Afrique: Interdiction de la vente de carburant au détail - Les pompistes s'alignent, des chauffeurs dubitatifs

23 Février 2021

Le Gouverneur de la région de Dakar a sorti, jeudi dernier, un arrêté interdisant la vente de carburant au détail pour deux mois. Cette décision de l'autorité administrative est bien accueillie par des pompistes qui, pour la plupart, avaient arrêté la pratique. Du côté des chauffeurs, les avis divergent. Si certains applaudissent pour des raisons sécuritaires, d'autres manifestent leur désaccord en brandissant l'argument « d'une panne qui peut survenir à tout moment ».

L'ambiance qui prévaut à Poste Thiaroye fait perdre la notion du temps. Vendeurs de fruits, masques et accessoires téléphoniques courent après les clients à travers les vitres des véhicules grâce à une circulation ralentie. On se croirait dans un jour autre que le dimanche, consacré au repos pour beaucoup de travailleurs.

Sans client, M. Faye vit ces différents mouvements à partir d'une station d'essence. Casquette sur la tête, carnet en main, le colosse consent, sans hésitation, à commenter l'arrêté interdisant la vente de carburant dans des bouteilles. Cette décision administrative ne lui pose pas de problème dans la mesure où, dit-il, ils l'ont arrêté depuis quelques années pour des raisons sécuritaires. « Nous refusons catégoriquement malgré l'insistance des clients. D'ailleurs, ils viennent rarement avec des bouteilles », explique-t-il.

Dans une autre station, à quelques pas, l'un des pompistes remplit le réservoir d'un Citroën. Après avoir reçu et répertorié des bons, Abdoulaye Guèye, en uniforme rouge, dit comprendre la décision administrative interdisant la vente d'essence dans des réservoirs autres que ceux des voitures et motos. À l'en croire, la décision est d'ordre sécuritaire. « Je pense que c'est pour éviter les dégâts à l'occasion des manifestations. Récemment, des jeunes ont failli brûler une station d'essence. Donc la sécurité doit être prioritaire », insiste-t-il.

Du point de vue économique, il ne s'inquiète pas trop. D'après Abdoulaye, 99% des clients sont les véhicules ou les motocyclistes. « À part les véhicules et les motos, nous vendons aux boulangeries d'à côté pour prévenir les coupures de courant. Donc on ne peut pas parler de pertes économiques », argumente M. Guèye. À hauteur du marché de Thiaroye-sur-mer, le trafic est fluide. Pas de difficulté pour traverser la route nationale.

Dans une station d'essence, l'un des gérants est en discussion avec un motocycliste, qui vient de lui tendre un billet de 2000 FCfa. Après avoir assuré le service et joué au cousinage à plaisanterie avec un « Diop », Pape Ndiaye se dit contraint de respecter la décision, quelle qu'en soit la motivation. « On peut comprendre que cette décision vise à protéger les citoyens et les biens publics, puisque des bus sont souvent calcinés. Nous avions arrêté de vendre du carburant dans des bouteilles à l'époque où des gens s'aspergeaient d'essence pour s'immoler. Donc, économiquement, nous n'allons pas subir les contrecoups », dit Pape.

Points de vue divergents chez les chauffeurs

Au garage des taxis Clando de Poste Thiaroye, non loin du péage, l'ambiance est très animée. Les rabatteurs, claquant les pièces de monnaie, scandent les différentes destinations : « Yembeul ! » « Pikine ! ». Tout autour, les laveurs de véhicules offrent leurs services à des chauffeurs qui ont la tête ailleurs, puisque plongés dans des commentaires sportifs en attendant le départ. En blouson noir, l'un d'eux, Pape Ousmane Mbaye, adossé à la portière de son véhicule, ne rechigne pas à changer de sujet en commentant l'arrêté du Gouverneur de Dakar.

Pour lui, ce n'était pas nécessaire puisque beaucoup de pompistes ne vendent plus dans des bouteilles. « La plupart des pompistes ont arrêté depuis longtemps. Ce qui est anormal. Imagine toi quelqu'un qui a son véhicule en dépannage dans un garage. Il n'a aucune solution sinon acheter dans une bouteille pour aller remplir son réservoir », confie Pape Ousmane, à haute voix. Clé en main, Mamadou Diaw s'apprête à rallier Pikine Tally Boumack. Malgré tout, il prend le temps de manifester son désaccord. « Pour ceux qui n'ont pas les moyens de faire le plein, une panne peut survenir à tout moment », rigole-t-il.

Ousseynou Ndao, quant à lui, a stationné son véhicule, près de la bretelle menant vers les quartiers de Tivaouane et Lansar, attendant un proche. Pour ce commerçant, la décision doit aller au-delà des mois annoncés. À l'en croire, il y va de la sécurité de tous. « L'essence est souvent utilisée pour les suicides ou pour brûler des biens appartenant à autrui. Donc, il est nécessaire d'avoir une réglementation. Moi, en tant que citoyen et chauffeur, j'approuve », clame-t-il.

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