Afrique: Le Centre d'investissement de la FAO redouble d'efforts pour créer des systèmes agroalimentaires plus solides et plus durables

communiqué de presse

Rome — Séance de questions-réponses avec le Directeur du Centre d'investissement de la FAO

Mohamed Manssouri, le Directeur du Centre d'investissement de la FAO, présente les plans de travail et d'expansion du Centre.

Le Centre d'investissement de la FAO, qu'est-ce que c'est?

Pour dire les choses simplement, le Centre d'investissement de la FAO crée des solutions d'investissement dans les domaines de l'alimentation et de l'agriculture durables. Il propose tout un ensemble de services d'appui à l'investissement pour aider les pays à se doter de politiques et de plans d'investissement à long terme, à élaborer et mener à bien des projets d'investissement avec des partenaires financiers, et à produire des connaissances et renforcer les capacités en matière d'investissement. Le Centre se démarque notamment par sa collaboration quasi exclusive avec des institutions financières et les pouvoirs publics des États Membres, sous la forme de partenariats.

De meilleurs investissements dans l'alimentation et l'agriculture donnent lieu à des systèmes agroalimentaires plus efficaces et plus équitables, ainsi qu'à un renforcement de la résilience face au changement climatique et à d'autres situations de crise, telles que la pandémie du COVID-19. La nouveauté est que les Membres de la FAO sont récemment convenus d'injecter bien plus de ressources dans le Centre - ce qui lui permet d'élargir son action, de fournir aux pays un appui à l'investissement plus approfondi et de renforcer sa collaboration avec les institutions financières nationales et internationales et d'autres partenaires de développement. Comme l'a dit M. QU Dongyu, Directeur général de la FAO, «ensemble, nous transformons l'agriculture et les systèmes agroalimentaires grâce à des investissements ciblés, à l'innovation, à la diffusion des savoirs et au renforcement des capacités». En 2020, en collaboration avec des institutions financières internationales partenaires et avec les gouvernements de nos Membres, nous avons contribué à mobiliser des projets d'investissements publics à hauteur de 6,6 milliards d'USD afin de renforcer et de rendre plus durables les systèmes agroalimentaires, soit une augmentation de 900 millions d'USD (16 pour cent) par rapport à 2019. Trente-huit projets ont été soutenus, contre 32 en 2019. L'année dernière, en Afrique subsaharienne, nous avons facilité la conception de nouveaux projets d'investissements publics destinés à faciliter l'accès à l'alimentation saine et à créer des emplois, pour un montant de 2 milliards d'USD.

Le programme conjoint d'action face au COVID-19, aux conflits et au changement climatique, qui concerne six pays du Sahel, en est un bon exemple: il s'agit d'investir dans l'infrastructure agricole, dans l'innovation technologique et aussi dans le capital social et humain, dans des zones transfrontières confrontées à des problèmes de sécurité.

La FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) apporteront un appui au secrétariat du G5 Sahel et au Fonds international de développement agricole (FIDA) en vue de l'application du projet. Sur les 180 millions d'USD que coûtera le projet sur six ans, 109 millions sont financés par le FIDA et 71 millions par le Fonds vert pour le climat. L'année dernière, nous avons également appuyé l'exécution de projets dans quelque 120 pays. Cet appui a consisté à apporter aux gouvernements une assistance technique pendant la phase d'exécution des projets (en général d'une durée de cinq ans), essentielle pour s'assurer que les investissements donneront les résultats voulus dans les délais prévus.

Le Centre dispose d'équipes pluridisciplinaires en mesure de superviser l'exécution des projets dans tous les aspects liés à l'agriculture et au développement rural, y compris l'infrastructure et l'irrigation, la culture, l'élevage, la pêche, les forêts, etc. Le Centre apporte aussi un appui aux investissements dans le capital humain et le capital social - à savoir le renforcement des capacités, la gouvernance et les institutions, les organisations d'agriculteurs, et le développement des communautés.

Vous avez mentionné le COVID-19. Pouvez-vous nous en dire plus sur le rôle du Centre à cet égard?

Les pays se sont tournés vers la FAO pour obtenir des orientations stratégiques face au COVID-19 et une assistance technique concernant les projets en cours. Agissant rapidement, nous leur avons donc donné des conseils sur les politiques et mené des évaluations de l'impact du COVID-19 sur les systèmes agroalimentaires afin de les aider à prendre des décisions et à trouver des solutions pour atténuer les conséquences préjudiciables de la pandémie sur leurs secteurs agricole et alimentaire.

Aux côtés de partenaires d'investissement tels que la Banque mondiale - le plus ancien et le plus important partenaire du Centre -, nous avons mis au point des mesures d'intervention et réorienté les projets en cours afin de faire face aux problèmes causés par la pandémie. En partenariat avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), nous avons créé un dispositif d'intervention technique (d'un montant de 3 millions d'USD) en vue d'aider le secteur agroalimentaire à surmonter les difficultés engendrées par le COVID-19 et de renforcer la résilience à plus long terme des systèmes agroalimentaires.

Avec l'aide de la Commission européenne, nous réalisons des évaluations rapides des systèmes agroalimentaires dans de nombreux pays; notre objectif d'ici à la fin de 2021 est d'épauler ainsi 61 pays parmi ceux qui sont les plus touchés par l'insécurité alimentaire et la malnutrition. Les évaluations ne sont cependant qu'une première étape. Ces activités contribueront à l'élaboration de nouvelles recommandations stratégiques concernant l'alimentation et l'agriculture et à la conception de potentiels investissements privés et publics dans la transformation des systèmes agroalimentaires de ces pays.

Nous collaborons également avec nombre de partenaires, dont les institutions européennes de financement du développement, pour aider à réduire les risques liés aux investissements dans le secteur agroalimentaire, caractérisé par l'incertitude et l'instabilité même dans les meilleures conditions. En outre, nous intégrons des interventions face au COVID-19 dans les projets relevant du Programme mondial sur l'agriculture et la sécurité alimentaire, par exemple au Bangladesh, en Éthiopie, en Haïti, dans la République centrafricaine, au Sénégal et au Yémen. Le Centre a également pris de nouvelles mesures pour accroître sa visibilité et influencer le débat public sur le besoin d'investir dans les systèmes agroalimentaires au moment où le monde s'efforce de reconstruire mieux. Par le passé, nous avons obtenu de bons résultats s'agissant de rassembler des acteurs publics et privés, y compris les agriculteurs et les organisations qui les représentent, afin d'examiner des questions de politique générale et de desserrer les goulets d'étranglement.

Le Centre a joué un rôle essentiel dans la mise en place de l'Initiative Main dans la main, qui vise à lutter contre la pauvreté, dans près de 40 pays. (Note: pour plus d'informations sur le Centre et ses activités concernant la covid-19, cliquer ici.)

En dehors de son appui face au COVID-19, pouvez-vous donner d'autres exemples des activités du Centre et de ses principales réalisations en 2020?

Il est essentiel de bien élaborer des projets d'investissement, mais nous devons aussi agir efficacement dans la mise en œuvre afin d'avoir une influence positive dans le quotidien des populations. Notre équipe d'investissement joue un rôle prépondérant dans l'aide apportée à la mise en service des projets d'investissement financés par des fonds publics, que nous ayons ou non participé à leur élaboration. Il peut s'agir d'appuyer la modernisation des registres fonciers numériques en Europe et en Asie centrale, d'apporter un soutien à long terme aux pasteurs du Sahel, de renforcer la gestion de l'eau dans les Caraïbes ou d'aider les entrepreneurs ruraux à s'intégrer dans les échanges commerciaux dans le Pacifique. Les activités du Centre ont une grande portée, ce qui lui permet d'obtenir de bons résultats au niveau national.

Nous avons également noué des partenariats avec des institutions de financement afin d'élargir notre appui à l'investissement, et de nouvelles collaborations sont actuellement établies avec la Banque européenne d'investissement, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures et d'autres acteurs. Sachant que l'argent public ne suffira pas pour mettre fin à la pauvreté, nous avons créé de nouveaux partenariats, novateurs, pour transformer la manière dont l'investissement est financé, en faisant appel en particulier au financement mixte, qui consiste à associer des financements publics ou philanthropiques à des investissements privés dans des entreprises qui, outre leur rendement financier, produisent des résultats sur les plans social et environnemental. Par exemple, nous travaillons avec la Commission européenne dans le cadre de l'Initiative AgrIntel, et à ce titre fournissons des services de conseil en vue de mobiliser des fonds et des financements mixtes qui seront investis dans des petites et des moyennes entreprises agroalimentaires sous forme de prises de participation ou de prêts. Le financement mixte est clairement un domaine à suivre avec intérêt.

Depuis que nous avons commencé, notre équipe a aidé l'Union européenne à examiner plus de 124 propositions de financement mixte, représentant 609 millions d'EUR. Le financement a d'ores et déjà été approuvé pour 23 de ces propositions, pour un montant de 96 millions d'EUR.

En collaboration avec la délégation de l'Union européenne en Ouganda, le Centre renforce les capacités de la Banque de développement ougandaise de sorte qu'elle puisse financer des investissements privés responsables dans l'alimentation et l'agriculture. En associant les connaissances et l'expertise de la FAO aux moyens financiers et en collaborant avec les institutions financières nationales et internationales, nous aiderons nos Membres à obtenir des résultats à l'échelle requise pour atteindre les objectifs de développement durable.

Le Centre s'associe également à des centres de recherche pour approfondir les connaissances sur l'agriculture numérique et le capital humain et susciter des débouchés pour les jeunes et les femmes dans les zones rurales tout au long de la chaine de valeur alimentaire.

Un autre domaine essentiel, que les pays parviennent à mieux exploiter avec l'aide du Centre, est le financement vert et l'action climatique. Entre 2018 et 2020, sous l'égide de la FAO et conjointement à des partenaires de financement, nous avons mobilisé des fonds verts s'élevant à environ 675 millions d'USD avec le Fonds vert pour le climat.

Quelle est la prochaine étape pour le Centre? Quelles sont certaines des grandes priorités pour les années à venir?

Nous continuerons de travailler avec des institutions financières internationales et des banques sur les possibilités de renforcement de la résilience des systèmes agroalimentaires. Il s'agira d'accompagner les acteurs publics et privés dans la transition vers de meilleurs systèmes de production qui soient plus verts et offrent une meilleure nutrition sans nuire à l'environnement, ce qui au bout du compte améliorera nos conditions de vie à tous. Nous continuerons également de faciliter et de promouvoir l'utilisation de nouvelles sources de données et des technologies tenant compte du climat (données géospatiales, applications numériques et drones, notamment) en vue de mieux planifier les investissements, de mieux gérer les risques et de proposer aux agriculteurs des taux d'intérêt plus bas. Nous espérons pouvoir aider davantage de banques nationales à financer des investissements agricoles et des investissements privés (de mieux les financer et d'en financer davantage) dans l'alimentation et l'agriculture durables.

Quels sont les éléments indispensables pour parvenir à une croissance durable?

En résumé, je dirais: une stratégie à long terme claire, de meilleures politiques de protection de l'environnement et des investissements publics essentiels qui permettent d'accélérer l'adoption d'innovations, y compris des technologies et des pratiques numériques tenant compte de l'environnement, et de développer les infrastructures de base. Les investissements publics sont indispensables pour stimuler l'investissement privé, en particulier financier. La réalisation des objectifs de développement durable - que ce soit l'élimination de la pauvreté et de la faim ou l'instauration d'un monde plus équitable, plus vert et plus sain - passe nécessairement par des financements mixtes.

Pour rendre les systèmes alimentaires plus efficaces, il faut par ailleurs réduire les inégalités, et en particulier créer des emplois décents et renforcer les moyens d'existence pour les femmes et les jeunes. À cet égard, les investissements publics dans le capital humain que constituent les femmes et les hommes qui produisent, transforment et commercialisent les denrées alimentaires (en particulier les petits agriculteurs) sont cruciaux, car ils ouvrent la voie à tout le reste: croissance, durabilité, égalité et inclusion. Il faut agir d'urgence pour transformer les systèmes agroalimentaires. Les ressources, qu'elles soient intellectuelles, financières ou matérielles, existent déjà mais nous devons mieux organiser et coordonner notre action si nous voulons que l'action mondiale ne soit pas trop tardive ni trop inefficace pour trop de personnes.

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