Centrafrique: Revocation de ministres issus des rangs de la CPC - Les conséquences d'un divorce mal négocié

22 Février 2021

Le divorce entre le pouvoir centrafricain et les groupes armés réunis au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), est définitivement consommé. C'est du moins, ce qu'on est tenté de dire au regard du limogeage, par décret présidentiel, le 21 février dernier, des ministres issus des rangs de cette coalition.

On se rappelle que ces ministres ainsi que d'autres personnalités avaient été nommés dans le gouvernement d'union nationale et dans les cabinets du président de la République et du Premier ministre, en mars 2019, au lendemain d'un accord signé entre 14 groupes rebelles et le gouvernement centrafricain dans le cadre de la paix et de la réconciliation.

En attendant d'y voir plus clair, l'on pourrait dire que ces limogeages ne sont ni plus ni moins que les conséquences directes d'un divorce mal négocié. On le sait, la prise d'armes par les éléments de la CPC contre le pouvoir de Bangui, ne pouvait qu'aboutir à ce résultat. Car, on ne peut pas consommer un mariage à moitié.

Soit les groupes armés de la CPC sont pour la paix et par conséquent ils déposent les armes, soit ils sont contre la paix et ils quittent le gouvernement. Certes, ces limogeages de personnalités n'augurent rien de bon pour la Centrafrique, en ce sens qu'ils risquent de déchirer davantage le tissu social qui était déjà mis à rude épreuve depuis que les groupes armés ont décidé d'empêcher la tenue du scrutin du 27 décembre 2020 par les armes.

Mais c'est peut-être le moindre mal pour le pouvoir de Touadera, ne serait-ce que pour une question de cohérence. La force d'un gouvernement réside dans sa collégialité. Du reste, plus d'un Centrafricain savait que c'est ce qui manquait le plus au gouvernement de Firmin Ngrebada. On ne saurait chercher à renverser un gouvernement dans lequel on a des représentants, sans en subir les conséquences, à moins que ces derniers ne se désolidarisent de leur base.

Ce mariage de la carpe et du lapin ne pouvait pas prospérer

Or, dans le cas centrafricain, tout laisse croire que ce n'est pas le cas. En tout cas, sauf erreur ou omission de notre part, on n'a pas entendu un son de cloche contraire à celui des mandants des personnalités limogées. Et comme le dit l'adage, « qui ne dit rien consent ». C'est dire si les représentants des groupes armés semblaient en phase avec leurs mentors. Autant dire que la confiance n'était plus au rendez-vous. Or, un gouvernement ne saurait fonctionner correctement dans un climat de suspicion et de méfiance. En vérité, ce mariage de la carpe et du lapin ne pouvait pas prospérer.

Cela dit, en se débarrassant des représentants des groupes armés, à l'exception de Hassa Bouda, ex-membre de l'UPC, le président Faustin Archange Touadera joue gros. On est d'autant plus fondé à le penser que les personnalités qui viennent d'être mises sur la touche, pourraient considérer leur limogeage comme un acte d'humiliation. Rien que le fait d'avoir perdu des privilèges de ministres et autres hautes fonctions, peut les pousser à nourrir des ressentiments contre le gouvernement centrafricain. L'on en vient à se demander alors si Touadera a bien pesé le pour et le contre avant de prendre sa décision.

A-t-il pris les dispositions nécessaires pour empêcher ces désormais ex-ministres et ex-conseillers à la présidence et à la primature, de nuire au fonctionnement des institutions de la république ? Il faut l'espérer. Autrement, il devra en payer le prix fort. Certes, le président centrafricain a le soutien de la communauté internationale mais force est de constater que 80% du territoire échappe à son contrôle. C'est dire s'il gagnerait plutôt à jouer la carte de l'apaisement.

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