Madagascar: Dahalo - Réseaux protégés par une mafia en col blanc

En général, les troupeaux à destination de la région Analamanga sont normalement déjà en règle.

Le trafic de bovidés est une lutte de longue haleine. D'ailleurs les réseaux de complicité font proliférer les vols de zébus. Malgré les dispositions prises par les tenants du pouvoir, ces bandits de grand chemin font toujours parler d'eux.

Le phénomène Dahalo est devenu presque un lot quotidien en milieu rural. C'est devenu même une corruption de haut vol. Selon le magazine d'investigation « Trandraka », « c'est la traque de ces Dahalo en col blanc qui pose un grand problème à l'Etat. On s'interroge si les dirigeants ont une volonté réelle de mettre un terme à ce fléau qui est une des principales sources de la paupérisation de la population en zone rurale.

Il n'est pas rare que des Dahalo, pourtant pris en flagrant délit en pleine action, soient libérés au bout de quelques semaines, voire quelques jours ». De ce fait, on a l'impression qu'il existe des réseaux protégés par une mafia en col blanc.

Filières. Jusqu'ici, aucune véritable enquête ni procès n'a eu lieu pour coincer ces bandits de grand chemin alors que l'existence de ces derniers régulièrement arrêtés vivants auraient pu permettre de remonter les filières. Selon le magazine d'investigation, « parfois, les affaires sont tout simplement classées sans suite sous la pression ». Et d'enchaîner qu' « en 2019 à Ikalamavony, par exemple, un civil était surpris en possession d'une grosse quantité d'armes alors qu'il venait d'en prendre possession au stationnement de la ville.

Une des balles était tombée du sac dans le bus et l'homme l'avait ramassée au vu et au su de tout le monde. L'individu est une personne bien connue dans cette localité mais les forces de l'ordre n'ont jamais ouvert une enquête sur l'origine de la marchandise illégale qu'il transportait. L'affaire est restée sans suite ». C'est ce qui explique tout.

Activités économiques. L'existence de ce genre de situation finit par décourager la population à s'impliquer dans la lutte contre les Dahalo et dans la pratique de leurs activités économiques. Elle est en grande partie à l'origine de l'exode rural. D'autres décident de se procurer des armes pour assurer leur propre protection et il n'est pas rare qu'ils finissent à leur tour par devenir eux-mêmes des Dahalo.

C'est le cas d'un ancien chef des bandits sis à Akadimirary, commune Ambalakindresy , district d'Ambohimahasoa qui affirme même avoir débuté ses activités de Dahalo en 2004 en utilisant des lance-pierres et des bêches. Toujours d'après « Trandraka », « je suis ensuite entré au sein de l'équipe du Jama qui assurait la sécurité du village. J'avais commencé par louer une arme et des munitions avant de décider d'en acheter. C'est un chef de la gendarmerie qui me l'avait vendu », avait-il témoigné, sans manifester la moindre gêne.

Plan de guerre. Lorsque les Dahalo partent avec un troupeau de zébus après une attaque, les vraies difficultés vont commencer pour eux puisqu'ils savent qu'ils vont être poursuivis par les propriétaires et probablement par les forces armées. Rien n'est donc laissé au hasard pour ces bandits puisqu'ils doivent mettre en place un véritable plan de guerre, de défense et même de riposte. Lorsque les zébus débarquent dans les abattoirs d'Anosizato ou d'Akadindratombo, ils sont déjà blanchis avec des fiches individuelles de bovidé en règle.

Tout cela nécessite un réseau de complicité à tous les niveaux, sur les terrains mais également et surtout dans les bureaux avec c'est ce qu'on qualifie de bandits à col blanc. Toujours est-il que les régions et les communes sont pointées du doigt comme étant les plus impliquées dans le réseau de blanchiment des zébus volés. Selon la loi, elles sont les seules entités à pouvoir acheter et retirer les fiches individuelles de bovidés auprès de l'imprimerie nationale. C'est pour dire que rien n'est laissé au hasard.

Plus de: Midi Madagasikara

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.