Ile Maurice: JT de la MBC de mal en pis...

26 Février 2021

La MBC semble avoir toujours été le porte-voix des puissants du jour. Sous le contrôle du gouvernement depuis l'Indépendance, cette instance a pourtant connu des professionnels intègres qui ne se laissaient pas tout dicter. Mais il semblerait que le gouvernement MSM ait dépassé les bornes. Rien ne passe au JT sans subir les coups de ciseaux d'une certaine... équipe de «propagande» pour plaire au seigneur et maître.

Les directeurs de la MBC ont souvent affirmé que le journal télévisé (JT) est la vitrine de la station de télévision. On se souviendra qu'un de ses anciens directeurs, Bhijaye Ramdenee, répétait souvent qu'il allait apporter des changements au JT. Or, il est parti et le bulletin d'informations de la MBC devient de plus en plus le porteparole des hommes au pouvoir. Pire : la MBC trouve toujours moyen de diffuser les paroles de gens qui chantent leurs louanges. Souvent présente aux conférences des opposants au pouvoir ou à celles des syndicalistes, quand, et si, la MBC en fait un compterendu, elle montre toujours l'extrait qui favorise le gouvernement et censure les autres phrases. Ainsi, après la démission de Nando Bodha, seules des personnes réclamant sa démission comme parlementaire ont eu l'occasion de s'exprimer durant le JT.

Un autre incident mercredi a remis les choses en perspective. Depuis quelques semaines, une équipe de la MBC se présentait à Moka pour enregistrer sur vidéo les déclarations des avocats du groupe «Avengers». Mais aucune mention au JT, même pas une image muette. Cela avait surtout agacé Roshi Bhadain. «Pourquoi filmez-vous si vous n'allez pas en diffuser une seule minute? Est-ce pour remettre les images au NSS (police politique) ou à Pravind Jugnauth ?» Après les avoir «filmés et interviewés» avec son propre téléphone portable, il leur a gentiment demandé de plier bagage, ajoutant qu'aucun avocat «Avenger» ne s'exprimerait en leur présence. Mais d'autres journalistes et Me Anoop Goodary leur ont glissé discrètement des mots gentils comme: «Ne vous en faites pas. Ce n'est pas vous que l'on cible mais ceux qui se cachent derrière.» Ainsi, ce rappel à l'ordre de Roshi Bhadain aux journalistes n'était pas vraiment méchant. Il voulait surtout envoyer un signal fort à Anooj Ramsurrun. Il lui a même demandé de rembourser aux consommateurs les Rs 160 que la MBC perçoit.

Par ailleurs, la journaliste de la MBC présente à la conférence de presse du MMM-PMSD-Reform Party, hier, a voulu l'interroger à ce sujet, mais Xavier Duval et Paul Bérenger ont demandé à celle-ci d'attendre la fin pour s'adresser au leader du Reform Party, car cet item n'était pas à l'agenda. Toutefois, à la fin de la conférence de presse, deux caméramen filmaient Roshi Bhadain, pendant que la journaliste lui parlait. Cette intervention passera-t-elle au prochain JT ? Affaire à suivre...

Anooj Ramsurrun : «la MBC a toujours agi ainsi»

Le directeur général suppléant de la MBC, Anooj Ramsurrun, estime que la MBC n'a pas changé dans sa manière de fonctionner. «Dans le passé, la MBC a toujours essuyé les mêmes critiques et souvenez-vous, quand Nando Bodha en était le directeur, il y a eu l'interruption d'une émission.» Commentant l'incident entre Roshi Bhadain et un journaliste de la MBC, il dira ceci : «Kan pa kouver zot gagn kritik ek kan kouver ousi zot imilié zournalis-la.» Il a rappelé que, comme tous les autres journaux, la MBC a sa propre ligne éditoriale, et «même si le caméraman a filmé de longues minutes, voire des heures, il y a un montage à faire et c'est le Head of News qui décide». Interrogé sur la présence de Ravin Joypaul à la conférence de presse de Nando Bodha la semaine dernière, il a indiqué que comme responsable des nouvelles, il a exprimé le désir d'y assister et la direction n'a aucun contrôle sur les questions qu'il va poser, tout comme n'importe quel journaliste de la station.

Joypaul et Bodha, deux amis d'antan maintenant à couteaux tirés

IL a tout fait pour démonter l'ancien ministre du Mouvement socialiste militant, Nando Bodha, à la conférence de presse du démissionnaire, vendredi dernier. La MBC aurait pu envoyer un senior journalist pour couvrir l'événement, mais c'est le directeur de l'information, Ravin Joypaul, en personne qui s'est déplacé. Pendant plus de 20 minutes, il a tenté d'embarrasser l'an- cien ministre et ancien collègue. Tantôt il lui a demandé pourquoi il ne démissionne pas comme député, tantôt arguant que c'est SAJ qui a façonné sa carrière, tantôt lui demandant s'il était mal à l'aise aux côtés de l'opposition à la marche citoyenne. Après que Nando Bodha a présenté un plan de réforme de la MBC, Ravin Joypaul lui a demandé ce qu'il avait fait quand il en était le directeur général, tout en l'accusant de s'être déjà immiscé dans la ligne éditoriale de la télévision.

Lors de cet exercice, les deux hommes se sont vouvoyés comme deux étrangers. Pourtant, ils prenaient quelques verres ensemble dans les années 80 même si Nando Bodha ne buvait pas d'alcool. Un de leurs anciens supérieurs à la MBC, qui nous raconte cette histoire, ajoute qu'ils étaient les deux présentateurs vedettes du JT. «On comptait beaucoup sur eux. Ils travaillaient selon un système de rotation. Il n'y avait même pas de rivalité entre eux. Ils travaillaient de concert sur des dossiers également, mais pas sur de dossiers bidon comme c'est le cas aujourd'hui. De bonnes émissions appréciées de tous.»

Nando Bodha avait rejoint la MBC un an avant Ravin Joypaul. Ce dernier, affirme l'ancien cadre, avait entamé des études de médecine en France. «Il était un jeune journaliste brillant avec une bonne voix et il était très télégénique. Nando Bodha parlait le français parfaitement. C'est pour cette raison qu'ils étaient considérés comme des vedettes.» De soutenir aussi qu'à un moment, les deux hommes étaient entourés de journalistes de la trempe de Ravin Bachoo, Nanda Armoogum, Torriden Chellapermal, Richard Ramasawmy et Habeeb Sayed-Hossen. Un journaliste, qui a travaillé avec les deux hommes, affirme qu'ils faisaient du bon travail en équipe ; qui comprenait aussi Prem Sewpaul.«C'était l'équipe Bonanza, comme je les appelais. Je venais d'arriver comme tant d'autres. Nous étions en admiration.» L'ancien cadre ajoute que les deux hommes n'avaient pas d'affinités politiques, mais par la suite Nando Bodha est parti pour devenir l'attaché de presse de SAJ. Il semblerait que les relations entre eux aient dégénéré quand Bodha est retourné à la MBC en tant que directeur général. D'après des observateurs, Ravin Joypaul s'est, lui, rapproché du MSM, il y a quelques années. Le renouvellement de son contrat serait à l'origine de sa nouvelle posture.

Les manifestations citoyennes dans l'objectif de la station nationale

La première manifestation ci- toyenne, organisée par le Kolektif Konversasyon Solider (KKS) le samedi 11 juillet 2020, occupera la troisième place au JT de 19 h 30 de la MBC. Quelque 90 secondes y seront consacrées pour démontrer que l'événement était un échec. Le narrateur du compterendu dira, en effet, que «le KKS voulait regrouper dans la capitale, divers syndicats et organisations de la société civile pour manifester contre le vote de la Covid-19 Act et les mesures budgétaires du 4 juin dernier».

Alors que les images de médias indépendants et de citoyens montrent la présence d'une grosse foule, la MBC choisit de passer celles où tous les participants ne sont pas encore rassemblés. Sans compter le choix délibéré de ne pas montrer le déferlement humain et l'enthousiasme des participants. On y verra aussi des images de pancartes à même le sol avant le début de la manifestation. Dans le reportage, on dira également que «les organisateurs voulaient ainsi mobiliser une foule monstre pour descendre sur le pavé aujourd'hui mais manifestement tel n'était pas le cas, selon des observateurs sur place... ». Cela, sans donner la parole à ceux qui prétendent que cette manifestation était un échec...

En revanche, la MBC aura un regard plutôt objectif sur la deuxième manifestation citoyenne du samedi 29 août. L'item est même classé en deuxième place au JT et dure deux minutes. Pas de tentative de manipulation d'images. L'on dira qu'il s'agit d'une «initiative de Bruneau Laurette dans le sillage de l'échouement du Wakashio» et on citera même les noms des rues de la capitale empruntées par les manifestants.

Hormis les images d'une foule compacte (parmi laquelle se trouvait l'ancien ministre de la Santé, Anil Gayan), la MBC montrera des photos et mentionnera les noms des leaders politiques de l'opposition et de l'ancienne présidente de la République, Ameenah GuribFakim, qui avait fait le déplacement. Idem pour la troisième manifestation du samedi 12 septembre 2020 à Mahébourg. Un compte-rendu de presque deux minutes en deuxième place du JT parle essentiellement de l'itinéraire, de l'initiative, des demandes des manifestants et du spectacle qui s'est tenu au Waterfront. Pas de mani- pulation d'images, certes, mais sans pour autant montrer la vague humaine.

Finalement, le samedi 13 février, contrairement aux habitudes, ce n'est pas une fonction du Premier ministre qui ouvre le JT. C'est plutôt la manifestation des partis de l'opposition et des organisa- tions citoyennes, qui se retrouve en une parmi les grands titres. Mais ce titre est immédiatement suivi par la déclaration suivante: «Pravind Jugnauth fustige ce qu'il qualifie de 'rassemblement de haine contre sa personne'.» De plus, ce n'est qu'après huit items et une pause publicitaire que sera diffusé le reportage de la marche. Suivra le compte-rendu d'une fonction à laquelle participait le PM, les 100 ans de l'Arya Sa- maj à Tyack.

Plus de: L'Express

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