Tunisie: Les Chuchotis du Mardi | L'ultime souper

EN 1996, la réalisatrice et scénariste américaine Stacy Title recevait sous l'ovation du public le Grand Prix du festival du fi lm policier de Cognac pour son fi lm «The Last Supper» (L'Ultime Souper).

Vingt-cinq ans après le sacre de ce polar, l'actualité liée à la pandémie de Covid-19 et ses péripéties viennent de nous livrer un scénario aussi abracadabrant que celui rédigé par Dan Rosen.

Les news en provenance du royaume hachémite de Jordanie parlent de la démission de deux ministres régaliens pour avoir contrevenu aux règles sanitaires en vigueur pour lutter contre l'épidémie de coronavirus... à cause d'un souper.

D'après le site d'information jordanien Ammon, le ministre de l'Intérieur, Samir Mobaidine, et son collègue de la Justice, Bassam Talhouni, auraient assisté, jeudi dernier, à un dîner dans un restaurant d'Amman. Neuf convives ont partagé le souper alors que la loi n'en autorise que six au maximum.

Le scandale mettant en cause les deux ministres a fi ni par s'ébruiter. Et la sanction ne s'est pas fait attendre: le très sérieux Premier ministre jordanien Bicher Al-Khassawneh a fi ni par contraindre ses deux ministres à jeter l'éponge avec l'aval du roi Abdallah II, selon un communiqué du palais royal.

Selon une source gouvernementale, il leur est reproché «d'avoir violé la loi d'urgence» pour lutter contre la pandémie.

Contrairement à d'autres nations de la région, il faut dire qu'au pays du «mansaf» (le plat national de Jordanie), on ne badine pas avec le respect des lois et l'exemplarité des sanctions.

Il est à signaler qu'avec seulement 10 millions d'âmes, le royaume a enregistré quelque 386.000 cas d'infection dont 4 675 décès, selon le dernier bilan des autorités.

Toutefois, cette histoire nous rappelle celle du professeur Neil Ferguson qui était considéré comme le «monsieur coronavirus» du second gouvernement Johnson au Royaume-Uni.

L'épidémiologiste était l'architecte de la stratégie britannique de lutte contre le Covid-19 et l'un des porte-voix du «10 Downing Street» face à l'épidémie, alors que le gouvernement avait tardé à prendre des mesures de mise sous cloche de l'île lors de la première vague du Sars-CoV-2.

Néanmoins, le mardi 5 mai 2020, le fervent défenseur du confinement strict a démissionné du «Scientific Advisory Group for Emergencies» (Conseil scientifique pour les situations d'urgence, le S.A.G.E.), l'équivalent britannique du Comité scientifi que de lutte contre le coronavirus en Tunisie. Pourquoi ? Parce que lui-même n'a pas respecté les mesures de confinement destinées à endiguer la pandémie.

Cette démission intervient suite aux révélations acides du journal The Daily Telegraph. Le quotidien a, en effet, révélé qu'à «au moins deux reprises» (le 30 mars et le 8 avril 2020), une femme, âgée de 38 ans, présentée comme son amante, avait traversé «The Old Smoke» (Le Grand Brouillard: le surnom de LondresNdlr) pour lui «rendre visite» à son domicile.

«Lui-même sermonnait le grand public sur la nécessité de respecter de strictes mesures de distanciation physique dans le but de limiter la circulation du coronavirus», souligne le Daily Telegraph.

Comme quoi: charité bien ordonnée commence par soi-même.

Revenons à nos moutons. Si la règle des « deux poids, deux mesures » fait la pluie et le beau temps dans le monde arabe où le favoritisme et le copinage profitent à une kleptocratie éhontée, pour ne pas dire une classe politique pourrie jusqu'à l'os, les gouvernants jordaniens nous ont démontré que bonne gouvernance rime avec fermeté et droiture.

Salut royal à la Jordanie et ses vaillants dirigeants !

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