Mali: Transition politique - Le M5 réclame toujours sa part du gâteau

22 Février 2021
analyse

Six mois après la chute du président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), le M5 qui avait fait parler de lui, jaugeait ses forces à Bamako, le week-end écoulé.

Désormais en croisade contre les putschistes du 18 août dernier, les contestataires du natif de Koutiala sont toujours accrochés aux basques de la junte militaire qu'ils accusent d'avoir balayé la maison IBK pour mieux s'y installer par une mainmise sur la Transition.

Aussi veulent-ils s'ériger en rectificateurs d'une Transition fortement penchée comme la Tour de Pise à leurs yeux, en demandant non seulement un « audit des finances publiques et de la dette intérieure de l'Etat, audit des institutions de la République, la Présidence, l'Assemblée nationale et toutes les autres institutions », mais aussi la dissolution pure et simple du Conseil national de la transition (CNT), l'organe législatif. Ils appellent aussi à la libération des personnalités arrêtées dans le cadre « d'une tentative de déstabilisation de l'Etat ».

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le divorce est consommé entre le M5 et les putschistes de Kati qui se sont confortablement installés au cœur du pouvoir de la Transition, en se hissant, entre autres, aux postes de vice-président de la Transition et de président du CNT.

Konimba Sidibé et ses camarades peuvent difficilement convaincre que leurs agitations ne visent pas à mettre des bâtons dans les roues de la Transition

Pourtant, aux premières heures du coup d'Etat qui a renversé le président IBK sérieusement affaibli après plusieurs mois de manifestations de rue, les premiers avaient applaudi les seconds avant d'être désillusionnés lors de la mise en place des instances de la Transition où ils n'ont hérité que de la portion congrue, au moment où les hommes en treillis se taillaient la part du lion.

Ce, au grand dam de la communauté internationale, notamment la CEDEAO qui veillait au grain en exigeant une Transition purement civile, mais qui a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur en desserrant l'étau des sanctions et de l'embargo contre le pays, en raison du soutien manifeste des populations maliennes y compris le M5, à l'endroit des tombeurs de Kankélétigui.

De là à penser que les hommes en kaki de Kati ont opportunément ramassé à terre le fruit d'un arbre qu'ils n'ont pas secoué, il y a un pas que les « M-cinquistes » qui étaient le fer de lance de la fronde anti-IBK, ont vite fait de franchir. Et on peut les comprendre sans pour autant les plaindre, tant le désintérêt du pouvoir manifesté par la soldatesque au lendemain du coup de force contre les institutions de la République, a été largement démenti par la suite des événements.

Et le M5 a d'autant plus de raisons d'être amer qu'il a été pratiquement mis à l'écart de la gestion du pouvoir d'Etat d'une Transition qui, à ses yeux, devait lui revenir de droit. C'est pourquoi, aussi pertinentes et justifiées que soient leurs revendications, Konimba Sidibé et ses camarades qui sont désormais orphelins du soutien de l'emblématique imam Mahmoud Dicko et qui se placent, pour ainsi dire, désormais en vigies de la Transition, peuvent difficilement convaincre que leurs agitations ne visent pas à mettre des bâtons dans les roues de la Transition. Ce, pour avoir été payés en monnaie de singe, c'est-à-dire largement en deçà de leur engagement dans la chute de Kankélétigui.

Le M5 se tromperait lourdement, s'il cherchait à faire l'âne pour avoir du foin

Autrement dit, on peut avoir le sentiment que le M5 réclame toujours sa part du gâteau. Et la « démonstration de force » du week-end dernier, selon leurs propres mots, pour « montrer aux gens que le M5 existe bel et bien », peut être perçue comme une façon, pour ce mouvement visiblement en perte de vitesse compte tenu de la faible mobilisation, de se rappeler au bon souvenir d'une junte militaire qui semble avoir minimisé son poids politique dans la conduite de la Transition.

Mais ce faisant, on se demande si le M5 ne se trompe pas de combat. Car, si à défaut, par exemple, de la libération pure et simple des personnalités soupçonnées de « tentative de déstabilisation de l'Etat », l'accélération du traitement de leur dossier judiciaire peut s'imposer comme une nécessité en vue de la décrispation, en revanche, l'on comprend moins la demande de dissolution du CNT qui ne manquerait pas de mettre un coup de frein à l'avancée d'une Transition que personne ne souhaite voir aller au-delà des 18 mois prévus.

Et puis, la Transition n'a pas vocation à résoudre tous les problèmes du Mali, mais bien de conduire principalement le pays à des élections libres et transparentes pour un retour le plus vite possible à l'ordre constitutionnel normal. Bien entendu, cela n'est pas non plus une raison, pour les nouvelles autorités de Bamako, pour ne pas montrer patte blanche. C'est pourquoi la Transition doit travailler à rassurer les Maliens : d'abord par une gouvernance vertueuse, ensuite par son attachement à la feuille de route tracée de commun accord.

En tout état de cause, le M5 se tromperait lourdement, s'il cherchait à faire l'âne pour avoir du foin. Aussi doit-il cesser de donner le sentiment de chercher par tous les moyens des raccourcis pour se rapprocher de la mangeoire. Car, le véritable enjeu de l'heure est de travailler à se positionner pour les élections à venir, en vue de chercher la légitimité du peuple à travers les urnes.

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