Tchad: Processus électoral sur fond de violences meurtrières - Deby en roue libre

analyse

Au lendemain de l'attaque du domicile de l'opposant tchadien Yaya Dillo, le calme semble revenu à N'Djamena. Mais le domicile, pour ne pas dire le quartier où vit le candidat déclaré à la présidentielle, est toujours sous état de siège.

Des dizaines de camionnettes, des véhicules blindés, des policiers et des éléments de la garde présidentielle, dit-on, y étaient toujours visibles. Mais que reproche-t-on exactement à Yaya Dillo dont on dit qu'il est en lieu sûr ? On l'accuse « de tentative de déstabilisation des institutions de l'Etat depuis de longue date ». On veut bien croire aux autorités tchadiennes.

Mais tout porte à croire que le président Idriss Deby en voulait personnellement au sieur Dillo entré en disgrâce après avoir dénoncé les dépenses somptuaires de la Première dame.

Et comme si cela ne suffisait pas, l'ex-ministre convoite désormais le fauteuil présidentiel puisqu'il a officiellement déposé sa candidature le week-end écoulé, soit quelques heures seulement avant l'attaque de son domicile.

Toute chose que le guerrier devenu maréchal ne voyait pas d'un bon œil surtout que Yaya Dillo, à ce qu'on dit, bénéficie, dans cette course à l'échalote, de soutiens de personnalités qui ne comptent pas pour du beurre.

En tout cas, Deby voudrait s'offrir un boulevard qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Car, tirant leçon de ce qui est arrivé à Yaya Dillo, Saleh Kedzabo a décidé de retirer sa candidature à la présidentielle, dénonçant au passage une « militarisation du processus électoral ».

Deby doit se convaincre d'une chose : toutes les dictatures, même les plus féroces, connaissent toujours une fin

Si en provoquant donc ce climat de terreur au Tchad, l'objectif de Deby est d'écarter de la course à la présidentielle, tous les candidats capables de lui tailler des croupières, il l'aura atteint. Il est désormais en roue libre vers un 6e mandat sur un continent où la tendance est à la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.

Du reste, le maréchal avait-il besoin de ça pour assurer sa réélection ? Assurément, non. Car, après tant de décennies de règne, il a réussi à mettre sous ses bottes, toutes les institutions de la République.

Tant et si bien que l'on ne l'imagine pas en train d'organiser des élections pour les perdre. Ni le président de la CENI ni celui de la Cour constitutionnelle, ne prendront ce risque inconsidéré de contrarier le maître de N'Djamena qui, dans le cadre de la lutte contre l'insécurité, a réussi à se poser comme un personnage incontournable au Sahel.

Ce qui lui vaut la sympathie des Occidentaux qui en ont fait un allié de taille au point qu'ils ferment obstinément les yeux sur ses dérives. En tout cas, le président Deby doit se convaincre d'une chose : toutes les dictatures, même les plus féroces, connaissent toujours une fin et le plus souvent tragique.

Et la sienne n'est pas non plus rassurante; en témoigne, même si le gouvernement le conteste, la tension et le malaise que l'assaut mené contre le domicile de Yaya Dillo, ont provoqué au sein de l'armée.

Plus de: Le Pays

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