Sénégal: Conséquences de la décision guinéenne de fermer ses frontières - Des camionneurs en détresse, des produits détruits et des milliards perdus

23 Février 2021

Six mois après la décision du président Alpha Condé de fermer les frontières de la Guinée à des pays de la sous-région dont le Sénégal, des camionneurs sénégalais restent toujours bloqués aux frontières avec ce pays. Ils ne peuvent pas sortir de la Guinée, même si les produits transportés ont été détruits du fait des longs mois d'attente. Près de 90 camions sont concernés. Une situation qui a occasionné aussi un manque à gagner considérable pour les opérateurs économiques, propriétaires de la marchandise perdue.

Le 27 septembre, trois semaines avant la présidentielle du 18 octobre 2020, le chef de l'État guinéen, Alpha Condé, avait ordonné la fermeture des frontières avec trois des six voisins de la Guinée : le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone. Depuis lors, les promesses de réouverture se sont multipliées, sans qu'elles ne soient effectives. Une situation qui n'est pas sans conséquences pour le Sénégal. Des chauffeurs de camions sont bloqués en Guinée avec ou sans leurs chargements. «Pour se déplacer, on se cache pour ne pas être vu par les policiers guinéens. Sinon on paye 5000 F CFA ou bien la moto utilisée pour la traversée (de la frontière) est confisquée ; pour la retrouver, on doit payer 500.000 F d'amende», soutient Pape Diakhoumpa, un de ces chauffeurs bloqués en Guinée.

Pis, ajoute-t-il, «nous souffrons en Guinée. Nous y avons fait presque 6 mois, avec nos dépenses, sans que nous pussions décharger notre marchandise».

Pape Diakhoumpa est arrivée en Guinée le 26 septembre, une journée avant la fermeture officielle des frontières. Même s'il est dans la ville de destination de son chargement, les Forces de sécurité guinéennes lui ont refusé l'accès à son point de débarquement, distant seulement de quelques kilomètres. «Les Forces de sécurité m'ont signifié que le débarquement ne peut se faire jusqu'à nouvel ordre». «Nous avions pensé qu'après les élections, la situation évoluerait. Mais, il n'y a pas une avancée. Là où nous sommes positionnés, la vie est très difficile. On peine même à trouver de quoi manger», s'indigne Mamadou un autre transporteur contacté par la Rédaction de Sud Quotidien.

Si l'on en croit Pape Diakhoumpa, des camionneurs sénégalais y sont tombés malades et leur évacuation vers le Sénégal n'a été que pures difficultés. Il faut recourir aux motocyclistes et jouer à cache-cache avec les Forces de sécurité, explique-t-il. En cas d'interpellation, c'est une amende de 500.000 F CFA qui est infligée au mis en cause. Pis, le moyen de convoyage peut être saisi. Et Mamadou d'ajouter, quant à lui, que le coût de cette traversée de la frontière est de 280.000 francs guinéens, pour une seule personne. Les longs mois de stationnement ne sont pas sans conséquences. «Les produits périssables se sont décomposés, les pneus des véhicules commencent à s'user et les pertes se sont multipliés», signale Pape Diakhoumpa.

PRES DE 90 CAMIONS SENEGALAIS BLOQUES EN GUINEE

Mbargou Badiane est le président de la Coopérative nationale de transport de marchandises. Pour lui, des discussions ont été entreprises avec les autorités guinéennes, sans qu'une solution ne soit trouvée. «Depuis le début du problème, j'ai saisi le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement et son directeur des Transports terrestres ; l'affaire a été évoquée en Conseil du ministre au mois de novembre. Le président avait instruit le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l'extérieur, Aïssata Tall Sall de résoudre le problème au plus vite. Le dossier a trainé pendant deux mois, sans un résultat conséquent. Finalement, elle s'est rendue à Conakry pour rencontrer le président Alpha Condé ; mais, jusqu'à présent, le problème reste entier», a-t-il déclaré.

Vu que la concertation avec la partie guinéenne n'a pas encore abouti à des résultats conséquents, le Sénégal se déploie pour rapatrier les marchandises qui peuvent l'être. «Jeudi dernier, le directeur des Douanes m'a mis en rapport avec son directeur des opérations. Une rencontre a été tenue avec les propriétaires de la marchandise convoyée. Nous sommes en concertation sur les conditions pour libérer les voitures. Il y'a une différence dans les charges. Maintenant, ce qui a été retenu est que les produits fabriqués au Sénégal seront retournés au pays», explique-t-il.

Avant d'ajouter que «ceux importés, qui sont donc en transit, ne peuvent pas être dédouanés ni démarqués au Sénégal. Par conséquent, ils resteront sur place, en Guinée, au grand dam de leurs propriétaires». Près de 90 camions sénégalais sont bloqués en Guinée ; ce qui constitue un manque à gagner considérable pour les transporteurs. «Les véhicules sénégalais sont estimés entre 85 et 90 camions. Au niveau de notre coopérative, les véhicules acquis grâce au Programme de renouvellement du parc des gros porteurs, par le biais de la Banque nationale pour le développement économique (Bnde), nous devons payer 1.350.000 F/mois. Nous devons faire du transport, avoir des bénéfices et payer la banque. Depuis 5 mois, nos activités sont à l'arrêt», déplore Mbargou Badiane. A signaler qu'il y'a aussi des camionneurs venus d'autres pays comme la Gambie, Sierra Leone et la Guinée. Ils sont évalués à plus de 200 en tout, le nombre de camions bloqués aux frontières avec la Guinée, selon Mbargou Badiane

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