Congo-Kinshasa: Musique - Fally Ipupa « L'Afrique doit gagner en tout et pour tout en utilisant l'amour du prochain et la solidarité comme fil conducteur »

Le récent album de l'artiste congolais Tokooos II n'est évidemment pas passé inaperçu sur la planète musicale. Dans le cadre de sa promotion, Fally Ipupa s'est confié à notre plume. Entretien.

Que veut dire Tokooos ?

Ce mot est dérivé du mot « kitoko » en lingala qui signifie « joli ». « Tokooos » veut juste dire « super cool ! », c'est ma marque de fabrique initiée avec le single « Sweet Life ». Depuis un moment, plusieurs jeunes l'utilisent pour désigner l'optimisme.

Que dévoile Tokooos II au niveau artistique ?

Une mixture explosive de divers styles musicaux (rumba, seben, musique urbaine, pop, soul, jazz, etc.). J'ai joué moi-même toutes les guitares, avec les rythmiques de mon pays et plusieurs autres choses, pour donner à cet album une touche contemporaine. J'essaie d'élargir mon public au maximum, en réinventant mon langage musical.

D'où puisez-vous les brios cocktails musicaux qui jalonnent votre vie musicale ?

Je suis natif d'une commune en plein poumon de Kinshasa : ou se mixte toutes les musiques congolaises et américaines. J'ai été bercé par des musiciens, avec beaucoup de technique, comme celui de George Benson. J'ai suivi les pas de plusieurs artistes qui m'ont donné l'envie de devenir musicien et aussi mon passage chez Quartier Latin, de Koffi Olomide, dans lequel j'ai fait mes gammes pendant sept ans... La rumba congolaise reste toujours notre base arrière solide.

Où placez-vous votre musique ?

Elle est une musique incroyablement riche, avec une base cimentée des accords recherchés, de belles paroles, des mélodies imparables, des chansons abouties... Pour moi, c'est l'une des musiques qui apporte moult émotions au monde. De surcroît avec un rythme irrésistible d'autant plus que la rumba congolaise est dansée de partout dans le monde en Asie, en Europe comme en Amérique...

Parlez -nous du language « Lingafran »

Dans les soucis d'atteindre un large public puis de faciliter la compréhension de mes textes, depuis Sweet Life, je mixte un peu d'anglais, de français et du lingala, afin de mettre à l'aise tout le monde. Même si ma langue reste, évidemment, l'une des plus belles au monde du fait qu'elle est parlée avec le cœur. Elle est douce et facile à mettre en musique.

L'amour est au cœur de vos textes, Fally est-il un grand lover ?

L'amour, c'est le créneau préféré de ma vie ! Même Dieu nous le recommande vivement. Mais il y a aussi d'autres messages universels, et je le chante sous toutes ses facettes... J'ai trop d'amour à donner, je l'extériorise donc en chansons. En fait, mon disque s'écoute comme un manuel de chevet, un livre pour les gens qui, comme moi, aiment qu'on les aime, et détestent qu'on les déteste. J'essaie simplement de toucher le cœur de mes fans.

M. Pokora, Dadju, Ninho, qu'est-ce que ces collaborations ont apporté à cet album ?

Ils ont donné une dimension plus chic à ce disque. Ils ont apporté d'autres couleurs : un échange culturel qui, selon moi, est la meilleure façon de faire plaisir aux amateurs de world music d'autant plus qu'ils sont très brillants et talentueux.

On vous surnomme « L'Aigle du Congo » mais aussi ou « El Maravilhoso », savez-vous pourquoi ?

Ces surnoms sont donnés par mes fans. Depuis novembre dernier, ils m'appellent aussi « Empereur 4K », en référence à cette qualité de caméra. Cela signifie simplement que les gens m'aiment et savent où ils me placent dans leurs estimes.

Diriez-vous que vous avez réussi à « décoincer » la musique congolaise, en la plaçant sur un terrain plus urbain, plus international ?

Je dirais que Oui ! Nous avons été considérés longtemps comme ceux qui font de la musique de blédards, du getho. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, c'est une fierté d'être de Kinshasa et de parler le lingala. Les États-Unis et autres regardent vers l'Afrique. Il n'y a qu'à écouter les derniers sons de Beyoncé. L'Afrique nourrit la musique du monde entier. Les artistes africains ont désormais pignon sur rue, notamment grâce à la visibilité que leur donne les réseaux sociaux et à la facilité qu'il y a, aujourd'hui, de produire des disques.

Un million de francs CFA (1526 euros), pour un concert.... Fally Ipupa un chanteur pour riches ?

Non. Le prix des tickets est fixé par les organisateurs. Moi, je reçois juste un cachet. Ce n'est pas élégant de parler d'argent ! Mais sachez que j'ai fait, également le 28 décembre, un concert dans un stade, au prix d'entrée de 5000 francs CFA (7,63 euros).

A titre personnel, que pensez-vous des débordements, survenus en marge de votre concert à l'Accor Hôtels Aréna de Paris, en février 2020 ?

Je suis monté sur scène, j'ai fait mon show, mes fans se sont battus pour remplir cette salle de 20 000 personnes, ils étaient heureux... c'est ça qui était important.

Que pensez-vous de la politique en Afrique ?

Je ne suis pas vraiment politicien, mais avec un regard d'artiste, je pense qu'il y a de l'espoir. Je demande aux dirigeants africains de respecter leurs paroles, et je souhaite que la population soit satisfaite, en retrouvant le sourire, un enseignement de qualité, la sécurité physique et sociale surtout.

Comment se porte votre Fondation ?

Cette fondation à vocation sociale existe depuis 2013. Nous avons fait beaucoup d'actions sociales (repeindre des écoles, acheter des terrains pour des orphelinats, envoyer une ambulance médicalisée à l'hôpital... Nous avons aussi beaucoup assisté la population pendant le confinement, en aidant ceux qui se trouvaient dans le besoin. Il est de notre devoir : artistes, journalistes, etc., de venir en aide aux gens qui souffrent.

Un message particulier à faire passer ?

L'Afrique doit gagner en tout et pour tout en utilisant l'amour du prochain et la solidarité comme fil conducteur, on peut y arriver.

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