Afrique: L'impact de la Covid-19 sur les professionnels de santé pourrait faire échouer la lutte

analyse

Le nombre croissant de pays aux prises avec des grèves des professionnels de santé et avec la pandémie de COVID-19 est une préoccupation grandissante. Ces derniers jouent un rôle essentiel dans le secteur des soins de santé, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) les reconnaît comme l'une des six composantes essentielles du système de santé. Ils sont au cœur du système de santé, permettant au système d'atteindre ses objectifs. Les professionnels de santé fournissent des services dans les établissements de santé et, pendant la période COVID-19, ont été en première ligne pour lutter contre la pandémie. Il y a donc toutes les raisons pour que les gouvernements les motivent et protègent leur bien-être.

Les pays aux prises avec la grève des professionnels de santé

Des grèves et des protestations des professionnes du secteur de la santé ont eu lieu dans les pays développés et en développement. Selon France 24, la France est l'un des pays développés où les professionnels de santé, en particulier les médecins et les infirmières, sont descendus dans les rues de Paris et d'autres villes le 15 octobre 2020 pour protester contre les conditions de travail dans les établissements de santé. Plus précisément, ils ont demandé au gouvernement d'engager plus de personnel pour aider à lutter contre la recrudescence des cas de COVID-19, améliorer les conditions de travail et offrir de meilleurs salaires.

Aux États-Unis, les professionnels de santé des Etats de Pennsylvanie, de Washington DC, de New York et de Californie se sont mis en grève. Mary Medical Center à Langhorne, en Pennsylvanie, se sont mis en grève le 17 novembre 2020 pour protester contre le manque d'EPI, les bas salaires et le manque de personnel, qui les obligent à travailler plus longtemps pour soigner les patients atteints de COVID-19.

Au Zimbabwe, les professionnels de santé ont fait grève en juin 2020. La raison de cette grève était le manque d'EPI et les salaires trop faibles. La grève a affecté la prestation des services de santé et les hôpitaux ont refusé les cas non urgents.

Depuis le début du mois de décembre, le personnel de santé au Kenya s'est mis en grève à l'échelle nationale et a paralysé les services de santé publique. Ces professionnels demandent de meilleures conditions de travail, la fourniture d'EPI adéquats, une couverture médicale complète et la nomination de personnel médical supplémentaire. En raison du risque accru de contracter le COVID-19, ils réclament également une augmentation de leurs indemnités de risque. Le pays a déjà perdu au moins 14 médecins dus à la COVID-19, et leurs demandes concernant la fourniture d'équipements de protection devraient être prises au sérieux et satisfaites.

En Inde, les professionnels de santé ont participé à une grève de deux jours en août 2020 pour réclamer de meilleurs salaires et un EPP adéquat. À l'époque, le gouvernement luttait pour contenir la propagation du coronavirus, qui avait mis à rude épreuve son système de santé. Le pays comptait déjà plus de deux millions de cas de coronavirus et avait perdu au moins 100 professionnels de santé du fait du COVID-19. Le gouvernement n'a pas rassuré le personnel de santé, justifiant ainsi leur inquiétude.

Au Nigeria, les médecins ont fait grève plus d'une fois en 2020. Le 20 mai, les médecins se sont mis en grève pour protester contre le harcèlement policier pendant le couvre-feu instauré par le gouvernement, dont ils ont été exemptés. Ils ont entamé une grève nationale le 7 septembre 2020 pour exiger une offre suffisante d'EPP et une amélioration des salaires et des avantages sociaux. Cette grève a eu un impact sur la prestation des services de santé dans les établissements de santé publique dans le contexte de la propagation du coronavirus.

Trois facteurs communs motivent les actions syndicales des travailleurs de la santé

Les manifestations et les grèves des professionnels de la santé étaient courantes avant la COVID-19 et étaient principalement liées aux salaires. Les professionnels de santé en grève dans les six pays avaient trois revendications communes pendant la pandémie : une meilleure rémunération, de meilleures conditions de travail et une fourniture adéquate d'EPI. La demande d'une protection adéquate s'est posée comme une question récurrente à laquelle les gouvernements doivent donner la priorité, car ils sont extrêmement dépendants du personnel de santé pour lutter contre la COVID-19.

Attendre des professionnels de santé qu'ils accomplissent leurs tâches en l'absence d'une protection adéquate peut être assimilé à l'envoi de soldats au front sans équipement militaire. Il est donc vital pour les gouvernements d'équiper et de protéger leurs soldats en première ligne contre la COVID-19. Alors que les pays prévoient de déployer le vaccin COVID-19, les professionnels de santé devraient être parmi les premiers à être vaccinés, car leur travail les expose à un risque d'infection plus élevé.

La nécessité de motiver les professionnels de santé

Les pays devraient tirer des leçons de l'approche adoptée par le Ghana pendant la pandémie. Le gouvernement du Ghana a fourni un transport gratuit au personnel de santé pendant le confinement, ainsi qu'une assurance et une indemnité journalière pour les traceurs de cas contact. Le gouvernement a également exempté tous les professionnels de santé de payer des impôts en avril, mai et juin 2020 et a augmenté leur salaire de base de 50 % pendant trois mois. Ces mesures visaient à remonter le moral des soldats de première ligne qui risquent leur vie pour aider à contenir la pandémie.

Les professionnels de santé étant les gardiens du système de santé, les motiver est un moyen de renforcer l'ensemble du système. La motivation et les performances des personnels de la santé sont étroitement liées à leur satisfaction professionnelle. L'amélioration de l'environnement de travail des professionnels de santé, ainsi que la fourniture d'un EPI adéquat, d'une rémunération équitable, d'un paiement rapide et, plus particulièrement dans le contexte actuel de COVID-19, la mise en place des systèmes de protection sociale nécessaires sous la forme de conseils, de congés adéquats lorsque cela est possible et, lorsque les congés ne sont pas possibles, d'une compensation adéquate des heures supplémentaires sont quelques-unes des façons de maintenir leur motivation. En outre, assurer l'évolution de la carrière des personnels de santé et reconnaître leur travail peut stimuler leur moral. La fidélisation des professionnels de la santé présente également l'avantage économique de réduire le coût du recrutement et de l'orientation des nouveaux travailleurs. Par conséquent, les gouvernements devraient être proactifs dans la motivation des travailleurs de la santé plutôt que de réagir à leur situation difficile lorsqu'ils sont en grève.

Conclusion

La grève des professionnels de santé observée dans certains pays devrait être un signal d'alarme qui indique l'urgence de renforcer le pilier "personnel de santé" du système de santé. Si les professionnels de santé ne sont pas suffisamment motivés et encouragés à accomplir leur travail, la réalisation de la santé pour tous restera une tâche difficile.

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