Tunisie: Impasse politique et absence de dialogue - Aucune solution à l'horizon !

Les figures qui matérialisent l'Impasse politique et absence de dialogue en Tunisie
23 Février 2021

La situation ne cesse de se compliquer. Le fossé entre les deux têtes de l'exécutif se creuse de jour en jour, alors que le président de l'ARP, visé par une motion de retrait de confiance, multiplie les efforts pour trouver le bout du tunnel. Brandissant la carte de la mobilisation de la rue, Rached Ghannouchi veut une réunion tripartite à haut niveau pour résoudre la crise. Sauf que pour le moment, Kaïs Saïed fait la sourde oreille.

Jour après jour, la crise politique qui frappe la Tunisie de plein fouet connaît de nouveaux rebondissements. Si le Président de la République l'a dit, on ne peut plus clair, le remaniement ministériel ne passera pas, les initiatives politiques pour sortir de la crise se multiplient, la confusion pour la prochaine étape est totale et le flou persiste encore. En effet, en l'absence d'un dialogue national qui réunit tous les protagonistes, la crise s'enfonce davantage alors que ni le Président de la République ni le Chef du gouvernement n'ont opté pour le calme et n'a voulu faire des concessions.

De ce fait, la Tunisie se trouve au cœur d'une crise multidimensionnelle qui ne cesse d'affaiblir sa position à l'étranger. Et ce qui a enfoncé le clou, ce sont les appels à la «mobilisation générale» de la rue, dans une sorte de démonstration de force qui risque de mal tourner. Sauf nouveau rebondissement de taille, le pays est dans le blocage, alors qu'aucune alternative ne se profile à l'horizon. Le conflit prend de plus en plus la forme d'un bras de fer entre les deux têtes de l'exécutif, impliquant aussi le président de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi, qui s'est présenté, dernièrement, comme médiateur pour résoudre cette crise, sauf que ses relations tendues avec Carthage entravent ses efforts.

En effet, pour Rached Ghannouchi, il était temps de prendre le devant de la scène en proposant sa propre initiative au Président de la République. Le chef du parti Ennahdha avait invité le Président de la République à une réunion tripartite avec le Chef du gouvernement en vue de débloquer la situation. Mais jusqu'à la rédaction de ces lignes, cette initiative est restée sans réponse, le Président de la République laisse planer le doute et fait la sourde oreille.

Il faut rappeler que le Chef de l'Etat a, dès le début, montré son refus de ce remaniement, il pense qu'il intervient dans le cadre d'un compromis politique élaboré entre les différents partis de la ceinture parlementaire de Hichem Mechichi le jour même du vote de confiance au gouvernement. «Il ne passera pas», insistait le locataire de Carthage, rappelant que ce remaniement est anticonstitutionnel.

Le gouvernement sur le départ ?

Tout au long de ce conflit, qui dure depuis presque un mois, les règles du jeu politique se modifient continuellement. Alors qu'au début on pensait que c'est la prestation de serment des nouveaux ministres soupçonnés de corruption et de conflit d'intérêts qui posait problème, actuellement il semblerait que tout le gouvernement soit mis en jeu. C'est, en tout cas, ce que soutient le secrétaire-général de l'Union tunisienne générale du travail (Ugtt), Noureddine Taboubi. S'exprimant dans des déclarations médiatiques, Taboubi affirme, en effet, que la présidence de la République exige maintenant le départ de tout le gouvernement comme seule issue à cette crise. « Saied ne cherche pas à écarter les ministres ayant des suspicions de corruption mais plutôt à faire chuter tout le gouvernement tout entier», a-t-il annoncé.

Au fait, Taboubi ne comprend toujours pas la position réticente du Président de la République quant à l'initiative de l'Ugtt appelant à mettre en place un dialogue national. Le premier responsable de la centrale syndicale a proposé l'ancien président du Parlement, Mohamed Ennaceur, pour présider un comité des sages qui sera chargé de l'organisation de ce dialogue national.

Faut-il s'inquiéter sur le sort du gouvernement Mechichi? Est-il mis aux enchères politiques ? Son maintien reste-t-il tributaire de certains compromis politiques de dernière minute ? Sera-t-il poussé vers la sortie et vers la démission ? Ce sont ces questions que se pose aujourd'hui l'opinion publique, alors que différents protagonistes politiques commencent à appeler à la chute du gouvernement comme alternative à la crise. Le secrétaire général du Mouvement Achaâb et député, Zouhaier Maghzaoui, est de cet avis. Pour lui, le gouvernement, Hichem Mechichi ne peut pas durer, quelle que soit sa ceinture politique.

Idem pour le président du bloc démocratique, Mohammed Ammar, qui pense que le gouvernement Mechichi est déjà fini. «Hichem Mechichi a achevé lui-même son gouvernement. Quand tu procèdes à un remaniement ministériel pour changer 40% de ton équipe gouvernementale, et quand tu as un gouvernement par intérim, tu peux dire que Mechichi a mis fin à son gouvernement», a-t-il expliqué à notre journal.

La rue comme dernier recours ?

Au fait, ce qui complique davantage la situation politique, ce sont les appels aux manifestations populaires. Une manière d'engager une démonstration de force risquée et hasardeuse, d'autant plus que les différents observateurs de la scène nationale insistent sur le fait qu'il s'agit d'une crise politique. Si le Parti destourien libre a ouvert, dimanche, le bal, en organisant un meeting populaire à Sousse, plusieurs autres partis politiques lui emboîteront le pas.

En tout cas, samedi prochain, un grand rassemblement sera organisé par le parti Ennahdha et ses alliés, dans l'objectif de défendre la «légitimité gouvernementale». En effet, le parti de Rached Ghannouchi déploie actuellement tous les efforts pour faire réussir cette manifestation qui vise avant tout à adresser un message politique à Kaïs Saïed. Pour Ennahdha, si Saïed parvient à mobiliser la rue et à puiser sa légitimité sans sa popularité, il est temps de riposter par les mêmes armes.

Autant dire que ces appels aux manifestations lancés par plusieurs partis rappellent la crise politique de 2013, lorsque la Tunisie était au bord du chaos évité à la dernière minute à l'issue d'un accord entre Rached Ghannouchi et feu Béji Caïd Essebsi. Sauf que pour cette crise, tous les canaux de communication entre Kaïs Saïed et Rached Ghannouchi semblent être coupés.

Mais outre ce conflit politique avec le Président de la République, pour Rached Ghannouchi, il est indispensable de se concentrer sur le front du Bardo, où il est visé par une nouvelle motion de retrait de confiance. En effet, plusieurs blocs parlementaires et députés ont déjà signé la pétition pour retirer la confiance au chef de l'ARP, actuellement, les efforts se multiplient à l'hémicycle pour garantir les conditions de succès à cette nouvelle motion.

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