Guinée: 20 000 doses de vaccin pour affronter la nouvelle épidémie d'Ebola

La Croix-Rouge répond à une épidémie d’Ebola en Guinée.
19 Février 2021

Dans le cadre de la riposte à la nouvelle épidémie d'Ebola qui vient de se déclencher en Guinée, 11 000 doses de vaccins contre la maladie sont attendues ce week-end dans le pays. C'est ce qu'annonce l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué de presse publié ce 18 février.

Selon cette source, environ 9 000 doses supplémentaires arriveront un peu plus tard en provenance des Etats-Unis, et la vaccination pourra alors commencer quelques temps après.

A la lumière de l'expérience de la dernière épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), les spécialistes pensent que l'utilisation du vaccin anti-Ebola jouera un rôle dans la riposte.

« Le vaccin peut aider à maîtriser cette situation en protégeant les communautés exposées aux cas déclarés », affirme Georges Ki-Zerbo, représentant de l'OMS en Guinée.

Mais, chez MSF, on se veut un peu plus prudent. « Il est vrai qu'une grande différence par rapport à l'épidémie de 2014-2016 est l'existence actuelle de traitements et de vaccins. [Mais] la meilleure utilisation du vaccin dépendra des quantités disponibles et des modes de transmission », déclare pour sa part Anja Wolz, coordinatrice de l'opération d'urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) contre l'épidémie Ebola.

Cette dernière met d'ailleurs en garde : « Nous devons faire attention de ne pas tomber dans le piège qui consiste à penser que l'existence d'un vaccin signifie que nous pouvons accorder moins d'attention aux mécanismes traditionnels de réponse à Ebola que sont la recherche des contacts, les pratiques funéraires sûres et l'engagement communautaire, ainsi que le traitement et l'isolement des patients ».

Pour Anja Wolz, si la communauté est en accord avec la réponse, si elle est impliquée, cela entraînerait un « énorme » bénéfice. Et si en revanche la communauté est effrayée ou hostile à la réponse, les choses pourraient être bien plus compliquées, avec ou sans vaccin disponible.

En attendant, les équipes de riposte sont déjà sur le terrain où persistent encore un certain nombre d'incertitudes sur l'origine de cette épidémie. Georges Ki-Zerbo fait ainsi savoir que « l'origine de l'épidémie fait l'objet d'investigations sur le terrain ».

Dans un entretien accordé à SciDev.Net, ce dernier explique que ces investigations se font selon l'approche « une seule santé », à savoir santé humaine, santé animale et santé environnementale.

Il s'agit d'une approche qui consiste à s'attaquer aux risques sanitaires provenant de l'interface Homme-animal-environnement.Déjà, ce 17 février, l'OMS a publié un autre communiqué retraçant le parcours de la première victime qui a donné l'alerte.

« Le cas index était une infirmière qui s'était initialement présentée dans un centre de santé de Gouécké le 18 janvier 2021 avec des maux de tête, une faiblesse physique, des nausées, des vomissements, une perte d'appétit, des douleurs abdominales et de la fièvre. Elle a reçu un diagnostic de typhoïde », apprend-on.

Elle a demandé une deuxième consultation dans un établissement de santé à Nzérékoré le 23 janvier 2021 pour fièvre, vomissements, selles liquides et faiblesse physique, et on lui a diagnostiqué un paludisme.

Le 24 janvier, elle a consulté un pratiquant traditionnel à Nzérékoré et elle est décédée le 28 janvier 2021. Elle a été enterrée le 1er février à Gouécké sans précautions particulières.

« Les six autres cas sont les cinq membres de la famille et le praticien traditionnel qu'elle a visité », conclut le communiqué.

Pour Anja Wolz de MSF, « le fait que le premier cas enregistré ait été un travailleur de santé peut facilement laisser supposer que le virus se transmettait déjà dans la communauté, mais il sera nécessaire de retracer l'historique détaillé des contacts pour retrouver les antécédents de ce premier cas enregistré ».

Complexité

Selon l'OMS, 192 contacts avaient déjà été identifiés au 17 février et aucun indice jusque-là ne montrait que des contacts avaient voyagé vers les pays voisins (Côte d'Ivoire et Libéria) où conduisent des routes partant de Nzérékoré.

« Tout est en train d'être mis en œuvre pour que cette épidémie n'atteigne pas les dimensions de celle de 2014 à 2016 », assure Georges Ki-Zerbo.

Pour cela, indique le représentant de l'OMS en Guinée, « les leçons tirées de l'épidémie de 2014-2016 doivent être mise à contribution pour cette riposte en tenant compte de la complexité liée à la réponse à COVID-19, de la complexité de la dynamique transfrontalière et de l'engagement avec les communautés ».

Pour sa part, Anja Wolz estime que la réponse doit être rapide et bien réfléchie afin de minimiser les chances que l'épidémie atteigne les proportions de 2014 à 2016. Sachant que la disponibilité des traitements devrait permettre d'encourager beaucoup plus facilement les gens à se faire soigner et à s'isoler de façon précoce.

En outre, dit-elle, « si les messages sont transmis de la bonne manière, nous avons de bien meilleures chances de pouvoir effectuer une recherche efficace des cas contacts et de mettre un terme aux chaines de transmission ».

Pour rappel, entre 2014 et 2016, la première épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest avait contaminé plus de 28 000 personnes et fait environ 11 000 morts en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone.

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