Congo-Brazzaville: Sortie des évéques sur la présidentielle - Quand l'église prêche dans le désert

Monseigneur Victor Abagna Mossa, archevêque d’Owando et porte-parole de la conférence épiscopale congolaise
3 Février 2021
analyse

A quelques semaines de la présidentielle au Congo-Brazza, l'Eglise catholique a rendu public son message sur le scrutin du 21 mars prochain. C'était le 2 février dernier. Cette sortie est motivée, explique-t-elle, par « le devoir qui incombe à l'Eglise, de scruter, à tout moment, les signes des temps ».

De son message, ressortent clairement de fortes craintes quant aux conditions d'organisation du scrutin à venir. Au Congo, présidentielle rimant toujours avec troubles sociopolitiques et sécuritaires, les évêques disent se faire l'écho de nombreux Congolais qui, une fois encore, « vivent déjà dans la peur et la hantise » des violences à mesure que l'on approche du rendez-vous électoral prochain. Le cri du cœur du clergé congolais sera-t-il entendu par le pouvoir qui a la responsabilité d'organiser ce scrutin ?

Le message des évêques contribuera-t-il à vaincre le signe ... congolais ? Rien n'est moins certain. Il faut plutôt craindre que ces Hommes de Dieu ne soient en train de prêcher dans le désert. Jamais rassasié de pouvoir et ayant toujours fait feu de tout bois pour demeurer à son trône, il est quasi certain que le président candidat à sa propre succession, n'aura cure de cette mise en garde des évêques qui appellent à la transparence et à la crédibilité du scrutin.

Autant dire que l'élection qui se profile à l'horizon, a toutes les chances de ressembler à celles qui l'ont précédée, par sa qualité douteuse : un vaudeville électoral qui suscitera encore de vives critiques, mais au terme duquel le président sortant, Denis Sassou N'Guesso, empoignera encore, son « dû » de chef bantou indétrônable. Mais après tout, on est au Gondwana avec ses institutions fantoches à la solde du grand chef, sa Justice aux ordres, ses opposants sans cesse traqués et opprimés, et enfin ses médias critiques muselés. Dans un pays comme tel, où l'évocation de l'alternance relève du crime de lèse-majesté, les inquiétudes de l'Eglise, à l'orée des élections, se justifient amplement.

C'est surtout au peuple qu'il appartient de prendre ses responsabilités

Cela dit, quand sera-t-il mis fin à la souffrance de tous ces Congolais fatigués de voir trôner au sommet de l'Etat, la seule et même tête depuis plus de trente ans ? Il faut croire, hélas, qu'ils ne sont pas au bout de leurs peines, tant le rapport du président Sassou au pouvoir d'Etat, semble plutôt solidement bâti sur la conception traditionnelle du pouvoir : « j'y suis et je reste » ...

Jusqu'à ce que mort s'en suive. Sans aucun doute établi dans une logique empruntée à celle de l'ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, à savoir : « les élections, on les gagne ou... on les gagne », Sassou N'Guesso n'entend certainement pas organiser « son » scrutin pour le perdre. Cette si longue et grande souffrance qu'il continue d'infliger à la démocratie au Congo-Brazza, ne serait sans doute plus d'actualité aujourd'hui si un certain François Hollande, alors président de la France, avait su dire non à son homologue congolais, quand ce dernier avait entrepris de convoquer un référendum pour modifier la Constitution.

Le but de la manœuvre était connu : se donner les moyens de sauter le verrou de la limite d'âge qui l'empêchait, à l'époque, de se remettre dans la course à la présidence. On connait la suite : Sassou avait bénéficié de la complicité plus ou moins tacite du président Hollande qui avait déçu l'opposition congolaise qui espérait naïvement, dans son combat contre les dérives du maître de Brazza, que l'Elysée prendrait le parti de la démocratie.

Mais il est clair que c'est au peuple congolais de prendre son destin en mains. Ne dit-on pas, du reste, que les peuples méritent leurs dirigeants ? C'est bien au peuple congolais qu'il appartient de prendre ses responsabilités face au mal Sassou et contre lequel il ne s'est manifestement pas encore doté du remède adéquat.

La triste réalité est que ce peuple-là a toujours voulu aller au paradis sans mourir. Car, pour venir à bout du problème Sassou, il y a, à l'évidence, un sacrifice à consentir, que ne semble pas prêt à faire ce peuple qui donne plutôt l'impression de s'être finalement résigné.

Mais il est vrai que les Congolais savent à quel type de satrape ils ont affaire, un Néron des temps modernes, qui serait prêt à brûler son pays ; l'essentiel pour lui étant de s'éterniser au pouvoir. La région du Pool pilonnée par les combattants de Sassou, en sait quelque chose.

Allez-y demander au Général Jean-Marie Michel Mokoko qui a eu le malheur de contester la victoire du satrape, à l'issue du précédent scrutin, et qui croupit, en ce moment, en prison, de quoi est capable l'homme fort de Brazzaville. C'est quasiment une certitude : au terme de l'élection qui s'annonce, Sassou et toujours le même sera, une fois encore, investi président.

Les conditions de transparence du scrutin feront encore planer le doute sur sa sincérité. Toute chose qui peut amener finalement à se demander à quoi servent les élections au Congo-Brazza. Quelles plus-values apportent-elles à ce pays qui pourrait encore compter de nombreux morts et une multitude de déplacés à l'occasion du vote?

Ce pays avait pourtant tout pour réussir au regard de ses immenses richesses naturelles. Au lieu de cela, il se voit sans cesse sous perfusion d'institutions financières internationales, et continue de s'illustrer par sa mauvaise gouvernance sur fond de scandales à répétitions liés aux « biens mal acquis ». C'est bien dommage !

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