Congo-Kinshasa: La nomination de Sama Lukonde comme Premier ministre accueillie avec bienveillance

Monsieur Sama Lukonde Kyenge, Premier Ministre de la RDC

Jean-Michel Sama Lukonde, 43 ans, est le nouveau Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC). Cette nomination est censée consacrer définitivement la fin de la coalition entre le FCC de l'ancien président Joseph Kabila et Cach de Félix Tshisekedi. Il s'agit également d'une tentative de réponse à plusieurs enjeux politiques actuels en RDC.

Quand il présente succinctement ses priorités devant la presse au sortir de sa rencontre d'environ une heure avec Félix Tshisekedi, Jean-Michel Sama Lukonde cite notamment la lutte contre l'insécurité dans l'est du pays et dans le Katanga. Cette région a pesé dans le choix du Premier ministre. « Félix Tshisekedi ne souhaite pas que cette zone échappe à son contrôle », dit un de ses conseillers.

C'est d'abord en effet la région où Joseph Kabila s'est replié ces derniers mois, un de ses bastions. C'est aussi le théâtre d'une violence grandissante avec encore dimanche dernier une attaque de présumés miliciens indépendantistes appelés Bakata-Katanga contre deux camps militaires. Dans l'entourage de Félix Tshisekedi, on redoute un lien entre ces actes de violence et la frustration de plus en plus grandissante parmi d'anciens dignitaires katangais du régime Kabila.

Félix Tshisekedi voulait aussi un allié et non un potentiel rival à la primature, dit-on du côté de la présidence. Et son faible poids politique devient alors un atout. Il est membre d'un parti morcelé et avec peu de députés. Mais il garde, assure-t-on du côté de la présidence, de bonnes relations avec ses anciens collègues du FCC de Joseph Kabila, aujourd'hui transfuges, et d'Ensemble de Moïse Katumbi. Ce sont les deux principales forces de l'Union sacrée à l'Assemblée nationale.

Renouvellement de la classe politique

De plus, avec la nomination de ce jeune ingénieur, Félix Tshisekedi envoie un message clair sur sa volonté de renouveler la classe dirigeante, dit un de ses conseillers.

Un autre ajoute qu'ils sont également sûrs qu'avec son poids politique relatif, Sama Lukonde ne fera pas de l'ombre au président de la République.

Pour Jacquemain Shabani, l'un des hauts cadres du parti de Félix Tshisekedi, cette nomination est aussi un message de confiance et de sincérité dans cette Union sacrée de la part du président Tshisekedi. « Effectivement, le Premier ministre Sama ne fait pas partie des rangs de l'UDPS mais c'est un choix satisfaisant pour nous. Je crois qu'il symbolise une nouvelle génération politique, une nouvelle classe politique. C'est un signe de rupture et de changement, tant voulu par la grande majorité de l'opinion congolaise et même du président de la République. Même s'il a été ministre et député, il a aussi cette expérience de gestion. Le président de la République a voulu respecter la tradition littérale de l'Union sacrée, c'est-à-dire travailler avec tout le monde, faire confiance à tout le monde, et il est allé se ressourcer parmi nos alliés, nos partenaires dans cette Union sacrée et je crois que cela va rassurer le plus grand nombre sur la sincérité du président de la République, non seulement à faire confiance à tout le monde mais aussi à travailler avec tout le monde. Ce sera un plus pour la dynamique du nouveau gouvernement. »

Des attentes, des défis

Cette nomination est « dans le contexte actuel, plutôt une bonne nouvelle », estime également son ancien collègue et ministre Olivier Kamitatu et fidèle de Moïse Katumbi. « Le Premier ministre est un homme pondéré, qui sait s'engager. Il n'a pas hésité à démissionner lorsque nous avons compris avec les amis du G7 qu'on voulait changer la Constitution. Donc, c'est un homme qui connaît le poids de ses responsabilités. Nous devons lui souhaiter bonne chance car les défis qui l'attendent sont extrêmement importants et la charge est très lourde.

Olivier Kamitu attend du nouveau chef de l'exécutif « qu'il reste fidèle aux idéaux qu'il avait conduits autrefois, à la fois pour consolider les acquis de la démocratie et pour améliorer les conditions de vie de la population. Sans attendre, il doit également préparer le cycle électoral qui doit conduire aux élections libres démocratiques, transparentes en décembre 2023 ».

De son côté, Patrick Nkanga, conseiller du Premier ministre sortant et membre du bureau politique du PPRD, félicite le nouveau venu. Mais il attend de pouvoir juger sur pièces. L'opposition FCC se dit prête à contrôler l'action de son gouvernement.

« Nous espérons qu'il jouira de la plénitude de ses prérogatives en tant que Premier ministre et qu'il ne servira pas de bouc-émissaire pour l'UDPS, lorsque les choses seront difficiles. Nous, en tant qu'opposition, nous allons observer les cent premiers jours de son gouvernement une fois investi. Ce ne sera qu'après que nous allons apporter notre regard critique sur ce sera la gestion du pays. Mais nous espérons qu'il répondra aux desiderata de notre population, ce qui est plus important que tout. »

Plus de: RFI

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