Congo-Kinshasa: La société civile demande la réouverture de l'affaire Chebeya

Archive - Audience publique le 21/04/2015 à Kinshasa, lors de l’ouverture du procès Chebeya en appel

Les réactions se multiplient après l'enquête de RFI sur l'assassinat des militants des droits de l'homme, Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. Deux policiers ont témoigné à visage découvert et ont avoué y avoir participé sur ordre. Suite à ces révélations, des organisations de défense des droits de l'homme demandent la réouverture de l'affaire.

La Fédération internationale pour les droits de l'homme, la Ligue des électeurs, le Groupe Lotus, l'Asadho et la Voix des Sans Voix appellent à la réouverture de ce dossier. Selon Paul Nsapu de la FIDH, les révélations faites par deux policiers en exil, membres du commando qui avait exécuté Floribert Chebeya et Fidèle Bazana donnent une autre dimension à l'affaire.

« Elles constituent assurément de nouveaux éléments, qui devraient inciter les autorités à réouvrir le dossier dans des conditions qui puissent permettre, enfin, l'ensemble des responsables...»

Rostin Manketa, directeur exécutif de la Voix des Sans Voix, l'ONG à laquelle appertenait Chebeya, plaide, lui, pour la sécurisation du site supposé héberger la tombe anonyme de Fidèle Bazana.« Aux autorités congolaises ainsi qu'au bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme de tout mettre en oeuvre pour la sécurisation de la concession du général Zelwa Katanga dit Djadjidja ».

Marie-Josée Bazana, la veuve de Fidèle, collaborateur et chauffeur de Floribert Chebeya, formule la même demande. Pour elle, l'urgence est de sécuriser le lieu où serait enterré son mari. Le corps de Fidèle Bazana n'a jamais été retrouvé. Elle en appelle au président Felix Tshisekedi.

« Je demande au président de la République, lui qui prône l'Etat de droit, qu'il mette tout en œuvre pour qu'on puisse sécuriser l'endroit où les policiers ont dit que le corps de Fidèle Bazana, mon défunt mari, a été enterré, qu'on puisse maintenant arrêter John Numbi et le soi-disant Djadjidja à qui le terrain appartient. »

Nous la famille Bazana, nous vivons dans le désarroi et nous voulons toujours donner une sépulture digne à un père de famille.

Le gouvernement ne souhaite pas faire de commentaire

Mais pour leur part, les autorités congolaises ne souhaitent pas commenter l'affaire. « A partir du moment où cette affaire avait déjà été portée en justice et jugée à l'époque, je n'ai plus de commentaire à faire à ce sujet, c'est à la justice et à elle seule à laquelle il faut s'adresser aujourd'hui, estime André Lite Asebea, ministre des droits de l'homme. Dans l'exécutif auquel j'appartiens, il y a l'obligation de réserve par rapport à toutes les décisions judiciaires. Dans un Etat de droits, il y a la séparation des pouvoirs, l'attribution des compétences et de fait, je ne peux pas jouer un rôle qui ne m'est pas reconnu conformément aux lois qui régissent notre pays. »

Des ambassadeurs comme celui de l'Union européenne, des Etats-Unis, de la Belgique ont demandé à ce que ces nouveaux éléments soient pris en compte par la justice militaire congolaise. Le bureau des Nations unies aux droits de l'homme se dit prêt à lui offrir son assistance.

Pour plusieurs observateurs, les révélations faites par les policiers Hergile Ilunga wa Ilunga et Alain Kayeye Longwa devraient intéresser au plus haut point la justice afin de rétablir la vérité et les responsabilités dans le double assassinat du 1er juin 2010.

A noter que le général Djadjidja a démenti à RFI toute implication dans cette affaire. Le général Numbi, lui, ne s'est pas exprimé, mais a promis de répondre aux questions de RFI.

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