Congo-Kinshasa: Affaire Afriland First Bank en RDC - En quoi les lanceurs d'alerte sont-ils crédibles?

Depuis ce vendredi, deux anciens auditeurs d'Afriland First Bank CD, filiale d'une banque camerounaise témoignent sur RFI et d'autres médias de la création d'un réseau qu'ils qualifient de mafieux.

Ce réseau aurait notamment bénéficié à l'homme d'affaires israélien Dan Gertler, à l'époque sous sanctions américaines. Ce dernier assure par la voie de son porte-parole ne rien connaître du réseau de blanchiment qu'on lui prête, il dénonce des « déclarations fausses » et « franchement ridicules ».

Pourquoi Gradi Koko Lobanga et Navy Malela sont-ils crédibles dans cette affaire ? Pour leur position au sein de l'entreprise, d'abord. Les deux lanceurs d'alerte étaient des membres du service d'audit d'interne de la banque. Gradi Koko Lobanga était même le responsable de ce service. Les deux hommes étaient en droit et en position de pouvoir enquêter au sein de la banque. L'autre lanceur d'alerte, Navy Malela, qui est resté jusqu'en février 2020, était non seulement auditeur, mais il est entré à Afriland First Bank comme informaticien. Il était donc en mesure d'accéder aux bases de données de la banque. D'ailleurs, Afriland ne conteste pas que les documents présentés proviennent de ses registres, elle affirme juste qu'ils ont été falsifiés. Gradi Koko Lobanga et Navy Malela seraient condamnés dans leur pays, entre autres, pour vol, faux et usages de faux et association de malfaiteurs.

Ensuite, pour les nombreux documents qu'ils ont emporté dans leur fuite. Il s'agit là de milliers pages de documents bancaires, des relevés de différents comptes. RFI a pu vérifier une partie des informations, notamment grâce à des rapports du cabinet d'audit PwC qui auditait les comptes d'Afriland First Bank jusqu'en 2019, des registres des sociétés, des témoignages aussi de clients et d'autres sources internes.

Sur le fond, dans les milieux bancaires, rien ne surprend dans les révélations des anciens employés d'Afriland First Bank CD. Plusieurs des banques les plus en vue à Kinshasa fonctionneraient de la même manière. C'est d'ailleurs un peu l'aveu que fait le directeur adjoint d'Afriland First Bank CD dans l'entretien accordé à RFI et Actualité.cd : ça ne fait pas si longtemps que la Banque centrale contrôle ou sanctionne les banques. Selon les informations de RFI, ça date du procès de l'ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi Vital Kamerhe avec la mise en cause de la Banque centrale et celle de la Rawbank.

L'exemple de Western Financial Services

Une des sociétés-écrans qui est attribué à Dan Gertler, c'est Western Financial Services. Elle a obtenu plusieurs prêts de plusieurs dizaines de millions d'euros, une manière, selon les lanceurs d'alerte de blanchir ses dollars en euros.

Selon le registre du commerce du Congo, Western Financial Services est une société créée le 4 juillet 2018, après la mise sous sanctions de l'homme d'affaires israélien et de ses sociétés. Il s'agit d'une société d'investissement dirigée par Zenon Mukuku. À en croire le rapport de l'initiative de transparence des industries extractives de 2014, il dirigeait également Orama Properties sous sanctions américaines pour ses liens avec Dan Gertler.

La fiche de Western Financial Services était consultable sur le site du registre du commerce avant les révélations des deux lanceurs d'alerte. Depuis, elle est mentionnée comme en liquidation.

Autre élément concordant : le rapport du grand cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers (PwC) sur les états financiers 2018 d'Afriland First Bank CD. Le cabinet d'audit mentionne ce lien avec une société sous sanctions sans préciser laquelle... tout en affirmant que les comptes de la banque respectaient les principes comptables en vigueur en RDC.

Interrogé par RFI sur cette contradiction, PwC explique ne plus travailler avec Afriland et avoir « soulevé toute question préoccupante auprès des autorités compétentes », y compris la Banque centrale du Congo (BCC).

La BCC était-elle informée de l'existence de cette société - Western Financial Services - et de ses liens supposés avec une entité sous sanctions ? Pas de réponse du côté de la BCC. Mais selon l'un des lanceurs d'alerte, une mission de contrôle de la Banque centrale avait passé quatre à cinq mois à Afriland First Bank CD en 2019.

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