Sénégal: Ouvrage - «La parole chez les Seereer... » Raphaël Ndiaye ausculte le pouvoir du langage

28 Février 2021

Dans son dernier ouvrage, le philosophe A. Raphaël Ndiaye cherche à définir la parole à partir des termes qui l'expriment dans la langue sérère. « La parole chez les Seereer : Anthropologie et langage » ausculte le pouvoir de la parole dans les sociétés orales africaines, en l'occurrence celle sérère.

Avec en couverture l'œuvre du grand peintre Pape Ibra Tall, l'ouvrage « La parole chez les seereer... » de A. Raphaël Ndiaye aborde un sujet d'anthropologie et de langage. Une thématique d'une grande portée dans les sociétés orales africaines qui, malgré l'uniformisation à large échelle des cultures, continuent encore de garder jalousement une partie de leur héritage. L'auteur s'interroge, ici, sur le pouvoir de la parole en pays sérère. Il y est question de « définir la parole à partir des termes qui l'expriment dans la langue seereer, illustrer l'usage de ces termes grâce à des énoncés courants ». Pour A. Raphaël Ndiaye, les langues africaines, dont celle sérère, dans leur immense majorité, restent des langues agglutinantes.

Il montre comment la parole a un effet sur ce qu'elle nomme, tout en cherchant le lien entre cette langue, la culture et la structure de la société sérère. Mais aussi comment la parole y est distribuée. L'étude de la parole a été le résultat d'une intuition précoce chez l'auteur qui, dès sa deuxième année de philosophie, s'intéressera à cette problématique. La publication du livre « La parole chez les seereer... » est donc le résultat d'un processus de recherches entamées depuis juillet 1972. Il se focalise sur la philosophie du langage ; la linguistique pour lever un coin du voile sur des questions qui échappent au public. A. Raphaël Ndiaye rappelle l'importance de la parole en Afrique.

Ce faisant, avance-t-il, le statut de la parole est complexe et apparaît, entre autres, sous la forme d'un pouvoir spécifique, lequel est perceptible dans un nombre considérable d'attributs qui semblent s'exclure. « La parole est supposée valoir à celui ou à celle qu'elle nomme avec constance, de multiples dangers. Simple expression de l'admiration de ce qu'elle nomme, elle valorise son objet, certes, mais peut en annihiler l'être et l'existence, comme si elle le consume. De ses seules vertus intrinsèques, elle tue l'arbre vert et le rend sec, tout comme elle « rouille » les articulations du corps de l'homme, provoque des accidents... », écrit-il. Ceci montre à quel point la parole est force et pouvoir. Elle fait et défait le monde. Cette dimension divine du langage confère ainsi, indique l'auteur, à l'homme qui sait faire usage de la parole, les « vertus d'un Démiurge capable d'amener à l'existence ce que celui-ci nomme ». Dans les sociétés sérères, renseigne le philosophe, cette parole est fécondante par l'eau qu'elle apporte au sexe de la femme qu'elle humidifie.

Parole et édifice culturel

Ce livre développe aussi le lien entre la parole et l'édifice culturel, le monde animal ainsi que le mythe qui fait que l'homme a brisé le langage des animaux. En effet, au fil du temps, l'homme a appris les expressions sonores des animaux pour pouvoir mieux les gérer. C'est le cas de l'aboi du chien ou du ricanement de l'hyène. « Si les animaux constituent un mode d'expression général, certains révèlent aux yeux de l'homme des contenus que celui-ci interprète comme de véritables messages qui le concernent. Il leur accorde toute son attention, s'en inquiète ou s'en réjouit, les prend en considération dans son comportement immédiat ou dans la conduite générale de sa vie. Ces messages lui annoncent le malheur ou le bonheur, la paix et la pluie, ou le font entrer dans un monde insondable », renseigne A. Raphaël Ndiaye.

Cet ouvrage plonge également au cœur de l'habit naturel des Sérères, particulièrement dans cette partie du Sénégal bordant le littoral atlantique. Ces localités qui, comme le décrit l'auteur, « lorsque le soleil est au zénith, il se dégage de ces étendues nues où le regard se porte jusqu'à l'horizon, une impression de paix profonde et de mystère, qui semble attester la présence d'un invisible tout proche ». Chercheur à Enda Tiers Monde à Dakar, de 1987 à 2010, l'auteur Alphonse Raphaël Ndiaye est le Directeur de la Fondation Léopard Sédar Senghor depuis 2013. Il est aussi expert-formateur de l'Unesco en patrimoine culturel immatériel. M. Ndiaye est à l'origine de plusieurs ouvrages dont « Lutteur de légende », « Contes Seereer » et « Au professeur Joseph Ki-Zerbo. Hommages et témoignages ».

Plus de: Le Soleil

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