Niger: Violences postélectorales - Retour à la case Filingué pour Hama

analyse

Après trois jours de garde à vue à la police judiciaire, le principal opposant nigérien, Hama Amadou, a été officiellement inculpé d'une dizaine de chefs d'accusation et aussitôt déféré à la célèbre prison de Filingué, où il a ses habitudes.

Ce n'est pas la première fois en effet que le président du Moden Fa Lumana se retrouve dans le célèbre centre pénitentiaire situé à 180 km au nord-est de Niamey.

Déjà en novembre 2015, il y avait passé quatre mois de détention préventive pour soupçons de «supposition d'enfants». Condamné à un an de prison ferme, il bénéficia, fin 2016, d'une autorisation pour aller se soigner en France.

Après trois ans d'exil dans l'Hexagone, il est rentré en novembre 2019 et a été écroué de nouveau dans la même prison pour purger les huit mois restants de sa peine. Il en est ressorti le 30 mars 2020 après avoir bénéficié d'une remise de peine accordée par le président Issoufou à quelque 1540 détenus en vue de désengorger les geôles nigériennes en pleine pandémie de Covid-19.

Depuis de longues années, avant même l'affaire des «bébés volés», ce sont donc d'incessants va-et-vient entre son domicile, l'exil et la prison pour celui qui est présenté par beaucoup d'observateurs comme le trublion de la scène politique nigérienne.

Ce qui lui vaut cette fois-ci de retourner à Filingué, ce sont les violentes manifestations postélectorales qui ont éclaté au Niger, particulièrement dans la capitale, après la proclamation des résultats provisoires du second tour de la présidentielle, qui donnent Mohamed Bazoum vainqueur avec 55,75% des voix contre 44,25% pour l'ancien chef de l'Etat, Mahamane Ousmane, soutenu par «Hama+». Cela avait entraîné la destruction de biens publics et privés, notamment l'incendie du domicile de Moussa Kaka, le correspondant de RFI au Niger, et provoqué la mort de deux personnes.

Il s'en était suivi l'interpellation de quelque 500 personnes, parmi lesquelles l'ancien chef d'état-major des armées, le général Moumouni Boureima, dit «Tchanga», et des hommes politiques, au nombre desquels l'ancien président de l'Assemblée nationale, qui s'est rendu de lui-même à la police.

En décidant d'expédier Hama Amadou, accusé d'être le parrain des manifestants, derrière les barreaux, les autorités nigériennes ont opté pour la fermeté au moment où la tension était quelque peu retombée.

Il faut croire que la justice dispose d'éléments solides pour enclencher cette procédure, qui pourrait rallumer le feu qui couve sous la cendre des échauffourées de la semaine dernière.

La question se pose en effet de savoir ce que sera la réaction de ses partisans et surtout du candidat malheureux qui avait exigé ces derniers jours la libération sans condition de toutes les personnes arrêtées. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas été entendu alors que certains analystes avaient cru percevoir dans sa prise de position une volonté de désescalade.

Plus de: L'Observateur Paalga

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