'est au prix donc de ce périple-là que le parc Djoudj se dévoile sous toutes ses coutures. Comme en guise de bienvenue, à quelques mètres de la porte d'entrée, le gazouillis des oiseaux se fait audible. A l'accueil, le Sergent Abdoulaye Bâ, responsable des entrées touristiques du Parc de Djoudj, et Idrissa Ndiaye, guide et responsable du suivi écologique du site. Ce jour-là, comme le laisse voir le tableau planté devant le bloc administratif dont la façade latérale fait face à l'hôtel du parc, lieu de séjour des touristes, l'oiseau de la semaine est la Poule de Sultane dont la description des aspects spécifiques est déclinée aussi bien en français qu'en anglais. «Chaque semaine, on met à l'honneur l'une des 350 espèces qui nichent dans le parc. Tous ses caractéristiques sont détaillés», explique Idrissa Ndiaye.

Derrière ces premières bâtisses, se dressent les logements en forme de boule de la vingtaine d'agents qui veillent sur le parc. Ils sont mitoyens au bâtiment tout de blanc peint de la station biologique de recherche fréquentée par les étudiants et les chercheurs. Mais on n'est toujours pas au cœur de ce qui fait le charme du parc. Il faut s'enfoncer encore sept kilomètres à l'intérieur du site pour découvrir l'antre des oiseaux. Sur le chemin qui y mène, la dichotomie de l'écosystème est saisissante. A gauche le fleuve Sénégal et la végétation verdoyante qui pousse tout autour, à droite une étendue de terre rêche et rebelle conquise par une nappe phréatique salée où ne poussent que quelques arbres rabougris enveloppés d'une couche fine de particules blanches à l'aspect de coton. Ces particules viennent des plantes de typhas qui colonisent une bonne partie du fleuve Sénégal de ce côté-ci, informe Idrissa Ndiaye. Il ajoute qu'en période d'hivernage, cette route qui mène au cœur du parc devient quasi impraticables du fait de la boue.

Nous y voilà enfin, au paradis des oiseaux. A l'embarcadère où attend une barque pour nous conduire dans les méandres du Djoudj du nom du bras du fleuve Sénégal, une stèle rend hommage à André Roger Dupuy, un naturaliste émérite qui fut de 1967 à 1987 le conservateur du parc. La balade en pirogue confiée à des ressortissants des sept villages qui bordent le parc, peut alors commencer. Les premières foulées nautiques sont décevantes. Peu d'oiseaux se prêtent au spectacle. Seules quelques oies d'Egypte au plumage qui tire sur le marron campent le décor. Cela s'explique, les oiseaux migrateurs qui constituent l'essentielle de la colonie sont déjà repartis en Europe depuis janvier. « Le parc atteint son pic de fréquentation entre octobre et janvier. Malheureusement vous êtes venus au moment où seuls les oiseaux sédentaires sont sur place. Actuellement, la population est en baisse », souligne Idrissa Ndiaye. Mais la déception ne sera que de courte durée puisque des oiseaux sédentaires, on ne tardera pas en découvrir quelques minutes après et au fur à mesure que la pirogue nous promène à travers le Djoudj bordé de part et d'autre d'une flore qui laisse penser, dans des proportions bien moindres, à l'Amazonie. C'est ainsi qu'apparaissent, au bout de trois kilomètres de balade, des aigrettes-pêcheurs, deux grues couronnées, une espèce qui a la particularité de vivre en couple, et une colonie de spatules avec leur plumage immaculé et leur bec plat en forme de cuillère.

Un écosystème menacé par le barrage de Diama

Les trois millions d'oiseaux qui nichent, chaque année à Djoudj ne le font pas par hasard. A l'image d'un assassin dont on dit qu'il revient toujours sur les lieux du crime, les oiseaux qui ont éclos à Djoudj y reviennent toujours pour nicher à leur tour, d'après le Sergent Abdoulaye Bâ. «On a ici des oiseaux piscivores, granivores et limnicoles qui évoluent dans le site en fonction de leurs besoins spécifiques. Par exemple, les pélicans nichent dans l'îlot qu'on réhabilite chaque année du fait de la forte érosion liée à l'ouverture du barrage de Diama qui, à un moment donné a bouleversé le système hydrographique du Djoudj. D'autres espèces nichent au niveau de certains lacs comme le lac Khaar, au niveau du grand Djoudj, ce sont ces sites qui sont des réservoirs qui peuvent recevoir certaines espèces», explique l'Agent technique des parcs nationaux. Mais ce n'est pas la seule explication. En effet, le parc de Djoudj dispose d'autres atouts qui attirent les oiseaux. La nourriture y est abondante, la sécurité et la quiétude y sont assurées. Comme le fait savoir Idrissa Ndiaye, « les oiseaux choisissent de nicher toujours là où ils sont en sécurité ». Et ici, tout est fait pour que les oiseaux évoluent dans un environnement le meilleur possible. Une vingtaine d'agents surveillent en permanence le parc qui a à sa tête un conservateur et son adjoint. Mais cet effectif est trop peu, juge le sergent Bâ, pour dissuader les activités interdites dans le rayon du parc à savoir la pêche, l'agriculture, la chasse et la coupe de bois auxquelles s'adonnent certains quidams. Pour faire respecter ces mesures d'interdiction, les autorités du parc ont donc décidé d'impliquer les populations riveraines dans la gestion et la sauvegarde du parc. «Au début, la cohabitation entre le parc et les populations fut difficile. C'est le parc qui les a trouvées ici donc il fallait privilégier le dialogue et la communication pour les sensibiliser sur l'importance de ce site. Elles ont finalement compris et participent aujourd'hui activement à toutes les activités de conservation notamment l'aménagement et le suivi écologique », confie Abdoulaye Bâ. Cette réticence des populations a été vaincue grâce à des programmes financés par des bailleurs et des partenaires qui leur ont permis de créer de petites activités génératrices de revenus. C'est dans ce sens que le Gie des écovillages. Ce Gie a permis à certains jeunes des localités périphériques de bénéficier d'une formation en ecoguide et écogarde basée et donc de participer aux activités touristiques du parc ».

A propos de tourisme, le Sergent Abdoulaye Bâ fait remarquer que le taux de fréquentation du parc est en baisse depuis deux ans du fait de l'épidémie du virus Ebola et de la menace terroriste. De 6000 à 7000 visiteurs, le parc en reçoit beaucoup moins aujourd'hui, regrette-t-il. Les activités anthropiques menace de moins en moins la quiétude du site, il n'en demeure pas moins qu'il existe une autre menace qui risque de mettre en péril l'équilibre de cet écosystème : le barrage de Diama. En effet, depuis la mise en service de ce barrage sur le fleuve Sénégal en 1988, il a été constaté une baisse du niveau de l'eau, un ensablement du fleuve et une invasion des plantes de typhas. Toutes choses qui ont bouleversé le système écologique du site, selon le responsable du suivi écologique Idrissa Ndiaye. « Ces modifications constituent une menace pour la faune et la flore. On a vu en particulier proliférer des plantes rampantes et des typhas », dit-il. Il en appelle à des mesures idoines pour que le parc national des oiseaux de Djoudj ne perdre pas tout le charme qui avait fait s'écrier de ravissement l'ornithologue René De Naurois.

PS: Ce reportage a été réalisé et publié pour la première fois en 2016

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.