Ouganda: Un chef rebelle de l'Armée de résistance du Seigneur reconnu coupable de crimes contre l'humanité par la CPI

Former LRA commander Dominic Ongwen.
4 Février 2021

Un ancien chef de guerre ougandais dont les forces ont attaqué des camps de déplacés à travers l'Ouganda, a été reconnu ce jeudi coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale (CPI).

La Cour, basée à La Haye, aux Pays-Bas, a estimé que Dominic Ongwen était « pleinement responsable » de multiples violations graves commises dans le nord de l'Ouganda au début des années 2000, dans le cadre d'une insurrection armée remontant aux années 1980.

En tant que chef de brigade de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), M. Ongwen s'est rendu coupable du meurtre d'un grand nombre de civils, de mariages forcés, d'esclavage sexuel et du recrutement d'enfants soldats obligés de « participer activement aux hostilités », entre autres crimes graves.

Les attaques contre les civils étaient justifiées par le raisonnement selon lequel ils étaient associés au gouvernement et étaient donc « l'ennemi » des insurgés, a précisé la CPI dans une déclaration, notant également que les soldats de la LRA avaient « l'ordre de tirer sur les civils à la poitrine et à la tête pour s'assurer qu'ils meurent ».

Selon le résumé du verdict de la CPI, en réponse à la question de savoir si le fait de tirer sur un civil au cours d'une attaque constituerait une infraction, le témoin P-0142, un combattant de la LRA, a déclaré que « personne ne considérerait comme un crime le fait de blesser un civil ou de lui tirer dessus ».

Cibles civiles

Les personnes visées « en particulier » étaient celles qui vivaient dans les nombreux camps de personnes déplacées à l'intérieur du pays mis en place par le gouvernement, selon la Cour, qui a examiné les preuves d'attaques sur quatre sites de déplacés, à savoir, Pajule, le 10 octobre 2003, Odek, le 29 avril 2004, Lukodi, autour du 19 mai 2004) et Abok, le 8 juin 2004.

Bien que la Cour ait noté que M. Ongwen a beaucoup souffert après avoir été enlevé par la LRA alors qu'il était un enfant de neuf ans, elle a souligné qu'il était jugé pour des crimes commis en tant qu'« adulte pleinement responsable et en tant que commandant de la LRA au milieu ou à la fin de la vingtaine ».

C'est au cours de la période de trois ans examinée par la Cour, de juillet 2002 à décembre 2005, que M. Ongwen est passé du rang de commandant de bataillon de la LRA à celui de chef de la brigade Sinia avec le grade de brigadier, supervisant plusieurs centaines de soldats.

« La Chambre a conclu que Dominic Ongwen est pleinement responsable de tous ces crimes », a déclaré la Cour. « La Chambre n'a pas trouvé de preuves qui soutiennent l'affirmation qu'il souffrait d'une quelconque maladie ou trouble mental pendant la période pertinente pour les charges, ou qu'il a commis ces crimes sous la contrainte ou sous des menaces ».

Enrôlement « systématique »

Le témoignage d'un soldat de la LRA identifié comme le « Témoin P0307 » a souligné la pratique systématique d'enrôlement d'enfants soldats.

« Chaque fois que nous rencontrions des jeunes gens, nous les enlevions et les emmenions dans la brousse. Nous devions le faire car nous devions augmenter nos effectifs dans la brousse. Ainsi, l'enlèvement de nouvelles recrues faisait partie des activités de routine pendant les attaques, de sorte qu'il n'était pas nécessaire qu'un commandant vous ordonne d'enlever parce que cela faisait partie du travail », a déclaré le témoin.

Au total, M. Ongwen, qui a 45 ans, a été reconnu coupable de 61 crimes contre l'humanité et crimes de guerre entre le 1er juillet 2002 et le 31 décembre 2005.

Il risque jusqu'à 30 ans de prison, bien qu'une condamnation à vie puisse être prononcée dans des circonstances exceptionnelles. La CPI a noté qu'après la condamnation, des discussions seraient entamées sur les réparations à accorder aux victimes.

Au cours des 234 audiences tenues entre décembre 2016 et mars 2020, les juges de première instance ont entendu 109 témoins et experts pour l'accusation et 63 pour la défense. Les représentants des victimes ont appelé sept témoins et experts. Enfin, 4 095 victimes ont été représentées devant la Cour.

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