Cameroun: Contrebande fleurissante de l'essence du Nigéria vers le Cameroun

25 Février 2021

Une grande quantité du carburant nigérian est exportée illégalement. L'essence est transportée vers le Cameroun, où elle est alors vendue à bas prix, au vu et au su de tout le monde.

Les prix de revente du carburant de contrebande en provenance du Nigéria sont si bas que les Camerounais les moins riches peuvent, comme les autres, se payer un plein. Alors que de l'autre côté de la frontière, au Nigéria, les plus pauvres doivent souvent renoncer au carburant.

Des stations services désertées

Au Cameroun, les stations-services sont souvent délaissées au profit des vendeurs d'essence de contrebande.

Abdulaziz Abdukah, âgé de 27 ans, vit de ce commerce à la sauvette depuis dix ans maintenant, près de Maroua, dans le Nord. Il dit vendre jusqu'à 1.200 litres de carburant par jour.

"J'ai réussi à me mettre à mon compte en vendant de l'essence volée", raconte-t-il. "C'est la principale source de revenus de ma famille. Grâce à ce commerce, on peut manger et subvenir à nos besoins."

Avant d'être stocké dans des entrepôts de la ville, le carburant passe, par voie terrestre et maritime, les frontières des deux pays. Il est acheminé par la route jusqu'aux points de vente du Cameroun.

"L'essence frelatée est bien meilleur marché"

Lorsqu'il arrive aux Nigérians de faire face à des pénuries, le Cameroun, lui, est toujours livré de façon régulière.

Sylvan, un taxi-moto, n'a pas été faire le plein dans une station-service depuis six ans.

"L'essence frelatée est bien meilleur marché, c'est pour ça que je préfère acheter celle-là. Dans les stations-service, le prix est fixé à 664 francs CFA, alors que dans la rue, on peut acheter de l'essence pour 350 ou 400 francs... parfois 500. Alors j'utilise ce type de carburant."

Corruption des autorités

Des vendeurs, il y en a à tous les coins de rue. Abdulrahman Ali affirme gagner jusqu'à 40 dollars les jours fastes. Les autorités ferment les yeux sur ce trafic en échange de pots-de vin.

"Il y a des gens envoyés par la mairie qui viennent nous demander de l'argent pour qu'on puisse continuer notre commerce", témoigne Abdulrahman. "On leur donne quatre dollars par mois. Une fois cette taxe payée, c'est bon. Personne ne vient nous contrôler, on n'a pas à s'inquiéter."

Il est difficile de quantifier l'ampleur du trafic entre le Nigéria et le Cameroun. Mais des médias locaux estiment qu'il s'élève à près de cinq millions de dollars par an.

Plus de: DW

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