Sénégal: Relance économique - Le PAP2A presque hypothéqué

26 Février 2021

Pour faire face à la pandémie de la Covid-19, l'Etat du Sénégal a mis en place des mesures d'urgence à travers le Programme de résilience économique et sociale (Pres) doté de 1000 milliards de francs. Tirant les enseignements de la crise et des nouveaux défis, pour assurer la relance de notre économie, une réorganisation des priorités a été définie à travers le Plan d'actions prioritaires ajusté et accéléré (Pap2a).

Mais, à ce jour, les difficultés persistantes, sont notées dans les secteurs du tourisme, de la culture, de l'agriculture, de la pêche, du transport, de la santé et surtout l'économie informelle qui génère 80% des emplois et dont la contribution au Pib est estimée à 3%. Toutes ces pesanteurs semblent plus que jamais compromettre la relance économique projetée à 5,2% en 2021, 7,2% en 2022 et à deux chiffres en 2023 avec l'apport des dividendes des ressources pétrolières et gazières.

Conçu pour rétablir la trajectoire initiale de croissance du Plan Sénégal Emergent (Pse), en s'appuyant sur l'objectif de la phase II et les nouveaux défis nés de la crise sanitaire pour un véritable développement endogène porté par un secteur privé fort, avec l'implication de tous les acteurs, le Plan d'actions prioritaires ajusté et accéléré (Pap2a) semble esseulé par la seconde vague de la Covid-19, avec son corollaire de dégâts collatéraux dans bien des secteurs comme l'économie informelle, officieusement formelle particulièrement les activités nocturnes, le tourisme, la culture, la pêche, l'agriculture, le transport, la santé pour ne citer que ceux-là, durement impactés.

Face à ce constat, il urge que les concepteurs de cet ambitieux Pap2a prennent des mesures afin de contrecarrer la pandémie qui continue de saper les fondamentaux de notre économie et surtout à tuer dangereusement. Ces répercussions se font sentir dans de nombreux foyers qui n'ont plus la possibilité d'assurer leur quotidien, se faire soigner, voire espérer pouvoir payer leur loyer. Dans les quartiers populaires, l'activité tourne au ralenti, les revenus sont en baisse, certains sont contraints d'emprunter pour nourrir ou tendre la main. D'où la pertinence d'évaluer objectivement la portée de l'état d'urgence assorti d'un couvre-feu renouvelé respectivement dans les régions de Dakar et Thiès qui, à elles seules concentrent l'essentiel de l'activité économique du Sénégal.

LE TOURISMESE MEURT

Dans l'industrie du tourisme, même si l'Etat a injecté au compte de l'hôtellerie, de la restauration et des transports quelque 82 milliards de FCFA dans le cadre du Programme de résilience économique (Pres), tout porte à croire que ces secteurs peinent à voir le bout du tunnel. Pis, tout semble basculer depuis les tout premiers jours du déclenchement de la crise sanitaire dans une morosité indescriptible, causant d'importantes pertes d'emplois et une baisse considérable des chiffres d'affaires de l'industrie du tourisme.

Aujourd'hui, la seule alternative qui prévaut, c'est la promotion de l'écotourisme. Mais, celui-ci pose encore problème pour diverses raisons comme l'inculture de la culture, la promotion politique de l'inculture... A noter que ledit secteur a contribué à hauteur de 500 milliards de francs CFA, soit 7 % du Produit intérieur brut (Pib) en 2019. Malheureusement, ce secteur est aujourd'hui à terre. Ou presque ! Des milliers de personnes sont dans le dénouement et le désarroi total.

LA PAUVRETE ET L'INSECURITE ALIMENTAIRE DEVANT NOS PORTES

L'Agriculture, également, pilier et porteur de la croissance économique du Sénégal connait d'énormes difficultés notamment dans la filière horticole. Cette branche de l'agriculture était depuis quelques années dans une bonne dynamique de croissance avec des records de production en pomme de terre, en oignons, en carotte... A ce niveau, les mesures prises pour stopper la propagation du virus ont eu de considérables répercussions économiques.

Même si l'impact sur la production est moindre, il faut noter que les mesures de restriction de déplacement et de fermeture des frontières ont entrainé des pertes économiques importantes au niveau de l'agriculture. Les systèmes de commercialisation et de consommation sont quasi impossibles à cause des mesures restrictives imposées.

A côté de cela, la campagne arachidière qui bat de l'aille chez les paysans et autres industriels locaux qui peinent à trouver des graines à causes de la présence chinoise sur le marché. Cette libéralisation "sauvage" tue le segment de la transformation d'arachide. D'ailleurs, les industriels locaux ne cessent de réclamer la démission du ministre de l'Agriculture pour avoir, disent-ils, «manipulé les chiffres et jetés les industriels locaux en pâture». Une situation qui, selon eux,risque d'appauvrir davantage ce segment de la transformation industrielle locale.

L'AVICULTURE SOUS LE POIDS DE LA GRIPPE AVIAIRE ET DE LA COVID-19

Dans le secteur avicole, l'apparition de la grippe aviaire a empêché le Sénégal de commercer avec les marchés extérieurs (Mali, Mauritanie,) et même d'approvisionner correctement son marché intérieur. A cela, s'ajoute, la difficile situation mondiale liée à Covid-19. Moteur de l'émergence du Sénégal à travers une offre suffisante et compétitive de produits avicoles et d'ovo-produits, la filière avicole contribue significativement à la compétitivité de l'économie nationale, à l'emploi des jeunes, à la lutte contre la malnutrition et au développement des exportations de produits à haute valeur ajoutée.

Ledit secteur en croissance depuis novembre 2005, suite à l'interdiction par le Sénégal de tous les produits de volaille d'importation sur le territoire national est aujourd'hui contrarié par l'apparition de la grippe aviaire, les restrictions de circulation. D'ailleurs, son dynamisme est sans conteste et il ressort des dernières données de 2019 que le secteur a généré quelques «203 milliards de chiffres d'affaires, plus de 880 millions d'œufs produits, plus de 80 mille tonnes de viande».

LA PECHE ARTISANALE A L'AGONIE

Dans le secteur de la pêche, les acteurs artisanaux ne cessent de réclamer l'arrêt d'octroi des licences aux navires étrangères qui pillent les pêcheries sénégalaises. D'ailleurs, dans le courant du mois les pêcheurs artisanaux de Casamance ont protesté contre les derniers accords de pêche entre le Sénégal et l'Union européenne et demandent leur résiliation.

Même chose dans le secteur du transport en général avec une réduction du nombre de places, particulièrement le transport nocturne avec les taximen, les clandos, les cars rapides et autre transport jakarta à Thiès. Tout ce monde-là a perdu son dynamisme avec l'état d'urgence assorti de couvre-feu.

L'INFORMEL DANS LE GOUFFRE

D'un apport moindre dans les recettes fiscales estimées à hauteur de 3%, le secteur informel génère 80% des emplois et par ricochet concourt à la stabilité et à l'équilibre social.

Dans le cadre du Programme de résilience économique et social (Pres), le gouvernement avait pris des mesures sociales sur l'électricité et l'eau, en payant les factures des abonnés de l'électricité de la tranche sociale pour deux mois, soit plus de 975 500 ménages pour environ 15,5 milliards de francs CFA.

Même chose pour la facture d'eau à hauteur de 3 milliards de francs CFA, soit environ 662 000 ménages, 69 milliards, au lieu des 50 initialement prévus, pour l'achat de vivres au bénéfice d'un million de ménages éligibles et 12,5 milliards, pour aider la diaspora. Autant d'efforts qui ne peuvent prospérer.

Dans tous les cas, les deux états d'urgence assortis de couvre-feu méritent une évaluation sans complaisance pour en avoir le cœur net sur leur efficience dans la lutte contre la pandémie. Le constat pour l'heure, c'est qu'ils ont complètement désorganisé les filets sociaux, ainsi que les structures de l'informel, qui représentent plus de 80% de notre économie, avec une incidence particulière sur la population jeune, dont près de 94% sont concernés.

LE RELEVEMENT DU PLATEAU MEDICAL ET L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE

Dans le secteur de la santé et de l'industrie pharmaceutique, le tableau est loin d'être reluisant. Cette pandémie a fini de mettre à nu notre système sanitaire. La prise en charge des malades est devenue un véritable casse-tête. Ils sont nombreux à être amenés à suivre le traitement à leur domicile respectif, faute d'espaces et surtout de moyens logistiques à même de répondre correctement aux besoins exprimés.

C'est dire qu'à ce niveau il y a fort à faire pour corriger et combler ce gap. Et le cas d'une infirmière du district de Thiès atteinte de la Covid-19 qui a fini par succomber, faute de place, après avoirfait la navette Thiès-Dakar-Diourbel en est une parfaite illustration.

Même situation dans la production de médicaments. Cette pandémie a aussi relevé la nécessité de bâtir une industrie pharmaceutique nationale pour certains médicaments en attendant d'avoir les moyens de répondre correctement aux besoins.

LESTRANSFERTS D'ARGENT ET LES IDE EN BAISSE

L'apparition de la pandémie de la covid19 qui a entrainé une baisse vertigineuse de 21 % en un an des transferts d'argent vers le continent africain inquiète la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (Cea).

Pour le Sénégal, cette manne financière représente 10,5 %. En 2019, les investissements directs étrangers (Ide) vers le Sénégal avaient atteints 16%, soit le milliard de dollars, mais avec cette pandémie le risque d'une baisse considérable est probant.

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