Afrique: L'Initiative fait peau neuve

analyse

Eric Fleutelot est le directeur technique du Pôle Grandes Pandémies, au Département santé d'Expertise France.

Vous avez récemment présenté lors du webinaire consacré à L'Initiative, la nouvelle stratégie. En quoi consiste-t-elle ?

Nous avons effectivement mené un exercice de réflexion, impliquant le comité de pilotage et l'équipe de L'Initiative, ainsi que des partenaires, conduisant à l'élaboration d'une nouvelle stratégie qui s'articule autour de quatre piliers :

Mobiliser les compétences

Il s'agit de notre modalité d'intervention visant à mobiliser l'expertise technique. Elle répond à l'objectif initial pour lequel L'Initiative avait été créée en 2011 : faciliter l'accès aux financements du Fonds Mondial et contribuer à l'efficience des subventions. Ce pilier doit contribuer à élaborer des demandes de financement toujours plus pertinentes et de qualité, et à soutenir les pays dans la mise en œuvre des activités financées par le Fonds mondial. Les pays sont libres de demander des appuis dans des domaines très variés tels que la gestion financière, l'appui au suivi-évaluation, l'aide à la quantification en ARV pédiatriques... Ces missions sont menées dans un esprit de renforcement des capacités des bénéficiaires principaux et secondaires et des ministères de la santé, même si parfois on nous demande de compenser une absence ponctuelle de compétence.

Notre réservoir d'experts est francophone plus que français, car la majorité des experts qui collaborent avec L'Initiative viennent des régions où nous intervenons, en particulier d'Afrique francophone. Et nous cherchons à travers eux à introduire un volet de renforcement des capacités, car au-delà de faire, nous souhaitons « accompagner » ceux qui ont la charge d'agir.

Soutenir des projets catalytiques

Nous soutenons ces projets au titre de bailleur de fonds, avec l'idée de compléter le Fonds Mondial pour faire évoluer les pratiques ou les politiques de santé plus rapidement. Ces projets sont sélectionnés car ils font évoluer la manière de travailler sur les trois maladies ou avec les systèmes de santé. En Birmanie par exemple, nous soutenons un projet qui expérimente l'utilisation d'un test diagnostic de la tuberculose validé par l'OMS mais pas encore adopté par le programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT). Le PNLT était intéressé par une phase pilote pour lui permettre d'utiliser cette méthode de manière décentralisée, et de l'inclure dans ses recommandations nationales. Ces projets font évoluer les pratiques. Au Cambodge, nous finançons l'Institut Pasteur qui met en œuvre un projet de renforcement de la TB latente chez les PVVIH. Ce dernier se fonde sur les nouvelles recommandations de l'OMS qu'il s'agit d'adapter et étudier la possibilité de décentraliser cette intervention.

Nous soutenons également des activités qui bénéficient au système de santé en général : le projet d'appui aux laboratoires mené par SOLTHIS au Niger ou de la Fondation Mérieux en Birmanie, témoignent de cette volonté de mener des activités qui au-delà d'un objectif immédiat lié aux 3 pandémies, sera profitable plus largement au système de santé pour la lutte contre d'autres pathologies. C'est également dans cet esprit que nous finançons des projets qui accélèrent l'accès à la charge virale (investissement effectué dans le cadre de la prise en charge du VIH mais dont les usages sont élargis) ou la sécurisation des circuits de transfusion sanguine (nécessaire pour éviter les infections à VIH, mais qui profite à l'Hépatite C et à l'amélioration de la santé maternelle).

En matière de renforcement de la chaîne d'approvisionnement, le projet porté par la Nouvelle Pharmacie de Côte d'Ivoire (NPSP) appelé MEDTIC, contribue à identifier les médicaments substandards ou falsifiés afin de ne pas les laisser pénétrer la chaîne. Pour le moment, le projet a testé les outils numériques surles médicaments antipaludiques, qui sont l'objet d'un trafic majeur dans la région, mais en réalité le système pourra ensuite analyser tous les médicaments.

Production et partage des connaissances

L'Initiative s'est dotée d'une unité de Suivi-Evaluation et capitalisation des pratiques afin de renforcer notre capacité à recueillir les informations et les résultats de l'action menée et les analyser. L'objectif est de produire des connaissances partageables, et pas nécessairement scientifiques. A titre d'exemple, nous avons souhaité analyser notre appui aux demandes de financement, qui a représenté une grande partie de nos activités d'assistance technique en 2020 : nous avons soutenu 32 pays dans plus de 65 missions (pour un montant de 10 millions d'euros consacrés à l'appui aux demandes de financement), et nous savons qu'il y a des enseignements à en tirer. C'est pourquoi une étude a été commanditée, au cours de laquelle 120 experts ont été interrogés, et nous avons mené environ 20 entretiens approfondis avec des informateurs « clés ». Les conclusions de cette étude seront portées à la connaissance du Ministère de l'Europe et des Affaires Etrangères, en particulier de l'Ambassadrice en charge des questions de santé mondiale, et au Fonds Mondial pour des pistes d'amélioration. En particulier, il nous semble qu'il y a toujours une trop faible implication de la société civile dans le processus. Nous avons également été alertés sur le déséquilibre des rapports de force entre le pays, et notamment le CCM et certaines équipes pays au Fonds mondial, ce qui peut limiter la capacité d'expression des pays qui connaissent pourtant leurs besoins et leurs priorités, mais dont les documents stratégiques (comme les PSN) ne sont pas toujours à jour.

Soutenir l'influence des acteurs français ou francophones

En tant qu'acteur français, nous avons toujours le sentiment que les pays francophones (ministères et organisations de la société civile) sont moins écoutés par les instances du Fonds Mondial. C'est une organisation internationale où l'anglais est la langue dominante, et la place donnée aux spécificités du monde francophone africain est réduite. Nous souhaitons que cette influence soit mieux prise en compte en particulier dans la manière dont on doit aborder des questions spécifiques liées aux droits humains, la participation de la société civile dans les processus du Fonds mondial, et un meilleur partage des résultats d'interventions qui reposent sur des évidences scientifiques.

Ressources supplémentaires

La stratégie de L'Initiative est accessible via ce lien : https://www.initiative5pour100.fr/actualites/article/nouvelle-strategie-pour-linitiative-304

Le replay du webinaire de L'Initiative est disponible ici : https://youtu.be/hvm7f31QJ-c

La stratégie de Suivi-Evaluation-Redevabilité-Apprentissage est disponible ici : https://www.initiative5pour100.fr/notre-impact-0

Le bilan des engagements 2020 de L'Initiative est disponible ici : https://www.initiative5pour100.fr/actualites/article/bilan-engagements-2020

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