Congo-Kinshasa: Nouvelle cartographie des groupes armés

22 Février 2021
interview

Le groupe d'études sur le Congo (GEC) a identifié une centaine de groupes actifs dans les provinces de l'Ituri et du Tanganyika. Christophe Vogel, l'un des auteurs du rapport en dresse leurs particularités.

Le groupe d'études sur le Congo (GEC) publie ce lundi 22 février une nouvelle cartographie des groupes armés en RDC. La particularité de ce nouveau document : il donne un répertoire desgroupes actifs en Ituri et dans la province du Tanganyika.

Christophe Vogel, l'un des auteurs du rapport, livre sur la DW les principales conclusions de ce rapport.

Conséquence de l'insécurité

DW : Christophe Vogel, quelles sont les particularités des groupes, par rapport à ceux qui opèrent au Nord-Kivu ?

Dans la province de l'Ituri, on constate un scénario particulier, où la majorité des groupes actifs sont issus de cette nouvelle vague d'insécurité qui a touché la province depuis fin 2017.

Pour le Tanganyika, c'est un peu différent : ici encore on a certains groupes qui ont en quelque sorte une généalogie de l'ancienne mobilisation dite "Kata Katanga" qui s'est fragmentée ces dernières années mais aussi des groupes qui sont issus des conflits intercommunautaires, entre les communautés Batwa et Bantu.

Des groupes fragmentés

DW : Quand on parle de la province de l'ituri souvent il est question de Codeco ou FRPI. Ces nouveaux groupes dont fait état le rapport, en quoi sont-ils différents ? La revendication principale semble être la même : défense de l'intégrité territoriale...

S'agissant de la province de l'Ituri spécifiquement, on a d'un côté des groupes qui existent déjà depuis de nombreuses années, notamment les FRPI qui sont un peu les seuls grands belligérants de la guerre de l'Ituri de l'époque et qui existe jusqu'à aujourd'hui, même s'ils se retrouvent dans un processus, une tentative de démobilisation et potentiellement d'intégration.

De l'autre côté, il y a certains petits groupes qui sont plutôt dans l'historique des anciens Maï-Maï Simba qui opèrent aujourd'hui dans des zones très enclavées.

DW : Dans le rapport vous faites mention des groupes opérants dans les Kivus qui auraient des ramifications avec des pays limitrophes de la RDC. Comment se fait-il qu'après autant d'années on en soit toujours là ? Faut-il s'attendre à une démarcation dans le traitement de cette question par le pouvoir de Tshisekedi ou sommes-nous clairement dans une continuité ?

L'impact et la force sur le terrain des groupes armés, soit étrangers ou qui ont des forts liens avec les pays limitrophes, sont aujourd'hui moins puissants qu'il y a cinq ans, voire dix ou quinze ans. Néanmoins ce n'est pas seulement l'activité ou la puissance de ces groupes seuls, mais il y a aussi la conséquence de leur présence.

Désarmer efficacement

DW : Il y a eu plusieurs initiatives de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) pour tenter d'éradiquer ce fléau des groupes armés. Cela ne semble pas porter ses fruits. Que faut-il faire selon vous pour y arriver de manière efficace ?

Toutes les tentatives pour démobiliser les groupes armés restent un défi majeur pour l'Est du Congo, mais aussi, plus généralement, au niveau national. Ce qui est compliqué c'est d'un côté le nombre de groupes armés. Cela est difficile parce que d'un côté on fait face à des groupes qui ont des liens vers l'étranger au niveau régional et, de l'autre, d'autres groupes qui sont purement locaux.

Un autre problème reste celui du nombre de différents groupes mais aussi la fluctuation et l'instabilité de cette topographie des groupes armés qui rend énormément difficile tout travail qui viserait à démobiliser ou entamer un programme DDR pour tous ces groupes en même temps.

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