Algérie: Histoire - Mettre les colons et les colonisés sur un pied d'égalité, une nouvelle forme de "déni" et de "domination"

Alger — Mettre sur un pied d'égalité les colons ramenés d'Europe par l'administration française en 1830 et le peuple algérien "torturé, violé, déplacé, spolié et clochardisé" pendant 132 ans de colonisation, c'est prolonger une nouvelle forme de "déni" et de "domination", lit-on dans un Manifeste rendu public lundi par un groupe de militants anticolonialistes et d'universitaires établis en France.

Dans ce manifeste, dont l'APS détient une copie, ces derniers affirment que "colons et colonisés n'étaient pas sur un pied d'égalité...cette population indigène a été décimée de 1830 à 1962 faisant des centaines de milliers de victimes, morts, torturées, violées, déplacées, spoliées et clochardisées". "Cette réalité est indiscutable et vouloir la noyer par quelques rapports dans un traitement symétrique c'est prolonger une nouvelle forme de déni et de domination sous couvert de paternalisme inacceptable", soutiennent-ils.

Le rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d'Algérie "répond à un objectif politique qu'il a bien voulu réaliser pour des raisons étranges mais certaines : édulcorer les responsabilités avec un entre deux savamment orchestré laissant supposer l'égalité de traitement des protagonistes pour neutraliser la reconnaissance de la responsabilité unilatérale de la France coloniale en Algérie", ont souligné les auteurs du manifeste.

Ainsi, la France, selon le Manifeste, a déployé une batterie de "stratagèmes" pour ne pas être inquiétée sur son passé colonial en "exigeant aux algériens d'approuver une clause d'amnistie" et en promulguant des "lois d'amnisties", notamment la loi de 2005 vantant les mérites de la colonisation française en Algérie. "Ultime insulte aux victimes algériennes qu'on torturait symboliquement à nouveau", lit-on encore dans le manifeste.

La reconnaissance des crimes contre l'humanité commis en Algérie durant la colonisation ne peut pas avoir lieu sans réparation financière, le nettoyage des nombreux sites nucléaires et chimiques pollués par la France dans le sud algérien. "C'est une question de droit et de justice universelle car tout dommage ouvre droit à réparation lorsqu'il est certain, ce qui est le cas en Algérie.

Sauf si on considère la colonisation française en Algérie comme une œuvre positive comme la France tente de le faire croire depuis la promulgation de la loi du 23 février 2005 qui est un outrage supplémentaire à la dignité des algériens", poursuivent les rédacteurs du manifeste.

Sur la nature de la réparation, les co-rédacteurs du document pensent que la France devra suivre l'exemple "des grandes nations démocratiques comme l'Italie qui, en 2008, a indemnisé la Lybie à hauteur de 3.4 milliards d'euros pour l'avoir colonisé de 1911 à 1942, mais aussi l'Angleterre avec le Kenya, les Etats unis et le Canada avec les amérindiens ou encore l'Australie avec les aborigènes. L'Allemagne a accepté, depuis 2015, le principe de responsabilité et de réparation de ses crimes coloniaux avec les Namibiens... La France elle même s'est fait indemniser de l'occupation allemande durant les première et seconde guerres mondiales à hauteurs de plusieurs milliards d'euros d'aujourd'hui".

"La violence était inouïe à l'encontre des indigènes algériens. Entre 600 et 800 villages ont été détruits au napalm. L'utilisation par la France des gaz sarin et vx était courante en Algérie. La torture à grande échelle et les exécutions sommaires étaient très proches des pratiques nazies", ont-ils argué.

Les auteurs du Manifeste rejettent le fait que "la barbarie" de la colonisation française en Algérie soit "édulcorée par quelques rapports fantasmés d'auteurs qui flirtent avec les pouvoirs politiques de droite comme de gauche depuis 40 ans", ajoutant que la question des massacres et les crimes commis "impose" une "dette incompressible" de la France vis-à-vis de l'Algérie.

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