Ile Maurice: Enquête judiciaire sur la mort de Kistnen - Comment les contrats étaient distribués entre copains, copines et beaux-frères

Des questions, il y en avait beaucoup venant de Me Rouben Mooroongapillay, hier, à Moka. Mais des réponses de Deepak Bonomally, très peu. Le témoin s'est réfugié, comme précédemment, dans le déni et répondait à chaque fois «c'est faux». En résumé, voici ce qu'a tenté de savoir Me Moorongapillay.

Quatrième interrogatoire de Deepak Bonomally, hier, au tribunal de Moka, dans le cadre de l'enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen. La liste des questions de Me Rouben Mooroongapillay, un des avocats de la famille du défunt, était longue. Si Bo Digital Co Ltd, la société dont ce témoin est directeur, a raflé pour plus de Rs 300 millions de contrats, alors que les compagnies de Vinay Appanna «uniquement» Rs 77 millions, est-ce parce que ce dernier est le beau-frère du directeur révoqué de la State Trading Corporation (STC) et qu'il ne fallait pas montrer que Jonathan Ramasamy donnait trop au mari de sa sœur ?

Est-ce que plusieurs dizaines de millions de roupies ont été transférées vers les compagnies de Vinay Appanna pour en quelque sorte rétablir l'équilibre et lui donner sa part du gâteau ? Est-ce qu'il y avait au préalable des réunions entre les protagonistes pour décider la part de cha- cun ?Était-ce bien Vinay Appanna qui distribuait les parts, y compris à feu Soopramanien Kistnen ? Est-ce que la somme de Rs 225 000 remise au défunt activiste du Mouvement socialiste militant représentait bien sa part du gâteau et non le paiement pour l'installation de plaques en béton sous les conteneurs vendus au Central Electricity Board ? D'ailleurs, ces travaux n'ont pas été effectués, ce qui laisse penser que les factures éventuelles présentées par Kistnen et autres étaient des fausses, s'est répondu à lui-même Me Mooroongapillay.

Les Rs 2,1 millions remises par Vinay Appanna à Neeteeselec Ltd, censées représenter le paiement pour un stock de bois précieux, dont il n'avait pas pris livraison plusieurs mois plus tard, ne constituait pas en fait une autre part du gâteau à Neeteeselec ? Roshi Bhadain, qui défend Koomadha Sawmynaden, et Rouben Mooroongapillay ont également demandé à Deepak Bonomally si un certain Ravi n'avait pas exigé de fausses factures de Kistnen pour justifier la remise de sa part, qui ne semble jamais être venue. L'ex footballeur, s'il dit connaître plusieurs Ravi, affirme ne rien savoir du mystérieux Ravi dont il a entendu parler dans les journaux. D'autres questions de Me Mooroongapillay interpellent à plus d'un titre, même si Deepak Bonomally répond par ses habituels «je ne sais pas» ou «c'est faux».

Ainsi, le témoin ne sait pas si Yogida Sawmynaden possède des chevaux en se ca- chant derrière des prête-noms, comme Kevin Narainen, dont l'épouse Archana Chummun, pharmacienne qui a reçu des paiements de Bo Digital, vient d'être arrêtée par la commission anti-corruption. Plus troublant encore : où est passée l'immense cargaison d'équipements sanitaires offerte par le richissime entrepreneur chinois Jack Ma ? Pas de réponse. La marge de 15 % imposée par le gouvernement a-t-elle été respectée pour la fourniture de produits médicaux durant le confinement, sous les procédures d'urgence ? «Je ne sais pas.» Deepak Bonomally a promis toutefois de soumettre la liste de ses avoirs le plus tôt possible.

Autre incohérence dans ses réponses : il a arrêté de travailler pour Rental Express depuis février 2020. Mais quand on lui demande pour quelle raison il continuait à percevoir son salaire jusqu'en mai 2020, sa réponse : «Le 'service provider' qui s'occupe de la comptabilité s'est trompé.» Qui est ce «service provider» ? Réponse de Bonomally : Ashvind Poonyth. Avezvous remboursé ce trop perçu ? «Vinay Appanna me l'a donné en guise de compensation pour mon départ de Rental Express.» Les réponses à toutes ces questions n'ont donc pas été obtenues de Deepak Bonomally qui, de par ses contradictions et faux témoignages, laisse deviner les dessous de ces affaires de contrats truqués. Contrats qui ont fait gaspiller des milliards à l'État et causer d'autres problèmes comme l'achat de produits inutilisables. Contrats qui sont indissociables de l'assassinat de Soopramanien Kistnen. En tout cas, fait remarquer Me Bhadain, c'est le même système appliqué pour Neeteeselec et Kistnen.

Vinay Appanna s'amuse à la barre

L'interrogatoire de Vinay Appanna par Me Azam Neerooa a commencé doucement, le témoin essayant de jouer au plus fin, ce qui a irrité l'avocat du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP). Ainsi, quand il lui demande s'il connaît Neeta Nuckchhed, Appanna rétorque qu'il connaît une Neeta et qu'il ne savait pas qu'elle s'appelait Nuckchhed. Et qu'il est entré en contact avec Neeteeselec après en avoir reçu une brochure. Il a informé la cour que son comptable est Lata Audit mais qu'il emploie aussi les Poonyth comme «service provider». Bref, beaucoup de consultants et de prestataires de service dans cette affaire.

L'actionnaire et directeur d'AV Techno-World a également essayé de tourner le représentant du DPP en dérision, en expliquant que si le nom de sa sœur est cité comme Appanna Veena Ramasamy au Registrar of Company, c'est parce qu'elle a épousé Jonathan Ramasamy. Il a donné aussi la liste de ses numéros de téléphone d'une façon à l'induire en erreur. La suite de son interrogatoire aujourd'hui s'annonce palpitante.

Deepak Bonomally inculpé pour faux témoignages en cour

L'audience d'hier a commencé par la décision de la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath d'ordonner une enquête policière contre Deepak Bonomally. Il s'est dirigé directement au poste de police de Mo- ka après son interrogatoire dans l'enquête judiciaire. Il a été inculpé pour «giving false evidence in court while being under oath». Il a été autorisé à partir. Les policiers en charge se présenteront au tribunal de Moka pour recueillir les preuves pour les besoins de l'enquête.

Le prétexte ICAC

C'était lorsque Roshi Bhadain a voulu savoir si Bonomally était au courant d'un transfert de Rs 38 millions du compte de Bo Digital vers des compagnies de Vinay Appanna. L'homme de loi du témoin, Me Ganessen Mooneesawmy, est intervenu encore une fois pour déclarer que vu que son client était sous le coup d'une inculpation provisoire pour corruption venant de l'Independent Commission against Corruption (ICAC), il ne pouvait répondre à cette question sans risquer de s'auto-incriminer.

La magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath lui a alors demandé comment une telle question pourrait l'incriminer car on ne lui demande pas pourquoi ce transfert a été effectué mais s'il a juste été fait. Me Moneesawmy a tenté une autre parade, que n'a sûrement jamais osée un avocat : il propose que l'on demande à l'ICAC de lever la charge provisoire contre son client pour lui permettre de répondre à Roshi Bhadain. La magistrate a montré un signe de lassitude, lançant à l'avocat :«Entendez-vous ce que vous dites ? Nous enquêtons, nous aussi !» L'avocat de Vinay Appanna, Me Shailesh Seebaruth, a aussi essayé d'utiliser l'ICAC comme bouclier pour protéger son client.

La magistrate, bien que prenant note du long discours de l'homme de loi, lui a rappelé que Vinay Appanna était appelé comme témoin et que l'on ne risquait pas de violer la section 10 de la Constitution. Elle a ajouté : «If you are going to object at the beginning of the enquiry, where are we going?»

Au cours de l'interrogatoire d'Appanna par Me Azam Neerooa, Me Shailesh Seebaruth est intervenu en de nombreuses occasions. Ce qui a agacé l'avocat du DPP, qui le lui a fait savoir. «La magistrate est là pour veiller au bon déroulement de l'enquête. Pouvez-vous cesser de m'interrompre and sit down please!» Une enquête par l'ICAC ne peut représenter un «blanket cover», a conclu la magistrate.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.