Sénégal: Impact de Covid-19, un an après - Quand les transports terrestres peinent à s'en remettre

2 mars 2020 - 2 mars 2021 ! Cela fait déjà un an que la Covid-19 est entrée dans notre pays. Depuis lors, cette pandémie ne cesse de créer des bouleversements dans tous les secteurs d'activités, notamment dans celui des transports terrestres qui a connu des impacts économiques négatifs remarquables. Les populations ne bougent plus comme avant et les marchandises non plus ne circulent plus. Selon Gora Khouma, secrétaire général de l'Union des routiers du Sénégal (URS), seule la circulation à toute heure peut régler leur problème, car «le transport est trop fatigué, ... il est à genou». Pendant ce temps, des chauffeurs de transport en commun dénoncent les tracasseries routières et ce qu'ils qualifient de «corona-business» sur les routes.

TRANSPORTS EN COMMUN : Des chauffeurs dénoncent le «corona-business» sur les routes

Il est 17h au terminus des minibus de la Cité Comico 4 de Yeumbeul. Des chauffeurs et des receveurs sont assis sous un arbre à palabres, autour d'une théière et les clients sur les bancs publics, en attente de leurs cars. Parmi ces chauffeurs, Pape Gueye, chauffeur de la Ligne 58, qui relie la banlieue à Sahm, en ville.

Selon lui Pape Gueye, «la pandémie à Covid-19 a impacté tous les secteurs, plus particulièrement nous chauffeur. On est employé d'une très grande entreprise de transport en commun et j'y travaille depuis plus de dix (10) ans. Coronavirus a changé tout nos systèmes de travail en nous causant des difficultés à commencer par les transporteurs. Depuis l'apparition de la pandémie, il n'existe aucune voiture où le chauffeur perçoit son salaire (intégral, ndlr) par moi. On est tous devenu des journaliers alors qu'on était des salariés et on percevait nos salaires normalement. J'ai quitté mon ancien patron à cause de cela. Il a voulu imposé un salaire journalier, je ne voulais pas ; du coup je l'ai quitté. Et certains de mes collègues aussi on subit le même sort. Cela fait partie des premiers impacts de la pandémie à Covid-19 sur nous. Beaucoup de chauffeurs se sont retrouvés sans emploi pendant plus de 6 mois», soutient-il. Et d'ajouter : «maintenant, la 2e vague a apporté un autre système.

Le système n'est rien d'autre que les agents routiers. Depuis le jour où le ministre de l'Intérieur nous a demandé de ne prendre que 40 personnes, certes les agents de contrôle routier nous laissent remplir le bus, mais c'est eux-mêmes qui en bénéficient. Parce qu'ils nous arrêtent après pour nous servir des attestations pour surcharge. Les transporteurs le savent, mais ils ne disent rien. Et c'est nous chauffeurs qui en souffrons parce que, à chaque fois qu'un agent routiers nous arrête, les clients crient sur nous. Alors qu'au même moment, quand ils voient que le bus est plein, ils n'acceptent pas d'attendre un autre. Vous voyez comment les clients nous mettent en mal avec l'agent de la circulation. Nous vivons toutes les situations. Or, c'est la limitation du nombre de places qui avait poussé les transporteurs diminuer leurs employés et à les payes par jour. Maintenant que la situation est revenue à la normale, pourquoi continuent-ils à payer par jour. Il est tant que cela change, nous sommes fatigués», râle Pape Gueye.

Lui emboitant le pas, son collègue Mamadou Diop estime qu'ils ne sont pas à l'origine de la pandémie. «C'est comme si nous chauffeurs, on est là cause de la pandémie. Tout le monde est impacté par la pandémie à Covid-19, mais nous on est parmi les plus impactés à cause des agents routiers. C'est comme si la limitation des places est toujours en vigueur, à cause de la peine que nous infligent les agents de la circulation. Chaque fois on nous arrête pour surnombre, juste pour «manger» 1000 F Cfa.

De Fass-Mbao à Sahm il faut calculer 5000 F Cfa pour les agents routiers, juste pour l'aller. Le retour, tu rencontres un autre agent, il t'arrête et tu payes pareil. Sinon, les clients te traiteront de tous les noms d'oiseaux, quand le car reste immobilisé longtemps. Nous avons des papiers au complet ; mais à chaque fois, il faut «soudoyer» les agents pour avoir la paix. Il est vraiment temps qu'on nous aide. Corona-business fait plus mal que coronavirus et il faut en parler. Les agents ne veulent plus que coronavirus quitte ce pays. Mais il ne faut pas oublier que même si on est des «manœuvres», mais on fait marcher l'économie de ce pays. On veut la paix», se lamente Mamadou Diop.

Pour ce chauffeur de la ligne 82, c'est aussi les «raquettes» qui les impactent. «Les agents routiers nous fatiguent trop. Un agent t'arrête pour 1000 F Cfa ; si tu essaies de négocier, il récupère tes papiers et te colle une attestation pour payer 12000 F Cfa. Et puis la ligne 82 n'a pas de contrôleurs. Du coup, certains clients n'achètent pas de billets.

Avec le couvre-feu aussi, les embouteillages nous retardent sur la route. Et les agents nous attendent à l'arrêt à 21h. Et là, tu payes le double où le triple. Maintenant, comment faire ? Qu'est-ce qu'on peut faire contre cette situation ? Si cela ne change pas, les chauffeurs risquent de se révolter et ça ne sera pas bien», prévient-il.

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