Congo-Kinshasa: Affaire Chebeya - La justice congolaise sur le banc des accusés

Archive - Audience publique le 21/04/2015 à Kinshasa, lors de l’ouverture du procès Chebeya en appel
10 Février 2021

Depuis les déclarations faites à la DW par Ilunga et Kayeye, témoins oculaires de l'assassinat de Chebeya et Bazana, les réactions convergent vers la réouverture du dossier.

"Rebondissement dans l'affaire de l'assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi" : c'est le titre du communiqué conjoint signé par 117 ONG et mouvements citoyens.

Ce communiqué a été rendu public mercredi (10.02.2021) lors d'une conférence de presse qui s'est déroulée à Kinshasa, suite aux déclarations de deux témoins-clés, Hergile Ilunga et Alain Kayeye. Dans ce document, les ONG réclament l'arrestation des généraux John Numbi et Zelwa Katanga, alias Djadjidja, comme le souligne Rostin Manketa, l'actuel directeur de la Voix des sans Voix.

"Les 117 signataires du communiqué conjoint ont clairement demandé aux autorités judiciaires et politiques de la RDC, ainsi qu'au bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme, de tout mettre en œuvre pour l'arrestation immédiate et sans conditions du général Numbi, suspect numéro un dans cet assassinat", précise Mr.Manketa.

Un crime d'état planifié

Pour les organisations de défense des droits de l'homme ainsi que les familles des victimes, il n'y a pas l'ombre d'un doute : il s'agit d'un crime d'Etat ciblé et planifié qui ne doit pas demeurer impuni.

Du côté du ministère des Droits humains en RDC, le ministre André Lite Asébéa reste prudent, en précisant qu'il n'est pas habilité à revenir sur une affaire qui a déjà été jugée.

"Je n'ai pas de commentaires à faire si ce n'est que prendre acte. En ce qui concerne la réouverture du procès ou toute autre chose qui puisse se faire selon les souhaits des uns et des autres, je voudrais préciser une chose : j'appartiens à l'exécutif et de ce fait je ne suis pas qualifié à prendre telle ou telle autre décision par rapport à une affaire qui avait été portée en justice et jugée à l'époque", précise le ministre.

Réouverture du dossier et impartialité de la justice

Et c'est bien cela le nœud gordien de l'affaire : en dépit d'un jugement, onze ans plus tard les zones d'ombre persistent et il continue de souffler un sérieux vent d'impunité sur cette affaire.

Alors si la justice congolaise semble traîner des pieds, est-il possible d'envisager la possibilité d'une justice internationale ?

Pour Maria Arena, présidente de la sous-commission des droits de l'homme au Parlement européen, ces nouvelles déclarations justifient une réouverture du dossier.

"Le jugement qui a été fait concernant l'assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana a été un jugement qui nous a semblé s'attaquer plutôt à des exécutants et pas aux commissionnaires. Qu'aujourd'hui, un certain nombre de révélations demandent la réouverture de l'enquête me semble intéressant et la justice congolaise doit prendre en compte ces nouvelles déclarations. Pour nous, il est important que tout soit mis en place en RDC pour lutter contre l'impunité", souligne Mme Arena.

Pour conclure, l'eurodéputée belge Maria Arena précise que l'Union européenne peut soutenir des projets pour renforcer les instances judiciaires, mais que la demande doit venir des autorités congolaises.

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