Algérie: Incidences psychologiques du Covid-19 - La petite enfance non épargnée

Alger — La petite enfance n'est pas épargnée par les incidences psychologiques de la Covid-19, prévient le Pr Madjid Tabti, Chef de service Pédopsychiatrie à l'EHS de Beni-Messous, mettant en avant les risques d'exploitation et d'addictions aux écrans auxquels sont exposés les enfants durant cette crise sanitaire.

"L'impact de cette pandémie chez l'enfant est souvent sous-estimé, car se manifestant d'une manière différente de celle de l'adulte. En particulier, parce qu'il n'a pas un langage verbal assez élaboré pour exprimer son mal-être. Et, contrairement à ce que l'on peut croire, même un enfant de moins de 3 ans peut être impacté par sa grande capacité à ressentir la détresse des adultes, notamment ses parents, qui lui transmettent leur angoisse", déclare le Pr Tabti à l'APS.

"La détresse chez l'adolescent se manifeste par une accentuation de ses tendances à l'irritabilité et de son opposition à l'autorité parentale", explique-t-il encore, faisant observer que "du fait de leur dépendance des adultes, les enfants sont exposés à la maltraitance qui est accentuée durant cette pandémie".

Plus globalement, Pr Tabti souligne que les incidences psychologiques et mentales de la Covid-19 "différèrent d'un individu à l'autre en fonction de plusieurs facteurs, les personnes prédisposées à développer des troubles mentaux étant plus impactées que les autres, de même que ceux ayant perdu un ou des êtres chers, etc".

Il soutient qu'il y a "une hausse remarquable" de l'incidence des troubles mentaux et du comportement en lien avec la pandémie Covid-19, arguant du nombre croissant des demandes d'interventions d'urgence reçues, au quotidien, par l'EHS de Beni-Messous.

Il précise que ces interventions sont "aussi bien en présentiel, au niveau des urgences de pédopsychiatrie, qu'à distance, via les appels téléphoniques ou par des comptes internet mis à la disposition de la population à cet effet". à la promiscuité aggravée par le confinement, à l'isolement social avec absence de soutien, etc.

"Cette réalité est confirmée par des études étrangères qui estiment que cette pandémie peut être assimilée à une guerre caractérisée par un stress collectif favorisant l'apparition de troubles psychiatriques liés aux hantises de mort et de blessures graves ainsi qu'à la recrudescence des problèmes socio-économiques ", commente le spécialiste, déplorant "l'absence" de données chiffrées sur les consultations psychiatriques en Algérie. Un fait dû notamment à la difficulté de recenser les téléconsultations qui "se sont développées" durant cette conjoncture, observe-t-il, avant d'aborder les limites de l'offre thérapeutique pour y répondre :

"La psychiatrie est confrontée en Algérie aux mêmes difficultés que la médecine en générale, sans compter la stigmatisation qui entoure la maladie mentale", soutient-il, citant notamment "la désorganisation de la hiérarchisation des soins".

Ceci, en plus des "énormes" disparités en termes de rémunération des spécialistes relevant des secteurs public et privé .

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