Niger: Présidentielle nigérienne - La continuité avec Bazoum et avec les mêmes problèmes

analyse

Vingt-quatre heures après la tenue dimanche 21 février 2021 du second tour de la présidentielle nigérienne, le nom du successeur du chef de l'Etat sortant, Mahamadou Issoufou, est connu. Du moins provisoirement, en attendant la confirmation des Sages de la Cour constitutionnelle.

En effet, hier mardi 23 février, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a procédé, au palais des congrès de Niamey, à la proclamation des résultats officiels provisoires. Et les chiffres donnent gagnant Mohamed Bazoum, le candidat du Parti nigérien pour le développement et le socialisme (PNDS-Tarraya), avec 55,75% des suffrages, contre 44, 55% à son challenger, l'ex-président Mahamane Ousmane du Renouveau démocratique et républicain (RDR).

Une victoire qui ne surprend pas grand monde, sauf Mahamane Ousmane et ses partisans, puisque le candidat du pouvoir avait au premier tour, on se rappelle, 39, 03 % des voix alors que son rival arrivait deuxième avec seulement 17%. Mohamed Bazoum, le dauphin désigné du président sortant, avait abordé la perspective du duel présidentiel avec d'autant de confiance et de sérénité qu'au cours du mercato de l'entre-deux tours, il a obtenu le ralliement des candidats arrivés troisième et quatrième à l'issue du scrutin de décembre passé.

Même si, en l'espèce, on le sait, le report des voix n'est jamais toujours automatique. Mais en attendant la Cour constitutionnelle, qui doit proclamer les résultats officiels définitifs, le Niger, qui s'apprête à vivre la première passation de pouvoir de son histoire politique, est plus que jamais à la croisée des chemins.

C'est que l'opposition a rejeté les résultats qui viennent d'être proclamés, dénonçant un «hold-up électoral, et exigé la «suspension immédiate de la publication des résultats». Par la voix de son porte-parole, Falké Bacharou, directeur de campagne de Mahamane Ousmane, elle a appelé les Nigériens «à se mobiliser comme un seul homme pour faire échec à ce hold-up électoral». Son candidat malheureux, lui, aussitôt après avoir glissé son bulletin dans l'urne dimanche dernier, avait donné le la de la contestation électorale : «Le suffrage des citoyens doit être respecté. Si jamais les citoyens constatent que ces élections ont été tronquées, je crains que la situation soit difficile à gérer».

Avec toutes ces déclarations et les premières échauffourées constatées hier soir à Niamey, il faut craindre que la dévolution pacifique du pouvoir, une première dans ce pays qui a longtemps vécu sous la férule des pouvoirs kaki qui se sont succédé au son de la canonnière, ne soit gâchée par le refus d'un homme qui a longtemps rêvé de son retour au pouvoir.

En attendant de voir ce que nous réservent le Niger et les Nigériens, on peut dire qu'avec cette victoire de Mohamed Bazoum, les électeurs ont opté pour la continuité. D'ailleurs, l'un des slogans du gagnant n'était-il pas «Choix de la continuité pour un Niger meilleur » ? Mais ce sera la continuité des multiples problèmes archiconnus comme, entre autres, les questions de l'insécurité, de la santé, de l'éducation et de la corruption.

Et le futur occupant du fauteuil présidentiel le sait, lui qui, dans son premier discours après les résultats provisoires, a annoncé faire de la sécurité la priorité n°1 de son mandat. C'est presque un truisme dans ce Niger qui, comme ses voisins maliens et burkinabè, est confronté depuis plusieurs années à des attaques terroristes à répétition.

Malgré les nuages noirs qui s'amoncèlent au-dessus du fleuve Niger, il y a matière à se réjouir, puisque, dans cette Afrique où les révisions constitutionnelles rétrogrades sont devenues le sport favori de bien de nos dirigeants, le bon exemple nigérien mérite d'être relevé et salué. Et le mérite de cela revient au président sortant, Mahamadou Issoufou, qui, dans une attitude chevaleresque, a décidé de s'incliner devant la close limitative du nombre de mandats à deux.

Plus de: L'Observateur Paalga

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