Somalie: RSF et NUSOJ appellent à la libération d'un journaliste détenu au Puntland

communiqué de presse

Dans une conférence de presse conjointe, Reporters sans frontières (RSF) et le Syndicat national des journalistes somaliens (NUSOJ) ont dénoncé la détérioration de la liberté de la presse dans l'état semi-autonome du Puntland et appelé à la libération d'un journaliste incarcéré dans cette région du nord-est du pays.

Près de deux mois après son arrestation, le journaliste indépendant Kilwe Adan Farah croupit toujours à la prison centrale de Garowe, capitale de l'État du Puntland, une région semi-autonome du nord-est de la Somalie. Il a été arrêté le 27 décembre 2020 en compagnie de son confrère Farah Mohamed Khalif, également connu sous le nom de « Yemeni ». Selon les informations du Syndicat national des journalistes somaliens (National Union of Somali Journalists, Nusoj), organisation partenaire de RSF, la détention des deux journalistes est liée à la publication de photos des manifestations contre la montée de l'inflation au Puntland. Mais alors que Farah Mohamed Khalif a été libéré, Kilwe Adan Farah est toujours emprisonné sans avoir été officiellement inculpé pour le moindre crime. Sa situation est d'autant plus inquiétante qu'il est resté détenu au secret pendant un mois avant qu'il soit possible d'obtenir des informations sur son sort. Les journalistes du Puntland estiment que sa détention sert à envoyer un message à toutes celles et ceux qui oseraient rendre compte des manifestations et des protestations contre les autorités locales.

Dans une autre affaire, le journaliste indépendant Ahmed Botan Arab a été arrêté par la police du Puntland le 22 février dernier dans la ville de Bossasso, après avoir diffusé des interviews d'habitants. Ces derniers réagissaient au discours que le président du Puntland, Said Abdullahi Deni, avait prononcé la veille sur la situation politique en Somalie. Joint par Nusoj, un journaliste local de Bossasso, qui a souhaité gardé l'anonymat par crainte de représailles, a expliqué que les autorités avaient d'abord tenté d'empêcher la diffusion de ces interviews sur la chaîne YouTube du journaliste en le menaçant par téléphone, avant de procéder à son arrestation alors que la vidéo était devenue virale. Accusé de "diffusion de fausses informations", le journaliste a finalement été libéré hier, mercredi 24 février.

"Les journalistes du Puntland sont des professionnels courageux qui exercent leur mission d'information dans un environnement très hostile fait d'intimidations, de menaces, voire de prison, a déclaré le secrétaire général du NUSOJ, Omar Faruk Osman. Le Puntland doit inverser cette tendance répressive et permettre aux journalistes de faire leur travail sans représailles, censure ou autre forme de restriction."

"Les autorités du Puntland ne peuvent pas se prévaloir publiquement d'agir en faveur de la démocratisation du pays et procéder dans le même temps à des arrestations totalement arbitraires de journalistes, ce qui contribue, au contraire, à affaiblir le processus électoral en cours, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. La libération du journaliste qui reste détenu est une condition indispensable pour la tenue d'élections crédibles. Nous appelons aussi les autorités fédérales somaliennes à mettre tout en œuvre pour que prennent fin ces arrestations de journalistes à répétition, comme elles s'y sont engagées."

La Somalie traverse actuellement une importante crise politique qui a empêché la tenue des élections parlementaires et présidentielles initialement prévues en décembre 2020 et février 2021.

A l'occasion d'une mission inédite effectuée en octobre dernier, RSF et le Nusoj avaient rencontré le président somalien Mohamed Farmaajo et le Premier ministre Mohamed Hussein Roble pour leur demander de prendre des mesures concrètes afin d'améliorer l'environnement encore très hostile dans lequel évoluent les médias somaliens. Le Premier ministre s'était alors engagé à mettre en place un moratoire sur les arrestations de journalistes.

La Somalie figure à la 163e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2020 par RSF.

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