Kenya: D'anciennes exciseuses protègent la nouvelle génération contre les mutilations génitales féminines

Les anciennes exciseuses Kokarupe Lorwu, Methani Chepurai Lokuda et Chepchongil Cheleston dans le comté de West Pokot, au Kenya. © UNFPA/Luis Tato

TAMUGH, COMTÉ DE WEST POKOT, Kenya - Plus de 10 000 filles sur une période de 30 ans. Voilà combien de filles trois femmes ont excisées au cours de rituels de mutilations génitales féminines, soit presque une fille par jour, tous les jours, pendant trois décennies.

Aujourd'hui âgées de plus de 70 ans, Chepchongil Cheleston, Kokarupe Lorwu et Methani Chepurai Lokuda sont à la fois survivantes de mutilations génitales féminines et anciennes exciseuses, et ont délaissé leurs outils et décidé de combattre ces pratiques néfastes, pour encourager la nouvelle génération à faire de même. Elles se sont réunies chez Mme Lokuda avec le chef local Christopher Adoiywan et d'autres personnes engagées contre les mutilations génitales féminines. Cette réunion est l'occasion pour le chef de travailler en étroite collaboration avec sa communauté, pour identifier les filles à risque et encourager le dialogue pour changer les normes sociales et les comportements qui perpétuent des pratiques dangereuses comme celles-ci ou comme le mariage d'enfants.

Mme Lokuda, qui a hérité cette pratique de sa grand-mère, explique que si les filles qu'elle a excisées il y a longtemps sont désormais des femmes d'âge mûr, ses actes pèsent lourd sur sa conscience. Ces filles n'ont pas eu leur mot à dire sur ce que l'on faisait de leur corps, alors qu'elles auraient dû avoir ce droit. À l'époque, Mme Lokuda voyait ces pratiques comme un rite de passage obligatoire. « Toutes les femmes de ma génération ont été excisées, et c'est quelque chose que ma communauté percevait comme un signe de féminité. Si on ne le faisait pas, on n'était pas acceptée », explique-t-elle. Elle a pratiqué l'excision sur plus de 5 000 filles. Si l'excision avait lieu le jour, on la payait en alcool ; la nuit, elle gagnait 5 dollars par fille excisée.

Mme Lorwu recevait des compensations similaires. « Chaque soir, les jeunes filles étaient rassemblées dans une maison donnée, et on m'appelait pour que je procède à l'excision », raconte-t-elle. « Après une nuit de chant et de danse, les filles étaient réveillées à l'aube et se lavaient. Nous nous rendions ensuite à l'étable où je pratiquais l'excision. On me versait entre 5 et 10 dollars par fille. Parfois, on me payait en alcool ».

Ces trois femmes attribuent leur changement d'attitude à une foi nouvelle en Dieu, ainsi qu'aux informations et à la formation reçue dans le cadre des programmes World Vision Kenya, partenaire de l'UNFPA, sur les effets négatifs des mutilations génitales féminines sur la santé des femmes et des filles. L'UNFPA soutient des programmes dans les comtés les plus touchés par les MGF comme West Pokot, Samburu, Elgeyo Marakwet, Baringo et Narok. Mis en œuvre par des partenaires, ces programmes sont fondés sur le dialogue, l'aide psychosociale et une réorientation des personnes pratiquant les MGF. La décision d'abandonner l'excision n'a pas été simple pour ces femmes, car ces pratiques étaient leur gagne-pain, mais grâce à World Vision International, elles ont chacune reçu six chèvres, qui leur permettront de rester indépendantes.

Ces anciennes exciseuses encouragent le dialogue communautaire sur les dangers des mutilations génitales féminines. « Toutes les trois ont été sensibilisées aux lois gouvernementales contre les MGF et informées sur les moyens de militer pour de meilleures approches, comme des rites de passage alternatifs pour les filles », explique George Ndung'u, expert Genre et développement chez World Vision.

C'est pour cela que l'éducation au droit des femmes et des filles à disposer de leur corps est essentielle : elle fonctionne. Selon M. Adoiywan, le nombre de cas rapportés dans la région a baissé de 80 % ces dernières années.

Pourtant, selon la militante anti-MGF Eunice Chemwok, les femmes et les filles continuent de connaître des difficultés comme la violence basée sur le genre, le mariage d'enfants et la déscolarisation, autant d'éléments que l'on pense être aggravés par la pandémie. Elle propose des cérémonies de rites de passages alternatifs, qui ont malheureusement été suspendues faute de financements et à cause des restrictions imposées par la COVID-19. « Au cours de ces cérémonies, les jeunes filles apprennent tellement de choses », souligne Mme Chemwok, « dont les dangers du mariage précoce, l'importance d'être scolarisée et leurs droits fondamentaux ».

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