Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS au Conseil d'administration de l'UNICEF

Merci beaucoup, Henrietta mon amie, et merci de votre leadership et de votre collaboration en cette période hors du commun, notamment au travers du Conseil mondial de suivi de la préparation.

Excellences, mesdames et messieurs les membres du Conseil d'administration, chers collègues et amis,

Je vous remercie beaucoup de me donner l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.

L'OMS et l'UNICEF entretiennent de longue date une relation solide et très particulière. Aucune de nos organisations ne pourrait faire ce qu'elle fait sans l'autre.

La réussite de l'UNICEF est la réussite de l'OMS, et nous sommes fiers de collaborer avec vous sur un si grand nombre de questions : Ebola, poliomyélite, santé maternelle, nutrition, lutte anti-infectieuse, soins de santé primaires, la liste est longue.

Jamais notre partenariat n'a été aussi important qu'aujourd'hui.

La pandémie de COVID-19 a bouleversé notre monde à un point que nous n'aurions jamais pu imaginer lorsqu'elle a débuté, il y a un peu plus d'un an.

On ne peut être que consternés de penser qu'il y a 12 mois aujourd'hui, on signalait plus de 3 000 nouveaux cas de COVID-19 à l'OMS. Hier, 3 000 cas étaient signalés toutes les 15 minutes.

La pandémie a renvoyé au monde entier sa propre image. Elle a montré le meilleur, mais aussi le pire, de l'humanité.

Elle a mis en évidence les lignes de faille, les inégalités, les injustices et les contradictions de notre monde, dans les pays et entre eux, et les a exploitées.

La pandémie est également devenue une situation d'urgence pour les enfants, qui en subissent les conséquences directes et indirectes.

Les enfants sont peut-être moins exposés aux formes graves de la COVID-19 et ils en meurent moins, mais ils en ont subi bon nombre des conséquences sociales et économiques les plus graves, et ils auront à porter le poids d'une grande partie de ses répercussions à long terme.

De nombreux enfants ont été déscolarisés pendant des mois et ont été exposés à un risque de violence plus élevé.

Le risque est particulièrement grand pour les filles là où elles pourraient ne jamais retourner à l'école, car elles approchent de l'âge où elles vont devoir travailler ou se marier.

Dès le début, l'UNICEF a été, et restera, un partenaire indispensable pour faire en sorte que les enfants soient au cœur de l'attention dans la riposte mondiale à la COVID-19.

Ensemble, nous avons collaboré avec les communautés, nous les avons aidées à se prendre en main et nous avons communiqué sur les risques liés à la COVID-19 et sur les moyens pour rester en sécurité.

Nous avons élaboré des orientations communes pour la prévention et la maîtrise de la COVID-19 dans les écoles.

Nous avons soutenu les agents de santé en améliorant la lutte anti-infectieuse et nous les avons aidés à fournir de meilleurs soins et un meilleur soutien psychosocial aux patients, à leurs familles et aux communautés.

Nous avons acheté et livré des fournitures essentielles.

Nous avons fourni des analyses conjointes qui sont primordiales pour une riposte efficace à la pandémie.

Nous avons aidé les pays à maintenir les services de santé essentiels, y compris dans les situations de crise humanitaire.

Enfin, grâce au Dispositif pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 et au Mécanisme COVAX, nous sommes sur le point de lancer la plus grande campagne de vaccination de l'histoire.

Les vaccins instillent en nous la stimulation dont nous avons tous besoin - au propre comme au figuré.

Cependant, nous devons également nous rappeler que les vaccins complètent, mais ne remplacent pas, les mesures de santé publique éprouvées que les pays du monde entier ont appliquées avec succès pour prévenir et endiguer la transmission à grande échelle.

Quelle que soit notre situation - gouvernements, institutions ou particuliers -, nous avons tous un rôle à jouer pour enrayer cette pandémie avec les outils dont nous disposons.

La pandémie finira par reculer, mais les inégalités qui l'ont précédée subsisteront.

Il n'y a pas de vaccin contre les changements climatiques, la pauvreté ou la malnutrition.

Aucune de ces difficultés ne peut être réglée par une seule organisation.

Tandis que nous travaillons ensemble pour aider les pays à riposter, à se relever et à reconstruire, permettez-moi d'évoquer trois domaines pour lesquels il convient d'approfondir et de renforcer encore davantage le partenariat entre l'OMS et l'UNICEF, sur le plan bilatéral et dans le cadre du Plan d'action mondial pour permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous.

Tout d'abord, alors que nous aidons les pays à riposter à la pandémie, nous devons veiller à ce que toutes les personnes et toutes les communautés bénéficient d'un accès équitable aux vaccins, aux produits de diagnostic et aux traitements qui sauvent des vies - riches et pauvres, urbains et ruraux, ressortissants du pays et réfugiés.

Il y a un an, nous étions démunis face à ce virus. Aujourd'hui, nous pouvons le détecter grâce à des tests de diagnostic rapide, nous pouvons traiter la maladie à la dexaméthasone et à l'oxygène, et nous pouvons le prévenir grâce à des vaccins.

L'urgence, l'ambition et les ressources qui ont présidé à la mise au point des vaccins doivent avoir pour corollaires la même urgence, la même ambition et les mêmes ressources pour les distribuer équitablement.

L'UNICEF a joué un rôle essentiel pour acheter les vaccins et préparer les pays à les déployer rapidement une fois qu'ils les auront reçus.

Ensemble, nous avons aidé 124 pays à réaliser une évaluation de leur état de préparation à la vaccination.

Cependant, les difficultés que nous rencontrons sont grandes.

Plus de 130 millions de doses de vaccins ont été distribuées dans le monde, mais 75 % d'entre elles l'ont été dans dix pays seulement, qui représentent 60 % du PIB mondial.

Parallèlement à cela, près de 130 pays, soit 2,5 milliards de personnes, n'ont pas encore administré la moindre dose.

Parmi ces pays, beaucoup ont également du mal à acheter le matériel nécessaire pour les tests, les équipements de protection individuelle, l'oxygène et les médicaments.

J'ai lancé un appel à l'action pour que la vaccination des agents de santé soit en cours dans tous les pays au plus tard le 7 avril, pour la Journée mondiale de la santé.

L'UNICEF peut jouer un rôle clé pour relever ce défi. Vous inspirez la confiance et vous pouvez donner votre avis et mettre en avant votre expérience dans les communautés pour faire accepter les vaccins.

Vous pouvez déployer des capacités à nulle autre pareille en matière de logistique et d'approvisionnement pour acheminer les vaccins jusqu'au bout de la chaîne de distribution.

Vous pouvez négocier les meilleurs accords pour les communautés que vous servez.

Enfin, vous pouvez mobiliser vos réseaux de comités nationaux pour donner les moyens voulus à cet effort historique visant à sauver des vies et des moyens de subsistance.

Deuxièmement, alors que nous aidons les pays à se relever de la pandémie, nous devons les soutenir pour qu'ils maintiennent les services de santé essentiels, notamment la vaccination systématique des enfants.

La pandémie a montré que nous ne pouvons faire face aux crises majeures de notre époque qu'en adoptant une démarche qui fasse intervenir l'ensemble des pouvoirs publics et de la société.

De même, on ne pourra répondre aux enjeux du développement des enfants que par une démarche multisectorielle qui s'intéresse à leur accès aux services, à leur santé mentale et à leur bien-être psychologique, à leur nutrition, aux risques qu'ils ont de développer des maladies non transmissibles plus tard dans la vie, à leurs résultats scolaires, à leurs perspectives d'emploi et à leur besoin d'être protégés contre la violence.

Enfin, troisièmement, alors que nous aidons les pays à reconstruire après la pandémie, nous devons investir dans les soins de santé primaires.

La pandémie nous a brutalement rappelé l'importance des soins de santé primaires, qui sont les yeux et les oreilles de tout système de santé et le fondement de la couverture sanitaire universelle.

En fin de compte, notre lutte ne porte pas sur un seul virus. Nous combattons les inégalités qui laissent les enfants de certains pays exposés à des maladies mortelles que l'on pourrait facilement prévenir ailleurs.

Nous combattons les inégalités qui font que les femmes et leurs bébés meurent pendant l'accouchement dans certains pays en raison de complications que l'on pourrait facilement prévenir ailleurs.

Enfin, nous combattons pour faire en sorte que la santé ne soit plus une marchandise ou un article de luxe, mais un droit humain fondamental, et le socle du monde plus sûr, plus juste et plus durable que nous appelons tous de nos vœux.

L'histoire ne nous jugera pas uniquement sur la façon dont nous avons mis fin à la pandémie de COVID-19, mais sur ce que nous en avons appris, sur ce que nous avons changé et sur l'avenir que nous avons légué à nos enfants.

Je vous remercie.

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