Madagascar: Le handicap, une donnée sous-évaluée lors du recensement de la population

Depuis quelques semaines à Madagascar, les résultats du recensement général de la population réalisé en 2018 - le troisième de toute l'histoire de la Grande île -, sont dévoilés, thématique par thématique. Fin février, ce sont les statistiques relatives aux citoyens en situation de handicap qui ont été médiatisées, non pas sans susciter un certain émoi au sein de la société civile.

D'après le recensement, 0,6% de la population soit un peu plus de 154 000 Malgaches vivraient avec un handicap, moteur, visuel, auditif, mental ou psychosocial. Un chiffre bien en-deçà de la réalité, d'après les associations représentantes des personnes handicapées, qui craignent que le manque de considération des pouvoirs publics à leur égard ne s'accroisse encore plus.

Déplorable. Voilà comment la plateforme des Fédérations des Personnes handicapées de Madagascar qualifie le résultat du recensement spécifique au handicap.

Son directeur exécutif, Josoa Radafiniantsoa, met en cause la formation des enquêteurs. « Durant le recensement, d'après des personnes avec qui nous sommes en lien, les enquêteurs demandaient "est-ce que tout le monde est bien portant dans votre maison ? Est-ce qu'il y a des malades ?" Bien sûr, les gens répondaient non. Donc les enquêteurs confondaient "malades" et "personnes handicapées". Ils ne connaissaient même pas la définition du handicap ! C'est un problème de fond ! »

La plateforme reproche également aux enquêteurs de ne pas avoir mené le recensement de manière exhaustive, même dans la capitale. « A Tana, beaucoup de nos membres nous ont dit que leur maison n'avait pas été visitée ! ».

Dans sa bataille pour prouver une erreur de comptage, la plateforme brandit deux études distinctes : l'une menée par le ministère de la santé en 2003 qui évaluait à 7,5% le nombre de personnes handicapées sur l'île (un chiffre jamais officialisé). L'autre, menée par l'Organisation mondiale de la Santé en 2017, qui estimait alors à 656 000 le nombre de personnes handicapées moteur.

« Pour nous, ce chiffre c'est une sous-estimation de la réalité. Et le risque, c'est que si l'Etat garde ce chiffre officiellement, il y aura des répercussions sur nos activités de plaidoyers, nos activités de sensibilisation et sur le financement de nos projets par les bailleurs. Or aujourd'hui, nous existons seulement grâce à l'appui des bailleurs de fonds. L'Etat ne donne pas un centime. C'est pourquoi cette statistique est très importante pour nous et peut avoir un impact extrêmement sur les handicapés déjà fortement marginalisés. »

Face aux attaques, l'Instat, l'Institut national de la Statistique qui a réalisé le recensement, a publié une note explicative, le 24 février dernier, pour tenter de contrer ses détracteurs et justifier ce résultat.

Tovonirina Razafimiarantsoa, le Directeur de la Démographie et des Statistiques Sociales au sein de l'Institut, défend ce résultat qu'il justifie par la méthodologie employée.

« Notre méthodologie a été la suivante : l'enquêteur arrive au niveau du ménage et pose la question si y a une personne qui souffre d'un handicap et c'est à partir de cette question-là qu'on a sorti le chiffre de 0,6% de personnes atteintes de handicap. La méthode que nous avons utilisée a déjà été expérimentée par d'autres pays, notamment en Afrique (Bénin, Burkina Faso) ; ils ont trouvé le même chiffre que nous, et par conséquent, on pense que les 0,6% sont valables et reflètent la réalité. »

Et d'ajouter : « Il peut toujours y avoir des différences au niveau des enquêtes, mais je tiens à préciser que tout dépend de la définition, de la méthodologie adoptée pour mesurer un phénomène quelconque. Je ne maîtrise pas la méthodologie qui a été utilisée pour les études de l'OMS mais pour le recensement, la définition est claire : "une personne handicapée, c'est quelqu'un qui a une infirmité permanente et non guérissable" et "tant que les difficultés peuvent être corrigées ou guéries, on ne les considère pas comme un handicap". »

L'Instat admet néanmoins que des erreurs d'observation ont pu avoir lieu durant la collecte de données, mais qu'en aucun cas, elles n'ont causé d'incidence majeure sur les résultats.

Plus de: RFI

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