Madagascar: Mars ou crève

Février est passé mais la fièvre monte petit à petit en température. La grève des étudiants qui visiblement n'a rien de politique, vient accompagner une atmosphère tendue.

Après l'université de Barikadimy où le mouvement des étudiants réclamant des arriérés de bourse s'est soldé par la mort par balle d'un gréviste, l'université de Maninday de Toliara lui a emboîté le pas samedi. Des pilleurs ont mis à profit le mouvement pour saccager des magasins. Une lourde délégation du pouvoir est arrivée à Toliara hier pour apaiser la tension et régler cette histoire de bourse. En attendant le ministre de la jeunesse et des sports Tinoka Roberto Raharoarilala a désamorcé la crise en parlant aux étudiants.

Au plan politique même si les opposants ne sont pas parvenus à descendre dans la rue, la tension reste vive et les dérives peuvent arriver à tout moment. Les échanges dans les réseaux sociaux entre les deux camps témoignent de cette atmosphère électrique. Une escalade qui commence à prendre une ampleur inquiétante.

A la rediffusion des propos radiodiffusés tenus en 2014 du ministre de la Culture et de la communication, réclamant la liberté de manifester dans la rue pour toute cause sauf un coup d'Etat, s'est opposée une vidéo retraçant les propos autoritaires et incendiaires de l'ancien président Marc Ravalomanana en 2002. Quand la TVM se prête volontiers à ce jeu dangereux, il y lieu de craindre le pire. La télévision nationale doit être d'abord un support rassembleur et non un instrument politique et de propagande comme elle l'avait été lors de la crise 1991 où elle émettait depuis le palais d'Iavoloha avec un journal partisan et agressif à l'endroit des manifestants de Hery Velona Rasalama. On connaît la suite de l'histoire.

On n'est plus très loin de la même situation. La ligne rouge risque d'être franchie allègrement à l'allure où vont les choses.

A Toliara, la tête d'une dame est mise en cause sur les réseaux pour être à l'origine des pillages. Une incitation au lynchage ni plus ni moins.

Personne n'a intérêt à tirer sur la corde. Un dérapage dans les propos risquent d'être lourd de conséquences. Un self-control des uns et des autres est plus que jamais recommandé face aux provocations dans un camp comme dans l'autre. Il est question maintenant de l'intérêt national et non de l'opposition ou de la majorité. Les dirigeants doivent avoir ce grandeur d'esprit et raisonner en homme d'Etat comme le Général Gabriel Ramanantsoa ou le Général Gilles Andriamahazo qui ont sauvé le pays d'une guerre civile en 1972 et en 1975. Reste à savoir s'il existe encore des personnalités de leur trempe en terme de patriotisme et de leadership. Quand on voit que le devoir de réserve a complètement disparu pour les catégories de personnes qui y sont soumises, on comprend mieux pourquoi la situation est difficile à gérer et que la manière forte passe avant toute tentative de dialogue.

On se trouve sur une autre planète mais pas celle que la Nasa vient d'explorer. On est en plein sur mars mais on ignore si on réussira à persévérer.

Plus de: L'Express de Madagascar

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