Congo-Kinshasa: Kikwit - Le REFEDI s'implique dans la lutte contre la "Justice populaire"

La problématique de la "Justice populaire" fait copuler beaucoup d'encres à Kikwit, ville économique de la province du Kwilu dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo. De novembre 2020 jusqu'à ce jour, plus de huit cas de "justice populaire" ont été enregistrés dans cette ville et à ses environs. Conséquences : pertes en vies humaines, maisons détruites ou incendiées, pillages, violences physiques et psycho-morales etc.

Face à cette situation, le "Regroupement des femmes en actions pour le développement intégré" (REFADI), une des structures de développement de la ville, est monté au créneau. Elle s'implique dans la recherche des solutions afin que cette gangrène de "Justice populaire" prenne du recule.

Pour y parvenir, le REFEDI vient d'organiser une TEP (Tribune d'expression populaire) dans la grande salle "La Touraine Saint Martin", paroisse Saint François Xavier dans la commune de Lukolela. Thème : "Justice populaire" et ses conséquences sur la population de Kikwit et de ses environs.

"Il faut noter que le problème de l'insécurité et de justice populaire tracasse beaucoup de gens. La logique de 'œil pour œil et dans pour dent' appartient au passé. S'il y a un problème, il faut aller à l'Etat pour trouver des solutions au lieu de recourir à la justice populaire qui engendre encore des retombées néfastes. Que les parents, les écoles, le gouvernement et la société civile s'impliquent pour lutter efficacement contre cette histoire de justice populaire", explique Viviane Lengelo, présidente du REFADI.

Selon les termes de référence, «dans plusieurs cas, la mauvaise administration de la justice en général, et celle de la justice distributive en particulier, entraine, dans plusieurs cas de figure, soit des mouvements de contestations, des revendications, voire des représailles pour ceux qui se sentent blessés, tracassés, malmenés et humiliés. Très souvent cette manière de revendiquer peut se traduire par plusieurs cas de justice populaire, situation constatée ces derniers temps dans la ville de Kikwit et ses environs».

La TEP a réuni plus de 100 personnes, c'est-à-dire autorités politico-administratives surtout celles des Entités territoriales décentralisées, les autorités de la police, le procureur près le tribunal de paix, la notabilité de la ville, les chefs des quartiers, des chefs des cellules, des syndicats etc.

L'objectif poursuivis par cette TEP, selon les organisateurs, est de promouvoir les lois en la matière tout en montrant aux participants que la justice populaire est une forme de violence populaire qui, nullement peut prétendre résoudre des conflits sociaux et que sa récurrence ne pourra pas entrainer la paix sociale, moins encore la cohésion nationale.

Afin de réussir cette TEP, le REFADI a fait recours à une méthodologie participative. Les participants se sont librement exprimés tout en soulevant des préoccupations, des suggestions et craintes.

Avant l'expression des participants, trois orateurs ont présenté leurs exposés. Par exemple le colonel José Mangbawu, responsable numéro un de la police de la ville de Kikwit, a présenté l'état de lieu des cas de "justice populaire" dans la ville de Kikwit et aux environs. C'était un tableau préoccupant qui a présenté des cas blessures, d'assassinats, d'incendies de maisons, des pillages etc.

De son côté, le procureur de la République près le Tribunal de paix de Kikwit, Dieudonné Ngangabuka, est intervenu en parlant de l'application de bonne justice comme gage de la paix et de la cohésion sociale.

Le troisième exposé était celui du Me Rossy Pumbulu, un des juristes de la ville de Kikwit. Il a présenté les défis à relever pour éviter les cas de justice populaire dans notre communauté. Ayant évoqué des éléments qui, à ses yeux, sont considérés comme causes de l'émergence des cas de justice populaire, maitre Rossy Pumbulu a dégagé quelques pistes de solution que voici :

a)A la justice de notre pays

«La justice élève une nation. Elle doit poser des actes qui rassurent la population et des actes qui vont dans le sens de la lutte contre l'impunité. Si la population constates des actes pareils, elle sera rassurée et évitera de poser des actes dans le sens de "Justice populaire". Cela pourra permettre à la population d'arrêter un présumé criminel et l'amener directement au service compétent (à la police ou au parquet) pour continuer l'instruction du dossier»

b) Au service de sécurité de notre pays

«Il faut renforcer notre service de sécurité en faisant un bon recrutement d'agents. Des fois, ce sont d'anciens bandits qui sont recrutés et qui continuent à poser des actes de banditisme ou des actes désolants au niveau de leurs services où ils sont affectés. Le service de la police est un service d'honneur. Il faut donc recruter des gens qui ont une bonne moralité. Si le recrutement est mauvais, c'est sûr qu'on aura de mauvais éléments qui ne rendront pas un bon service à la nation», déclare le juriste.

Il demande aussi aux autorités d'organiser systématiquement des formations pour tous les agents affectés au service de sécurité de la République démocratique du Congo, surtout les éléments de la "Police de proximité".

«Le gouvernement doit aussi équiper convenablement les agents du service de sécurité pour qu'ils soient efficaces sur le terrain. Comment la police par exemple peut être efficace si elle n'a pas de moyens de déplacement, si elle n'a pas d'argent etc. ? C'est inhumain ! », dit-il.

c)A la population

«Il est important que notre population soit formée, informée régulièrement. Des fois la population ne sait pas qu'en posant des actes de "justices populaires" elle commet des infractions sanctionnées par la loi», explique le juriste.

Plus de: La Prospérité

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