Congo-Brazzaville: Election présidentielle du 21 mars. Congo - Un fauteuil pour sept

Les sept candidats à la présidentielle du 21 mars : Denis Sassou N’Guesso, Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou, Anguios-Nganguia Engambé, Mathias Dzon, Guy-Brice Parfait Kolélas, Albert Oniangué, Dave Uphrem Mafoula

Le dimanche 21 mars, les Congolais auront le choix entre sept personnalités dont les candidatures à la future élection présidentielle ont été validées par la Cour constitutionnelle. Portraits expliqués de ces hommes confiants de prendre le départ à chances égales dans quelques semaines.

Dans le secret de l'isoloir, lors de cette compétition entièrement masculine, chacun glissera son bulletin dans l'urne pour départager sept visions, sept tempéraments, sept discours, en désignant l'homme qu'il lui faut pour les cinq prochaines années. Qui sont-ils ces concurrents aux ambitions affirmées sur une scène où se joue l'avenir du Congo ?

Par ordre d'ancienneté dans le champ politique national et aussi du fait qu'il est celui qui met son mandat en jeu en se présentant à sa propre succession, commençons cette lecture argumentée par le chef de l'Etat sortant, Denis Sassou N'Guesso. Suivront, respectivement, Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou, quatre fois candidat ; Anguios-Nganguia-Engambé, trois fois ; Mathias Dzon, deux fois ; Guy-Brice Parfait Kolélas, deux fois ; Albert Oniangué et Dave Uprhrem Mafoula, qui tentent la grande aventure pour la première fois.

1.- Denis Sassou N'Guesso

Le 23 janvier, à Kibangou, dans le département du Niari, au sud-ouest du Congo, le président a officialisé sa candidature au scrutin du 21 mars. Denis Sassou N'Guesso s'était rendu dans cette partie du pays dans le cadre de son mandat en cours pour dérouler une série d'activités à caractère socioéconomique. On peut citer parmi celles-ci la visite des travaux de construction du pont sur le Niari et du bitumage de la route Dolisie-Kibangou, longue d'une centaine de kilomètres.

Ce déplacement a fait dire à ses adversaires politiques, candidats comme lui au futur scrutin présidentiel prochain, qu'il profite de sa position pour prendre de l'avance sur eux en se projetant sur le terrain préélectoral. Ils ont déclaré la même chose en le voyant sillonner le pays, du département des Plateaux à ceux de Pointe-Noire, du Kouilou ainsi que celui de la Likouala où il vient de boucler une visite dédiée aux infrastructures de désenclavement de l'arrière-pays.

Pendant son séjour à Pointe-Noire, le chef de l'Etat s'était gardé de parler de son projet de société, assurant ses interlocuteurs, lors d'une rencontre citoyenne, le 21 février, qu'il reviendrait lancer officiellement sa campagne électorale dans la capitale économique.

Le président sortant fit partie du trio de tête des candidats à la présidentielle de 1992 remportée au second tour par Pascal Lissouba, candidat de l'Union panafricaine pour la démocratie sociale-Upads-, face à Bernard Kolélas, leader du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral -Mcddi-. Il est utile de noter à son sujet que les joutes électorales il les connait par cœur, les échecs, ce fut notamment le cas en 1992, et les victoires qu'il enchaîne sans discontinuer depuis 2002.

Des sept compétiteurs du 21 mars, Denis Sassou N'Guesso est celui qui devrait au mieux tirer les leçons des mobilisations du passé, en particulier celle de 2016, où il fut talonné par la plupart de ses anciens collaborateurs au cours d'un scrutin qui donna beaucoup de frayeur à la patrie. Il y avait, il faut le dire ce (presque) saut dans l'inconnu que constituait la révision de la Constitution du 20 janvier 2002, et le défi que posait la réussite du processus électoral. Le Congo s'en est sorti en évitant les déchirements, quand bien même la résurgence des violences dans le département du Pool, cette année-là, a déséquilibré pendant une longue période de nombreux projets de relance de l'économie nationale.

Le candidat Denis Sassou N'Guesso est aussi celui qui a mis en place une grosse machine de mobilisation comme en témoigne la publication coup sur coup des listes des équipes qui l'accompagnent dans ce challenge. Sur le plan stratégique, sa direction de campagne et les différentes structures techniques qui l'entourent entretiennent de l'assurance d'autant plus que ces différentes structures puisent dans une dynamique associant aux quatre coins du Congo jeunes, moins jeunes, anciens, hommes et femmes, qui doivent convaincre par leurs pratiques sur le terrain.

Il reste que les mécanismes d'une machine aussi lourde doivent être mieux huilés pour fonctionner à son meilleur niveau. Les adversaires du président sortant pointeront de toute évidence le temps qu'il a mis au pouvoir comme un handicap, mais dans le camp du candidat de la majorité présidentielle, la parade à cet argumentaire semble avoir été trouvée, formulée en ces termes : « l'expérience fait la différence ».

2.- Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou

Quand ce banquier au verbe un peu haut se porta candidat à l'élection présidentielle pour la première fois, en 2002, ce fut un parfait inconnu du monde politique congolais. Membre de l'Upads en ce temps-là, il prit sur lui de redorer le blason d'une puissante formation politique qui venait de perdre le pouvoir à l'issue de la terrible guerre civile du 5 juin 1997. C'était sans compter avec les caciques du parti de Pascal Lissouba, en exil pour la plupart, qui lui dénièrent toute légitimité à les représenter.

Kignoumbi Kia-Mboungou a néanmoins animé avec beaucoup de courage les débats dans les instances parlementaires de l'époque quand il se constitua en trio avec ses collègues Emmanuel Boungouandza et feu Jacques Mouanda-Mpassi. C'est là également que cet opposant a bâti sa personnalité. Depuis, il a fait du rendez-vous électoral, en particulier des consultations présidentielles un revenez-y et a largement remanié son discours politique. Il ne donne plus dans l'invective.

Candidat malheureux en 2002, il l'a été également en 2009 et en 2016 avec son propre mouvement, la Chaîne. En 2016, son score était de 0, 24 %, loin de celui de 2009, 7, 54 % qui le classa deuxième, derrière le vainqueur Denis Sassou N'Guesso. Pourquoi se représente-t-il chaque fois en dépit de ces résultats aussi bas ? Sans doute croit-il qu'un jour les choses marcheraient pour lui. Accusé par ses détracteurs d'être un candidat pour la forme, Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou est un homme qui a inscrit son combat politique dans le fair-play et pour qui la violence ne doit pas être échangé contre la tranquillité. Pourrait-il faire mieux qu'en 2009 ? Attendons de voir !

3.- Anguios-Nganguia Engambé

Le président du Parti pour l'action de la République-PAR entre en compétition pour la troisième fois. Et chaque fois, avec l'ambition de faire mieux que lors de ses précédentes tentatives. Cadre des douanes, il a pris le départ en politique en 2009 lors de la présidentielle du 12 juillet, au cours de laquelle, il fut le seul candidat de l'opposition à se fournir un avion pour sa campagne électorale accompagné d'une équipe de journalistes.

Aimant invoquer des campagnes à l'américaine, Anguios-Nganguia Engambé se veut proche du peuple. Il a souvent cherché à légitimer sa candidature en sollicitant un vote préliminaire des candidats de son parti. Mais comme il gagne toujours à ces primaires-là, ses adversaires y voient une formalité qui n'a pas trop de résonance sur le plan politique. En revanche il s'est toujours préoccupé de rendre public son projet de société et même ses dépenses de campagne.

En 2009, son score était de 0, 30 et de 0, 20% en 2016. Très critique de l'action gouvernementale, il s'était un moment rapproché de Guy-Brice Parfait Kolélas sans conclure avec lui un partenariat politique adéquat. Il a le courage de ses idées mais s'est toujours engagé dans la voie de la tranquillité en se pliant au verdict des urnes.

4.- Mathias Dzon

Dirigeant de l'Alliance pour la République et la démocratie-ARD-, Mathias Dzon a des ambitions politiques qui datent de la Conférence nationale souveraine en 1991. Il est alors président de l'Union patriotique pour le redressement national-UPRN-. Il concourt à l'élection du Premier ministre de la transition. Son score n'est pas si costaud, 35 voix sur quelque huit-cents votants, mais cela avait suffi à lui faire dire que le jeu en valait la chandelle.

Lors des législatives de 1992, il gagne la première circonscription électorale de Gamboma, dans le département des Plateaux, la seconde l'ayant été par l'un de ses proches, feu Jean Kaba. Après la guerre du 5 juin 1997, Mathias Dzon est ministre des Finances du gouvernement mis en place en 1997, à la fin du conflit. Il garde son poste jusqu'en 2002. Cette année est aussi celle de sa rupture politique avec ses partenaires des Forces démocratiques unies-FDU-, qui forment avec le Parti congolais du travail-PCT-, la majorité présidentielle de l'époque.

Mathias Dzon connait des déconvenues la même année 2002, au moment des élections législatives dont il est candidat à Gamboma 1 face à Stanislas Nguié du PCT et Emmanuel Ngouélondélé-Mongo du Rassemblement pour la démocratie et la République. Disqualifié au terme d'une compétition qui faillit tourner mal entre lui et ce dernier, le président de l'ARD a tenté en vain de reconquérir son siège électoral de Gamboma devant Hugues Ngouélondélé.

Le leader de l'ARD a été candidat à l'élection présidentielle de 2009 avec un score de 2, 30%. Non-partant en 2016, il a décidé cette fois de chausser les bottines pour le sprint du 21 mars, s'attachant à dire qu'il gagnera. Il bénéficie désormais du soutien de Bertin Pandi Ngouari, qui postulat en 2009 récoltant 0,25% des voix.

Souvent la presse que beaucoup d'hommes politiques, le président de l'ARD y compris, accusent de ne pas savoir faire son travail a de la peine à relayer son propos dans son intégralité tant ses prises de parole peuvent être fortement épicées. On peut croire qu'il a souvent dit sa part de vérité mais dans un univers politique où ses principaux entrepreneurs en poste depuis des années ne peuvent se targuer d'être blancs comme neige, on ne devrait pas reprocher aux médias de s'abstenir de jeter l'huile au feu.

5.- Guy-Brice Parfait Kolélas

Fils de son père, sans être tout seul dans ce statut (son frère Euloge Landry qui a hérité du MCDDI est aussi un Kolélas), le candidat de l'Union des démocrates humanistes-UDH-Yuki se présente à l'élection présidentielle pour la seconde fois après une première tentative en 2016. Deuxième à ce scrutin, avec un score honorable de 15, 05%, Guy-Brice Parfait Kolélas a la conviction qu'il peut améliorer sa performance cette fois. Cela peut être compatible avec sa cote dans ce qui serait considéré comme le creuset de l'électorat « Kolélas », à savoir celui que symbolise le nom du fondateur du MCDDI dans le département du Pool, au Sud de Brazzaville et sans doute ailleurs.

Il ne faut pas oublier cependant que cet électorat-là est disputé entre les deux enfants Kolélas, mais aussi qu'en raison des circonstances diverses, de la présence des autres forces politiques dans cette partie du pays, l'émiettement des voix est une chose envisageable. Le plus fort pourrait gagner d'une courte tête, en même temps il lui faudra s'assurer d'importants apports de voix venant d'autres localités du Congo. Son plan éponyme « Plan Parfait », dans lequel il préconise de déstructurer et selon sa vision restructurer le Congo en quatre territoires n'a certainement pas reçu l'onction de tous ses compatriotes. Il n'a pas sillonné le Congo pour le partager et recueillir les avis de ces derniers.

Peut-être un atout ? Le candidat de l'UDH-Yuki a signé avec le Rassemblement pour la démocratie et le développement-RDD- de Jean-Jacques Yhombi-Opango. Le terrain où le RDD a fait ses preuves de mobilisation par le passé est principalement Owando, le chef-lieu du département de la Cuvette. C'était il y a un bon moment. On ne sait jamais, le temps est peut-être venu pour ce parti de reconstituer ses forces, en tenant compte d'une présence plus que remarquable de son ex-allié, le PCT, dont un des dirigeants, Pierre Moussa, originaire d'ici est le directeur de campagne du candidat de la majorité présidentielle.

6.- Albert Oniangué

Converti pasteur évangéliste après le passage sous les drapeaux, cet officier supérieur des forces armées congolaises à la retraite a fréquenté les hautes sphères de l'Etat. Il a été tour à tour officier d'ordonnance des présidents Joachim Yhombi-Opango et Denis Sassou N'Guesso. Si avec le premier, il a exercé pendant quatre mois, entre le dernier trimestre de l'année 1978 et le premier mois de l'année 1979, il est en revanche resté treize ans aux côtés du second.

La candidature de l'officier à l'élection présidentielle du 21 mars a été diversement appréciée. Elle est en effet apparue inattendue, car bien souvent, les intentions à ce niveau de la participation sont précédées de signes avant-coureurs. Cela n'a pas été le cas pour lui. On peut pourtant comprendre que l'homme a mûri sa décision de longue date quand on voit la manière avec laquelle a été orchestrée l'annonce officielle de sa candidature.

Albert Oniangué a dit son intention de redresser l'Etat, de combattre les antivaleurs. Hasard des circonstances pourrait dire, dimanche 28 février, notre confrère DRTV rediffusait sa tranche « l'Homme et son temps » enregistrée il y a sans doute longtemps. Invité du jour, ce dernier semblait encore loin de parler politique. Aujourd'hui il a réfléchi à son projet et appelle au changement en scandant : « Tout est possible ». On ne saurait encore à ce jour dire comment il compte investir le terrain électoral pour concrétiser son ambition.

7.- Dave Uphrem Mafoula

A 39 ans, Mafoula est le plus jeune des candidats à la présidentielle à venir. Ses promotionnaires en âge ont dû observer avec une certaine admiration qu'il a pu réunir les vingt-cinq millions de caution exigée pour la circonstance. Et qu'il va aller jusqu'au bout après la validation de son dossier par la Cour constitutionnelle.

Le jour qu'il dévoilait son projet politique baptisé « Contrat présidentiel » devant la presse, le 21 janvier, Dave Uphrem Mafoula paraissait sûr de lui. Il déclarait ne pas redouter les institutions en charge de l'organisation des élections et s'accordait à dire que le peuple seul décide. Comme dit l'adage, aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années.

Il est possible, tout de même, s'agissant de ce jeune candidat, que ce tour soit pour lui l'occasion d'une première immersion dans le monde très tumultueux de la politique. A ce niveau de la compétition, il devrait avoir pour compagnons l'observation et la patience. A moins qu'il se place dans la peau d'un certain Emmanuel Macron ?

Ainsi que nous l'avions indiqué au tout début, les sept candidats à la présidentielle du 21 mars partent à chances égales. Ils savent qu'une seule place sera pourvue à la fin de la course. L'ennui serait de les voir perdre de vue cette dimension de l'élection présidentielle. Il est par ailleurs incompréhensible que les acteurs politiques congolais, candidats à une élection aussi capitale, n'accordent aucune importance à l'action féminine en plus que celle-ci se tient en mars, le mois de la femme. Parmi eux tous, seul le chef de l'Etat sortant s'autorise depuis toujours la compagnie de son épouse. Or le vote féminin peut être une réserve inépuisable de voix quand les mamans sont mobilisées sur cette symbolique.

Enfin, bonne chance à tous !

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